David Watson s’est demandé si la manière de faire des disciples devait changer. Il s’est posé la question de savoir ce qui se passerait si on mettait l’accent non pas sur un long temps d’enseignement, mais sur l’obéissance immédiate et la reproduction.
Chronique du Mouvement des Eglises-Maisons
Partout dans le monde, un phénomène discret mais remarquable est en train de remodeler la manière dont des millions de chrétiens vivent leur foi. En Chine, en Inde, en Afrique, mais aussi de plus en plus en Occident, de petites communautés de disciples se réunissent dans des maisons, des cafés, des lieux simples, pour prier, lire les Écritures et vivre ensemble l’Évangile. Ces communautés ne cherchent pas à reproduire les modèles institutionnels classiques. Elles tentent plutôt de redécouvrir une question fondamentale : à quoi ressemblait réellement l’Église au temps des apôtres ?
Ce retour vers des formes plus simples d’Église n’est pas né d’une théorie académique, mais d’une quête spirituelle profonde. Des pasteurs, des missionnaires et des croyants ordinaires ont commencé à se demander si certaines habitudes ecclésiales modernes — nos structures, nos bâtiments, nos programmes — reflétaient encore l’esprit du Nouveau Testament. Dans ce contexte, le modèle des églises-maison et les mouvements de multiplication d’Églises (souvent appelés Church Planting Movements) suscitent un intérêt croissant, mais aussi des questions, des critiques et parfois des incompréhensions.
Cette série de sept articles propose d’explorer ce phénomène avec honnêteté et discernement. Nous examinerons ses fondements bibliques, son développement historique, ses forces et ses limites, ainsi que son fonctionnement concret. Nous porterons aussi une attention particulière au contexte burundais, afin de réfléchir aux opportunités et aux défis que ce modèle pourrait rencontrer dans notre réalité locale. Enfin, nous aborderons une question plus profonde : dans un monde où les pressions politiques, sociales et spirituelles s’intensifient, les formes simples et reproductibles d’Église pourraient-elles jouer un rôle particulier dans l’avenir du témoignage chrétien ?
Cette série s’adresse à trois types de lecteurs : ceux qui découvrent pour la première fois le modèle des églises-maison, ceux qui en ont entendu parler mais hésitent encore à l’examiner sérieusement, et ceux qui pressentent peut-être que Dieu les appelle à explorer des formes d’Église plus simples, plus missionnelles et plus proches de la dynamique du Nouveau Testament. Mon espoir est que ces pages ouvrent un espace de réflexion honnête, humble et profondément enraciné dans les Écritures.
Aujourd’hui j’aimerais vous inviter à explorer les principaux acteurs de la résurgence du mouvement des Eglises-maisons, comprendre différentes définitions très chères au mouvement , leurs méthodes concrètes, la manière dont les églises-maisons fonctionnent, ainsi que leurs forces et limites.
Vers la fin du vingtième siècle, un changement important a commencé à apparaître dans la manière dont les chrétiens évangéliques pensaient la mission. Ce changement n’était pas spectaculaire au début, mais il était réel. C’est ce phénomène qui sera appelé plus tard les « mouvements d’implantation d’églises », les CPM.
Au départ, il y avait un homme, David Garrison. Il travaillait avec une organisation missionnaire baptiste appelée l’International Mission Board. C’était un homme formé comme historien, avec un doctorat en théologie historique obtenu à l’Université de Chicago. Ce détail est important, parce que cela veut dire qu’il n’était pas quelqu’un de porté vers les exagérations ou les discours sensationnels. Il avait plutôt une approche sérieuse et réfléchie. Il avait aussi une expérience concrète du terrain. Il avait servi comme missionnaire en Afrique du Nord et en Inde. Il connaissait donc bien la réalité du travail missionnaire, qui est souvent lent, difficile, et demande beaucoup de patience, surtout quand on travaille dans des cultures différentes.

Mais entre 1997 et 1998, quelque chose a commencé à attirer son attention. Des rapports venant de certaines régions d’Asie parlaient d’une situation inhabituelle. Des églises locales, c’est-à-dire dirigées par les locaux, commençaient non seulement à exister, mais aussi à créer d’autres églises à un rythme beaucoup plus rapide que ce que l’on voyait habituellement. Ce que certains missionnaires racontaient depuis l’Asie ne correspondait pas au modèle classique, où les églises grandissent lentement, avec le temps, et où des structures solides se mettent en place progressivement. Ici, la situation était différente. Les églises apparaissaient rapidement, puis elles se multipliaient.
