Un supérieur de monastère aide un jeune moine tourmenté à regarder au-delà de lui-même, vers le Christ et vers la grâce de Dieu, mais sans choisir la destination à laquelle son disciple parviendra finalement, tout en contribuant à lui faire prendre la route
L’histoire de Luther et de son père spirituel, Johann von Staupitz, est aussi fascinante que complexe. C’est l’un des aspects de l’histoire de la Réforme qui m’a le plus intrigué.
Une seule phrase pourrait résumer cette histoire : un supérieur de monastère aide un jeune moine tourmenté à regarder au-delà de lui-même, vers le Christ et vers la grâce de Dieu, mais sans choisir la destination à laquelle son disciple parviendra finalement, tout en contribuant à lui faire prendre la route.
On pourrait peut-être un paragraphe qui pourrait également tenter de contenir toute la richesse de cette histoire.
Un homme aide un autre à retrouver la paix avec Dieu, l’encourage à étudier la Bible et lui donne les moyens de devenir un enseignant. Puis vient le jour où cet ancien disciple tire de son enseignement des conclusions qui dépassent les convictions de celui qui l’a formé. Le maître tente de le retenir, lui conseille la prudence et cherche à préserver l’unité de l’Église. Le disciple poursuit sa route. Les deux hommes se séparent sur des questions décisives, mais leur affection ne disparaît pas pour autant.
Néanmoins, il faudrait des livres entiers pour raconter cette histoire, tant elle est riche en détails et en leçons qui dépassent ce qu’un article peut contenir. Mais essayons tout de même… Il n’est donc pas exagéré de dire que l’histoire de la Réforme aurait été différente sans Johann von Staupitz.
Contrairement à Luther, qui venait d’un milieu modeste, celui des mineurs, Staupitz était issu d’une famille noble. Il naquit vers 1460 à Motterwitz, en Saxe. Parmi ses amis d’enfance figurait un jeune homme qui allait lui aussi occuper une place importante dans l’histoire de la Réforme : Frédéric de Saxe, que l’histoire retiendra sous le nom de Frédéric le Sage.
Si les précurseurs de la Réforme ont tous connu la mort, Martin Luther, lui, bénéficiera de la protection de Frédéric de Saxe. C’est également ce prince qui fonda, au début du XVIe siècle, l’université de Wittenberg, où Luther étudiera la théologie et d’où les idées de la Réforme se répandront.
Bien que né dans une famille noble, Staupitz choisit le chemin étroit du ministère chrétien. Lorsqu’il entra dans l’ordre des ermites de Saint-Augustin, probablement à Munich, vers 1490, il avait déjà acquis une solide formation en arts libéraux, notamment à Leipzig et à Cologne.
En 1497, il quitta Munich pour poursuivre des études théologiques à l’université de Tübingen, en vue d’obtenir son doctorat. Son parcours fut particulièrement rapide : à peine avait-il commencé ses études qu’il devint professeur. En 1498, il prit la direction de la communauté augustinienne. Cette nomination intervint très tôt, malgré ses qualités personnelles considérables.
Le 29 octobre 1498, il commença à enseigner la Bible. Puis, le 10 janvier 1499, un peu plus de deux mois plus tard, il entreprit des cours de théologie sur les Sentences de Pierre Lombard. En 1500, il obtint le doctorat en théologie.
Pendant ses études à Tübingen, Staupitz eut l’occasion de côtoyer plusieurs courants de pensée qui traversaient alors les universités allemandes. Il connaissait la tradition scolastique, notamment celle de Thomas d’Aquin, mais il fut également confronté aux idées nominalistes, associées entre autres à Gabriel Biel et à son école.
C’est dans ce contexte que la pensée d’Augustin prit une place particulière dans sa réflexion. La question de la grâce divine, du péché humain et de l’initiative de Dieu dans le salut occupait déjà une place centrale dans ses préoccupations. Il ne s’agissait pas encore de la Réforme luthérienne, et Staupitz ne défendait pas simplement, par anticipation, toutes les doctrines que Luther allait formuler. Mais il s’inscrivait dans une tradition augustinienne qui insistait sur la nécessité de la grâce et sur l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ.
Staupitz faisait partie de ces théologiens chrétiens qui, au nom d’Augustin, protestaient contre l’orientation que prenait l’Église dans son interprétation de l’Évangile. La Réforme poursuivrait cette protestation, même si elle prendrait une forme quelque peu différente et si les réponses apportées par les réformateurs seraient souvent radicalement nouvelles.
Staupitz était profondément attristé par l’état de l’Église et par la corruption qui touchait aussi bien les mœurs que la doctrine. Il écrivit avec passion pour corriger ces dérives, mais aussi pour traiter de la foi chrétienne et de l’amour du Christ. Comme beaucoup d’autres avant lui, il n’était pas un réformateur au sens où nous l’entendons aujourd’hui et ne souhaitait pas dépasser les responsabilités que l’Église lui avait confiées.