À la fin des années 1990, Garrison a commencé à décrire ce qu’il voyait comme un phénomène nouveau. Il a d’abord parlé de cela dans un petit livret publié en 1999. Ensuite, il a développé sa réflexion dans un livre plus important publié en 2004, intitulé Church Planting Movements: How God is Redeeming a Lost World. Dans ce livre, il propose une définition claire. Pour lui, un mouvement d’implantation d’églises, c’est une multiplication rapide d’églises locales qui implantent d’autres églises au sein d’un même peuple ou d’un même groupe de population.
Ce qui est important dans cette définition, ce n’est pas seulement la croissance. C’est surtout l’idée de reproduction. Une église ne fait pas que grandir, elle donne naissance à une autre église, qui à son tour en crée d’autres. Il y a donc plusieurs générations d’églises qui apparaissent.
Garrison ne présente pas ces mouvements comme une nouvelle découverte théologique. Il explique plutôt qu’il s’agit d’une redécouverte de ce que l’on voit dans le Nouveau Testament. À cette époque, les églises étaient locales, elles se développaient rapidement, et elles ne dépendaient pas fortement de structures extérieures. Ce qui distingue le travail de Garrison, ce n’est pas une nouvelle doctrine, mais sa manière de nommer et de classer ce phénomène. Il a donné un vocabulaire et un cadre de compréhension à des témoignages missionnaires qui existaient déjà, mais qui n’avaient pas encore de nom commun ni d’explication claire.
Si David Garrison a surtout observé et expliqué ce phénomène, David Watson est devenu l’un des exemples les plus connus de ce qui se passait sur le terrain.
Watson et sa femme Jan ont été envoyés comme missionnaires par les baptistes du Sud dans les années 1980. Ils sont partis dans le nord de l’Inde, parmi un peuple qui parle la langue bhojpuri. Les débuts de leur travail n’ont pas été marqués par une croissance rapide, mais plutôt par des difficultés et même de la frustration. Les méthodes missionnaires traditionnelles qu’ils utilisaient ne donnaient pas beaucoup de résultats.

Face à cette situation, Watson est retourné à la Bible avec une question simple mais profonde. Il s’est demandé si la manière de faire des disciples devait changer. Il s’est posé la question de savoir ce qui se passerait si on mettait l’accent non pas sur un long temps d’enseignement, mais sur l’obéissance immédiate et la reproduction.
C’est de cette réflexion qu’est né un modèle que l’on appelle souvent le discipulat basé sur l’obéissance. (Obedience based discipleship). Dans cette approche, les nouveaux croyants ne sont pas seulement invités à apprendre des choses. Ils sont encouragés à mettre en pratique les commandements bibliques dès le début. Et surtout, ils doivent transmettre ce qu’ils apprennent à d’autres personnes sans attendre longtemps.
Les réunions d’église sont volontairement simples. Elles sont organisées de manière à pouvoir être facilement reproduites ailleurs. Les responsables sont des personnes locales d’une formation moyenne, et non des étrangers professionnels. Ce qui est considéré comme un signe de bonne santé pour une église, ce n’est ni sa taille ni les ressources qu’elle reçoit de l’extérieur. La vraie question est de savoir si les disciples font d’autres disciples, et si les églises donnent naissance à d’autres églises.
Avec le temps, Watson a commencé à observer une croissance très rapide, presque exponentielle. Son ministère est ensuite devenu un exemple souvent cité dans les écrits de Garrison et dans la littérature sur les mouvements d’implantation d’églises. Selon les rapports de Watson, environ quarante mille églises ont été implantées en quinze ans parmi les populations bhojpuri. Plus tard, il a parlé de réseaux de formation dans lesquels il était impliqué, qui comprenaient environ deux cent mille églises à travers le monde. Chaque église comptait en moyenne une soixantaine de personnes. Si ces chiffres sont exacts, cela représente plusieurs millions de nouveaux croyants en une vingtaine d’années.
Ce qui rend ce cas important, ce n’est pas seulement le nombre d’églises, mais la manière dont elles se développent. Les réunions sont simples et faciles à reproduire. Le discipulat est basé sur l’obéissance. Et chaque croyant est encouragé à participer activement à faire des disciples. Ici, les nouveaux convertis ne sont pas seulement des personnes qui reçoivent un enseignement. Ils sont appelés à mettre en pratique ce qu’ils apprennent immédiatement et à le transmettre à d’autres. Les structures de direction sont volontairement simples. Les réunions ont souvent lieu dans des maisons. Et la capacité à reproduire ce modèle est considérée comme un élément essentiel. Cette manière de faire a donné naissance à des réseaux d’églises qui ont fini par s’étendre à l’échelle mondiale.
Si Garrison a aidé à donner un nom et une forme à ce phénomène, David Watson est devenu l’un de ses exemples les plus forts et les plus marquants sur le terrain. Son expérience couronnée de succès en Inde servait de cas d’étude au phénomène des CPM, mouvements d’implantations d’églises.
Qu’est-ce qu’un CPM ?
Comme nous l’avons déjà dit, David Garrison donne une définition qui est devenue la référence. Pour lui, un mouvement d’implantation d’églises est une multiplication rapide d’églises locales qui implantent d’autres églises, et qui se répand à travers un peuple ou un groupe de population.
Garrison prend soin de faire une différence entre un CPM et une croissance normale d’église. Pour lui, la différence principale ne se trouve pas simplement dans le nombre. Ce n’est pas seulement une question d’augmentation numérique. Ce qui compte vraiment, c’est la multiplication par générations. Cela veut dire que des églises donnent naissance à d’autres églises, qui à leur tour en créent encore d’autres, et cela continue en plusieurs vagues, sans dépendre constamment d’une direction extérieure.
Dans ce sens, un CPM n’est pas d’abord une organisation avec une structure fixe. C’est plutôt un processus vivant, quelque chose qui bouge et qui se développe. Comme Garrison l’explique dans son livre, lorsque la multiplication devient autonome et dirigée localement, le mouvement commence à avancer plus vite que la présence du missionnaire qui l’a commencé.
Ainsi, un mouvement d’implantation d’églises ne se définit pas d’abord par sa taille, mais par sa manière de fonctionner. C’est un phénomène dans lequel l’Évangile se répand à travers des relations entre personnes. De nouveaux croyants se réunissent dans des formes d’église simples. Et ces églises se reproduisent rapidement, sans dépendre de financements extérieurs ni de responsables professionnels.
Garrison identifie aussi dix éléments que l’on retrouve dans chaque mouvement de ce type.
Au cœur de ces mouvements se trouve une prière extraordinaire, persistante et collective puis les croyants s’engagent dans une semence abondante de l’Évangile, annonçant la Bonne Nouvelle avec intention à un grand nombre, dans l’attente que Dieu prépare et attire des cœurs.
Dans ce processus, l’attention se porte particulièrement sur les personnes de paix, ces individus réceptifs qui deviennent des points d’ancrage pour l’Évangile au sein de leurs familles et de leurs communautés. Autour d’eux émergent rapidement des groupes de disciples, formés non pas d’abord à accumuler du savoir, mais à vivre un discipulat centré sur l’obéissance immédiate : chacun est encouragé à mettre en pratique sans délai ce qu’il découvre de l’enseignement de Jésus.
Pour que cette dynamique se propage, les méthodes employées restent volontairement simples et reproductibles, accessibles à tous, permettant à chaque nouveau disciple de devenir à son tour un faiseur de disciples. Ainsi, le leadership ne se concentre pas entre les mains de quelques-uns, mais se développe de manière décentralisée, laissant émerger une pluralité de responsables locaux.
Dans ce contexte, les Églises prennent souvent la forme de communautés simples, se réunissant dans des maisons ou des espaces informels. Cette simplicité structurelle favorise une croissance fluide et organique, où l’objectif n’est pas l’addition mais la multiplication : des disciples qui font des disciples, des Églises qui implantent des Églises.
Un élément déterminant de ces mouvements est leur appropriation locale. L’œuvre ne repose pas sur des ressources extérieures, mais sur l’engagement et la responsabilité des croyants du lieu, ce qui renforce à la fois la durabilité et la pertinence culturelle du mouvement.