Cette orientation théologique allait compter énormément lorsque, quelques années plus tard, un jeune moine viendrait lui confier les tourments de sa conscience.
Le jeune Martin avait rejoint le couvent des Augustins d’Erfurt en juillet 1505. Il n’y était pas entré pour devenir un réformateur, encore moins pour défier le pape. Il voulait sauver son âme.
Quelques semaines auparavant, il avait été surpris par un violent orage au cours duquel il avait craint de mourir. Dans sa détresse, il avait invoqué sainte Anne et promis de devenir moine. Son père, qui avait d’autres projets pour lui et espérait le voir poursuivre une carrière juridique, fut profondément déçu. Mais Martin avait pris son engagement au sérieux.
Il se lança dans la vie monastique avec une détermination que peu de ses compagnons auraient pu égaler. Il jeûnait, priait, veillait et cherchait à se confesser avec une minutie qui finissait par épuiser son confesseur. Il ne voulait laisser aucun péché sans confession, aucune faute sans réparation, aucun recoin de sa conscience dans l’obscurité.
Il pouvait passer des heures à examiner ses souvenirs, de peur d’avoir oublié quelque chose qui l’exposerait au jugement de Dieu. Le problème n’était pas qu’il prenait le péché à la légère. C’était précisément le contraire. Il avait une conscience aiguë de la sainteté de Dieu et de sa propre indignité. Mais il ne parvenait pas à comprendre comment un Dieu parfaitement juste pouvait accueillir un homme aussi pécheur que lui. Plus il s’efforçait d’atteindre la sainteté, plus il découvrait en lui-même des motifs de condamnation.
Il priait, mais ne trouvait pas le repos. Il se confessait, mais la paix ne durait pas. Il s’imposait de nouvelles pénitences, puis se demandait s’il les avait accomplies avec suffisamment de sincérité. Même les pratiques religieuses destinées à le rapprocher de Dieu devenaient parfois pour lui de nouvelles occasions d’angoisse.
Ce jeune homme croyait en Dieu, mais il avait surtout peur de lui. Il pensait à un Dieu courroucé, dont la justice menaçait de le condamner et devant lequel ses efforts ne semblaient jamais suffisants. Un jour, en évoquant cette période, il dira qu’il en était venu à haïr Dieu. Ce n’était pas l’indifférence d’un homme qui aurait cessé de croire. C’était le cri d’un homme qui désirait ardemment être en paix avec Dieu, mais qui ne savait pas comment y parvenir.
C’est dans cet état que Luther rencontra Johann von Staupitz, son supérieur dans l’ordre augustinien et, bientôt, son confesseur. Les deux hommes se rencontrèrent au couvent d’Erfurt, probablement en 1506, alors que Staupitz effectuait une visite dans les communautés placées sous son autorité. Il allait découvrir que les difficultés de ce jeune moine dépassaient de loin les problèmes ordinaires d’un novice.
Staupitz réconforta Martin, affaibli par les jeûnes et les sacrifices qu’il s’imposait dans l’espoir de compenser ce qu’il considérait comme sa propre indignité. Il lui demanda de détourner son regard de l’examen interminable de ses péchés pour méditer plutôt sur la grâce de Dieu et sur la rédemption de l’humanité par le sang du Christ. Il lui enseigna également la sagesse d’attendre patiemment la grâce de Dieu dans la prière, au lieu de chercher sans cesse à obtenir la paix intérieure par ses propres efforts.
Staupitz l’écoutait et cherchait à le ramener à l’essentiel. Il ne lui demandait pas de nier son péché ni de diminuer les exigences de la sainteté divine. Il voulait lui apprendre à ne pas faire de l’examen interminable de sa propre conscience le centre de sa vie spirituelle.
Il l’invitait à regarder ailleurs : vers Jésus-Christ, vers sa croix, vers le pardon que Dieu accorde et vers l’amour divin qui précède les efforts humains. Au lieu de chercher sans fin en lui-même une raison d’espérer, Luther devait apprendre à considérer ce que Dieu avait accompli pour les pécheurs.
Staupitz lui parlait aussi de la grâce avec la conviction d’un homme qui avait lui-même été nourri par la pensée d’Augustin. Il l’encourageait à attendre de Dieu ce qu’il ne parvenait pas à produire par ses propres forces. La véritable repentance ne devait pas se réduire à une recherche sans fin de fautes à confesser ; elle devait conduire le pécheur à se tourner vers Dieu.
Staupitz lui aurait également conseillé de méditer la passion du Christ et de se tourner vers Jésus lorsqu’il était accablé par ses pensées. Ce qui importait n’était pas que Luther parvienne à se rendre digne de l’amour divin, mais qu’il apprenne à recevoir cet amour là où Dieu l’avait manifesté : dans le Christ crucifié.