Enfin, dès les premières étapes, un ADN d’Église saine est intentionnellement transmis. Les nouveaux groupes apprennent à vivre pleinement les dimensions essentielles de l’Église, adoration, Parole, communion fraternelle, mission et développement de leaders, assurant ainsi que la multiplication ne se fasse pas au détriment de la maturité.
Lorsque tous ces éléments sont réunis, le résultat est une croissance exponentielle. De nouveaux disciples apparaissent, ainsi que de nouvelles églises. On observe alors au moins trois générations de croyants, c’est-à-dire des disciples qui font des disciples, qui eux-mêmes font encore d’autres disciples. Et tout cela se fait d’une manière entièrement locale, sans dépendance extérieure.
Et qu’en est-il du DMM ?
Les termes CPM et DMM sont souvent utilisés comme s’ils voulaient dire la même chose. Pourtant, ils ne sont pas exactement identiques, ni dans leur origine, ni dans leur accent.
Quand David Garrison a introduit l’expression « mouvement d’implantation d’églises » dans son livre, il voulait surtout décrire un résultat. Il parlait de ce qu’il voyait sur le terrain. Un CPM, pour lui, décrivait une réalité observable, c’est-à-dire une multiplication rapide et exponentielle d’églises locales dans un peuple ou un groupe donné. Au départ, ce n’était pas présenté comme une méthode avec des étapes précises.
Avec le temps, cependant, le terme CPM a commencé à être associé à certaines stratégies simples et reproductibles. Dans l’usage courant, il a fini par désigner à la fois le résultat et la manière d’y arriver.
Comme nous l’avons vu, Garrison et Watson ont joué des rôles complémentaires. Garrison a observé et expliqué le phénomène en lui donnant un cadre de compréhension. Watson, de son côté, a mis en pratique une manière de faire qui a contribué à produire ce phénomène. Le terme DMM signifie « mouvement de formation de disciples ». Si le CPM décrit ce que l’on voit, c’est-à-dire des églises qui se multiplient, le DMM s’intéresse plutôt au chemin qui conduit à ce résultat.
Au cœur du DMM, il y a l’idée de devenir disciple de Jésus et d’aider d’autres personnes à le devenir. Le processus commence avec des personnes qui ne connaissent pas encore le salut en Jésus-Christ. À travers une évangélisation intentionnelle, la lecture de la Bible et une obéissance immédiate, ces personnes deviennent des disciples. Ensuite, ces disciples deviennent à leur tour des personnes qui font des disciples et qui prennent des responsabilités.
Lorsque ce processus de multiplication continue sur plusieurs générations, le résultat ressemble souvent à ce que l’on appelle un mouvement d’implantation d’églises. On peut donc résumer la différence de manière simple. Le CPM décrit le résultat visible, c’est-à-dire la multiplication rapide d’églises sur plusieurs générations. Le DMM décrit le processus centré sur les disciples, qui permet d’arriver à ce résultat.
Et qu’est-ce que le DBS ?
DBS veut dire « étude biblique par découverte » (Discovery Bible Study). Si les mouvements de formation de disciples, appelés DMM, donnent souvent la manière de faire qui conduit aux mouvements d’implantation d’églises, alors le DBS est considéré comme l’un des outils principaux qui rendent cette méthode possible.
Le DBS est conçu pour amener des personnes qui ne croient pas encore à lire la Bible, à lui obéir, puis à partager ce qu’elles ont découvert. Ce processus conduit souvent à la naissance de nouvelles églises de maison qui, elles aussi, vont se multiplier.
Beaucoup d’églises de maison issues des DMM ont commencé simplement comme de petits groupes DBS, réunis dans des maisons. Avec le temps, lorsque les participants se convertissent et commencent à vivre leur foi de manière concrète, ces groupes deviennent de véritables communautés d’église. Même si ces rencontres ont souvent lieu dans des maisons, elles peuvent aussi se faire ailleurs, comme dans des cafés ou sur des lieux de travail. On considère généralement le DBS comme le moteur, ou le point de départ, pour former une nouvelle église de maison.
Au fond, le DBS est quelque chose de très simple. Il permet à des personnes ordinaires de lire la Bible par elles-mêmes et de découvrir ce qu’elle dit. Elles apprennent ce que la Bible dit sur Dieu, sur les êtres humains, et sur leur propre vie. Au lieu de dépendre d’un enseignant formé pour expliquer le texte, les participants entrent directement en contact avec la Bible, dans un petit groupe. Tout est fait pour que ce processus soit facile à reproduire, facile à transmettre, et centré sur l’obéissance.
Dans une rencontre typique de DBS, le groupe suit une structure simple que l’on appelle souvent « les trois temps » : regarder en arrière, regarder en haut, et regarder en avant.
On commence par regarder en arrière. Si ce n’est pas la première rencontre, les participants parlent de ce qu’ils ont fait avec ce qu’ils ont appris la fois précédente. Ont-ils obéi à ce qu’ils ont compris ? Avec qui ont-ils partagé ? Dès le début, il y a donc une idée de responsabilité personnelle dans le groupe.
Ensuite, le groupe regarde en haut. Un court passage de la Bible est lu, souvent plusieurs fois. Les participants peuvent reformuler l’histoire avec leurs propres mots pour s’assurer qu’ils ont bien compris. Puis, on pose quelques questions simples mais profondes. On demande ce que ce passage nous apprend sur Dieu. On demande aussi ce qu’il nous apprend sur les êtres humains, ou sur nous-mêmes. Ensuite, chacun réfléchit à la manière dont il va obéir à ce que Dieu lui montre à travers ce texte. Enfin, chacun se demande avec qui il va partager ce qu’il a appris.
Pour terminer, le groupe regarde en avant. Chaque participant choisit une action concrète à faire, souvent formulée par une phrase simple comme « je vais… ». Il s’engage aussi à partager le passage avec quelqu’un d’autre avant la prochaine rencontre.
Différents ensembles de textes bibliques ont été préparés pour s’adapter à différents contextes. Par exemple, le parcours « de la création à Christ » raconte l’histoire de la Bible depuis la Genèse jusqu’à la vie de Jésus. Il est particulièrement utile pour des personnes qui ne connaissent pas encore la Bible. Le parcours « la vie de Jésus » explore des moments importants de sa vie et de son ministère, surtout pour ceux qui cherchent un sens à leur vie. D’autres séries, comme « suivre Jésus », « franchir les barrières » ou « vaincre la peur », appliquent les thèmes bibliques à des questions concrètes de la vie. Chaque parcours est construit pour aider les participants à découvrir, à obéir et à partager.
Comme le DBS est très souple, il peut se vivre presque partout, dans une maison, dans un café, sur un lieu de travail ou même sur un campus.
On peut relever quelques points importants qui nous permettent d’avoir une image pratique d’une Eglise-maison
Il est important de comprendre que les églises de maison dans un contexte DMM ne sont pas simplement des cellules de prière comme on en trouve dans les églises traditionnelles.
Dans une église classique, les cellules de prière ( ou small groups de discipleship ou life groupes ou autres appellations) font partie d’un ensemble plus grand. Ils sont intégrés dans l’organisation de l’église. Leur rôle est souvent d’aider les membres à grandir spirituellement, à mieux comprendre la Bible, à se soutenir les uns les autres et à vivre une vie de communauté.
Ces groupes sont donc comme une extension du ministère de l’église. Ils dépendent généralement des responsables principaux. Même s’ils sont utiles et importants, ils ne fonctionnent pas comme des églises à part entière. Leur multiplication est souvent limitée, et leur direction reste liée à une équipe centrale. On encourage parfois l’obéissance à la Parole de Dieu et l’évangélisation, mais cela ne fait pas toujours partie du fonctionnement quotidien du groupe.
Dans un DMM, les églises de maison sont différentes. Elles sont considérées comme de vraies églises, même si elles sont petites et simples. Leur objectif principal est de faire des disciples qui, à leur tour, feront d’autres disciples. Elles sont tournées vers la mission. Chaque rencontre, chaque discussion, chaque acte d’obéissance est pensé pour donner naissance à de nouveaux disciples et à de nouvelles églises, et pas seulement pour maintenir ce qui existe déjà.
Une rencontre typique dans une église de maison DMM suit souvent un rythme simple, que l’on appelle parfois le modèle des « trois temps ».
La première partie consiste à regarder en arrière. Les membres prennent des nouvelles les uns des autres. Ils partagent leurs joies et leurs difficultés. Ils reviennent aussi sur les engagements pris lors de la rencontre précédente. Chacun explique comment il a obéi à la Parole de Dieu et avec qui il l’a partagée. Il y a donc une vraie responsabilité personnelle dans le groupe.