Luther lui en sera éternellement reconnaissant et le considérera toujours comme son père spirituel. En évoquant celui qui avait accompagné ses premières années de vie monastique, il dira : « Si le docteur Staupitz ne m’avait pas aidé, j’aurais sombré en enfer. »
Staupitz comprit qu’il ne suffirait pas de conseiller au jeune moine de prier davantage. Luther avait besoin de sortir de ce cercle où chaque effort pour apaiser sa conscience finissait par l’accuser davantage. Il fallait aussi lui confier des responsabilités qui l’aideraient à détourner une partie de son attention de ses tourments intérieurs.
Une occasion se présenta lorsque les tensions au sein de l’ordre augustinien conduisirent plusieurs religieux à se rendre à Rome. Staupitz cherchait à rapprocher les communautés réformées des autres maisons augustiniennes, mais certains couvents, dont celui d’Erfurt, s’opposaient à son projet. Luther fut envoyé à Rome comme membre d’une délégation chargée de défendre la position de son couvent.
La date exacte de son voyage demeure discutée. Il est généralement situé entre la fin de 1510 et le début de 1511, même si certains historiens défendent une chronologie légèrement différente.
Pour Luther, Rome représentait bien davantage qu’une destination administrative. C’était la ville sainte, le cœur de la chrétienté occidentale, le lieu où il espérait trouver les traces vivantes d’une foi qui avait façonné son existence. Il y arriva en pèlerin, avec les attentes d’un homme qui cherchait encore à se rapprocher de Dieu.
Il visita des églises, accomplit des pratiques de dévotion et gravit notamment les marches de la Scala Santa, selon le récit qu’il en fit plus tard. Mais son séjour lui donna aussi l’occasion d’observer des comportements du clergé qui le scandalisèrent. Il fut frappé par la légèreté de certains prêtres, par des pratiques qui lui semblaient indignes de leur ministère et par la place que l’argent occupait dans la vie religieuse.
Luther revint avec plus de questions que de réponses. Il était parti chercher la paix et découvrit que la proximité des lieux saints ne suffisait pas à la lui donner. Il pouvait accomplir les gestes prescrits, visiter les sanctuaires et multiplier les pratiques de piété sans parvenir à résoudre la question qui le poursuivait : comment être juste devant Dieu ?
C’est alors que Staupitz décida de l’orienter vers la source. Il allait lui donner une occasion décisive de chercher ses réponses dans les Écritures. À son retour, Luther fut transféré à Wittenberg, où Staupitz l’encouragea à poursuivre ses études. Il ne s’agissait pas simplement de changer de couvent. Le jeune moine allait entrer dans un environnement où la lecture et l’enseignement de la Bible occuperaient désormais une place centrale.
Frédéric le Sage avait fondé son université en 1502, et Staupitz avait contribué à organiser sa faculté de théologie. Mais ses responsabilités dans l’ordre augustinien l’éloignaient de plus en plus de l’enseignement. Il lui fallait quelqu’un pour prendre sa place, quelqu’un qui pourrait consacrer à l’étude des Écritures le temps que ses fonctions administratives ne lui permettaient plus de leur donner.
Un jour, Staupitz annonça à Luther qu’il s’occupait de lui faire obtenir un doctorat en théologie. Martin n’en revenait pas. Quoi ? À seulement vingt-huit ans ? Un tel titre était plutôt destiné à un homme de quarante ans ou plus. Au couvent d’Erfurt, les religieux qui obtenaient le doctorat approchaient davantage de la cinquantaine. Et comment pouvait-il ajouter tout le travail que cela impliquait à ses autres responsabilités, alors qu’il était désormais sous-prieur ?
Martin protesta : « Cela va me tuer ! »
Staupitz ne se laissa pas dissuader et lui répondit : « Eh bien, le Seigneur a besoin de gens au ciel. Il a grand besoin d’assistants là-haut ! »
Luther se sentait déjà accablé par ses obligations et ne se croyait pas capable d’assumer une telle responsabilité. Mais Staupitz insista. Luther finit par obéir. Il obtint son doctorat et succéda à Staupitz à la chaire de théologie biblique de l’université de Wittenberg.
À Wittenberg, l’étude de la Bible allait prendre une tout autre dimension. Luther enseigna d’abord les Psaumes, puis l’épître aux Romains, avant de poursuivre avec d’autres livres bibliques. Il ne lisait plus seulement les Écritures pour trouver une réponse immédiate à son angoisse personnelle. Il devait désormais les étudier attentivement, en expliquer le texte, suivre le raisonnement des auteurs bibliques et rendre compte de leur enseignement devant ses étudiants.