Ensuite vient le moment de regarder en haut. Les participants lisent un passage de la Bible, souvent sous forme d’histoire. Ils peuvent le redire avec leurs propres mots pour être sûrs de bien comprendre. Puis ils en discutent à partir de questions simples, comme ce que ce texte nous apprend sur Dieu, et ce qu’il nous apprend sur les êtres humains.
À partir de cette réflexion, chacun décide concrètement comment il va mettre en pratique ce qu’il a compris. La question devient alors très personnelle, chacun se demande comment il va obéir à ce que Dieu lui montre.
Enfin, la dernière partie consiste à regarder en avant. Le groupe prend du temps pour prier, pour se préparer, et pour se fixer des objectifs. Parfois, les membres s’entraînent à partager l’Évangile ou à servir autour d’eux. La rencontre se termine par un engagement clair de chacun à partager ce qu’il a appris avec d’autres personnes. Ainsi, faire des disciples devient quelque chose de naturel dans la vie du groupe.
Les églises de maison DMM pratiquent les mêmes éléments essentiels que toute église biblique. Le baptême est pratiqué dès qu’une personne se convertit et commence le chemin de suivre Jésus. Cela se fait souvent directement dans le cadre de l’église de maison. La Sainte Cène est aussi partagée entre les membres. C’est un moment qui exprime à la fois l’obéissance à Jésus et la communion entre les croyants. Ces pratiques montrent que même si l’église est petite et simple, elle est une véritable expression du corps de Christ.
Une autre différence importante se trouve dans la manière de diriger et de participer. Dans les églises traditionnelles, les petits groupes sont souvent dirigés par des responsables formés ou désignés. Les autres membres reçoivent principalement un enseignement.
Dans les églises de maison DMM, le leadership est local, partagé et naturel. Il ne dépend pas de personnes professionnelles. Toute personne engagée peut conduire une étude biblique de type DBS ou démarrer un nouveau groupe.
Le but n’est pas de dépendre de pasteurs ou de spécialistes, mais de permettre à chaque croyant d’utiliser ses dons, de faire des disciples, et de lancer de nouvelles rencontres.
Les églises de maison DMM se caractérisent par leur simplicité et leur souplesse. Les rencontres peuvent avoir lieu presque partout, dans une maison, dans un café, sur un lieu de travail ou dans un autre endroit simple. Les enfants participent avec les adultes, ce qui permet de vivre le discipulat entre les générations.
Il n’y a pas de salaires pour le personnel, pas de bâtiments à entretenir, et peu de moyens compliqués. Cela permet de se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire la multiplication des disciples et les besoins immédiats, comme aider les pauvres ou soutenir quelqu’un en difficulté.
Quand un groupe devient trop grand, il ne cherche pas à grandir encore plus en taille. Il se divise pour donner naissance à plusieurs groupes plus petits. Chaque nouveau groupe continue de fonctionner de la même manière. Ainsi, plusieurs générations de disciples et d’églises apparaissent progressivement.
Les mouvements d’églises de maison d’aujourd’hui s’inscrivent dans une longue histoire qui met l’accent sur la simplicité, les relations proches et la participation de tous les croyants. Dans ces contextes, l’Église est vécue davantage comme une famille spirituelle que comme une organisation avec des structures lourdes. Le discipulat ne se limite pas à des réunions formelles, mais se vit dans la vie de tous les jours. Chaque personne est appelée à faire des disciples, ce qui crée naturellement une culture de multiplication, à travers un processus simple et vivant.
Ces mouvements ont des forces réelles et visibles. Ils encouragent fortement l’évangélisation. Chaque membre est impliqué activement, au lieu de rester spectateur. Le discipulat y est souvent plus concret, plus proche de la vie réelle, et plus relationnel. La simplicité de ces églises leur permet aussi de s’adapter facilement à différents contextes culturels, surtout dans des endroits où les structures classiques d’église sont difficiles à maintenir.
Mais ces modèles ont aussi leurs limites. Comme tous les mouvements, les églises de maison peuvent avoir leurs propres angles morts.
Ainsi, ce modèle n’est pas parfait. Mais il reste une contribution importante et précieuse. Il a besoin d’être équilibré, enrichi, et enraciné dans une réflexion théologique solide.
D’un côté, il y a des églises qui se multiplient très rapidement, mais sans profondeur. Elles produisent des disciples, mais sans toujours les enraciner dans une vraie obéissance, une bonne compréhension de la foi, et une maturité semblable à celle de Christ.
De l’autre côté, il y a des églises qui sont fidèles, solides et bien enracinées, mais qui ne se multiplient pas. Elles ont les qualités d’une église saine, mais elles restent stagnantes, sans croissance ni expansion.
Ces deux situations posent problème, parce qu’elles ne répondent pas pleinement à l’appel biblique qui consiste à faire des disciples et à atteindre toutes les nations. Les mouvements de type CPM et DMM qui sont en bonne santé cherchent à garder un équilibre entre ces deux extrêmes. Pour cela, ils mettent un accent particulier sur la formation de formateurs.
Des programmes appelés « formation de formateurs »(TOT) ont été développés pour cela. Des initiatives comme The Timothy Initiative (TTI) ont été mises en place pour répondre au risque de superficialité. Leur objectif est de former des responsables capables de démarrer, accompagner et multiplier des églises qui sont à la fois simples à reproduire et solides sur le plan spirituel.
Bien que ce modèle possède des bases bibliques ainsi que des racines historiques, en tant qu’un phénomène missiologique, les CPM n’ont pas encore 50ans sur la scène. Des expressions des House churches varient, certains affichant des signes de faiblesses de façon plus fragrante que d’autres. D’autres expressions sont plus solides que d’autres. Je crois qu’il en est ainsi pour tout mouvement. A ce stade il devient très important de prêter attention aux critiques afin de s’améliorer progressivement.
Là où les house churches rencontrent des difficultés, le défi réside souvent dans la formation des responsables, la clarté doctrinale, ainsi que dans le maintien à la fois de la qualité et de la multiplication dans la durée. Beaucoup de critiques viennent des milieux réformés comme l’organisation 9Marks. Ces critiques tournent généralement autour de trois idées principales : la profondeur doctrinale, la solidité de l’Église, et la durabilité dans le temps.
En effet, certaines de ces questions demandent : un mouvement qui grandit rapidement peut-il aussi grandir en maturité ? La simplicité peut-elle aller avec une théologie solide ? Et ces Églises qui naissent vite vont-elles vraiment durer sur plusieurs générations ?
D’autre part, il y a aussi des éléments encourageants, notamment venant du Mouvement de Lausanne qui a une bonne connaissance des missions et évangelisation dans le monde. Plusieurs de ses contributeurs soulignent que ces mouvements se développent souvent là où les formes plus institutionnelles de l’Église ont eu du mal à s’implanter, par exemple parmi les peuples non atteints, les personnes qui apprennent surtout à l’oral, ou les communautés qui ont peu accès à une formation théologique formelle.
Dans ces contextes, des méthodes simples et faciles à reproduire, comme les études bibliques de découverte, permettent à la Parole de Dieu de se répandre naturellement à travers les relations. Plutôt que de voir la simplicité comme une faiblesse, les défenseurs de ces mouvements la considèrent comme une force, parce qu’elle met la Parole de Dieu à la portée de tous.
Derrière tout cela, on trouve en réalité une tension plus profonde au sein même du monde évangélique. Les critiques réformés insistent surtout sur la nature et la maturité de l’Église, tandis que les partisans des mouvements mettent l’accent sur sa croissance missionnaire.
Les premiers demandent : « Est-ce que ces Églises sont bien conformes à la Bible ? »
Les seconds demandent : « Est-ce que nous faisons des disciples qui obéissent et qui se multiplient ? »
Ces deux préoccupations sont bibliques, mais elles ne mettent pas l’accent sur les mêmes aspects de l’Église.
Au final, ce dialogue entre les deux approches peut être une bonne chose. Si les acteurs des mouvements de House churches prennent au sérieux l’importance d’une bonne base théologique et d’une Église bien structurée, et si les critiques restent ouverts à l’idée que Dieu peut aussi agir à travers des moyens simples et reproductibles, alors cela pourrait conduire à une Église mondiale plus mûre et plus engagée dans la mission

NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.
NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:
Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29
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