C’est dans ce travail patient que ses convictions commencèrent à évoluer. La lecture de Paul, éclairée par Augustin et nourrie par les conseils de Staupitz, l’amena progressivement à reconsidérer la justice de Dieu, la condition du pécheur et le rôle de la foi dans le salut.
Le processus fut long. Les historiens discutent encore de la date précise à laquelle Luther comprit pleinement la signification de la justification par la foi. Il serait donc imprudent de situer toute sa découverte en une seule journée, comme si une lumière soudaine avait résolu d’un coup toutes ses difficultés. Ses cours sur les Psaumes, entre 1513 et 1515, puis sur l’épître aux Romains, à partir de 1515, témoignent d’une évolution théologique progressive.
Peu à peu, Luther apprit à comprendre la justice de Dieu non seulement comme celle par laquelle Dieu juge le pécheur, mais aussi à la lumière de l’Évangile, dans lequel Dieu accorde au croyant ce qu’il ne peut produire par ses propres œuvres. La grâce ne venait pas couronner les efforts d’un homme qui aurait enfin réussi à se rendre digne de Dieu. Elle était le fondement même de son espérance.
Alors que Luther faisait ces découvertes, Staupitz poursuivait ses activités dans l’ordre augustinien. Il avait finalement quitté la chaire de Wittenberg pour se consacrer davantage à ses responsabilités de vicaire général des Augustins dans toute l’Allemagne. Il avait cependant préparé son successeur et continuait de suivre avec intérêt son évolution.
Les deux hommes restaient proches. Luther voyait toujours en Staupitz un conseiller spirituel, et leurs échanges portaient sur des questions théologiques qui allaient bientôt prendre une importance considérable.
En 1517, la controverse sur les indulgences éclata. Le dominicain Johann Tetzel prêchait leur vente dans le cadre d’une campagne destinée notamment à financer la construction de la basilique Saint-Pierre à Rome. Les indulgences s’inscrivaient dans une pratique ecclésiastique plus ancienne, mais leur prédication commerciale et certaines des affirmations qui les accompagnaient soulevaient de sérieuses questions pastorales et théologiques.
Luther ne pouvait pas rester indifférent. Ce qu’il avait appris sur la grâce, la repentance et le pardon de Dieu le conduisait à s’interroger sur une pratique qui risquait de donner aux fidèles l’impression que le pardon pouvait être obtenu par une transaction financière.
Le 31 octobre 1517, il rendit publiques ses quatre-vingt-quinze thèses sur la puissance et l’efficacité des indulgences. Ce geste est devenu emblématique de la Réforme, même si les circonstances exactes de l’affichage des thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg font encore l’objet de discussions historiques.
Luther ne cherchait pas encore, du moins au début, à fonder une nouvelle Église. Il voulait ouvrir un débat théologique et appeler à une réforme de la prédication et des pratiques ecclésiastiques. Il considérait ses objections comme compatibles avec une réforme menée à l’intérieur de l’Église.
Au début, Luther avait rédigé une Dispute sur la puissance et l’efficacité des indulgences, connue sous le nom de Quatre-vingt-quinze thèses, et l’avait envoyée à l’archevêque de Mayence, qui la transmit à Rome. De nombreux spécialistes estiment que Staupitz l’a aidé à rédiger ces thèses.
Au départ, Staupitz pouvait reconnaître dans les préoccupations de Luther une protestation légitime contre les abus et une volonté de revenir à l’enseignement de Paul et d’Augustin. Il ne voyait pas encore clairement que les objections de son ancien disciple allaient progressivement toucher aux fondements de l’autorité ecclésiastique et conduire à une rupture de plus en plus profonde avec Rome.
Le pape ne réagit pas favorablement aux questions de Luther. Il envoya le cardinal Thomas Cajetan afin d’obtenir de lui qu’il renonce à ses enseignements. Staupitz accompagna Luther pour rencontrer Cajetan et le guider dans cette épreuve.
Le pape Léon X voulait que le moine allemand explique ses positions et revienne sur les propositions jugées erronées. Le cardinal Thomas Cajetan fut chargé de l’interroger à Augsbourg, en octobre 1518.
Staupitz se trouvait dans une position particulièrement délicate. En tant que supérieur de Luther, il devait répondre aux autorités de l’Église. En tant que père spirituel, il ne pouvait pas abandonner celui qu’il avait accompagné pendant plus de dix ans.
Il se rendit donc à Augsbourg et chercha à servir de médiateur. Il espérait que la situation pourrait encore être résolue sans que Luther soit condamné et sans que le conflit détruise l’unité de l’Église. Mais Luther n’était plus disposé à se rétracter simplement pour mettre fin à la controverse. Les discussions avec Cajetan ne produisirent pas le résultat espéré. Staupitz tenta de convaincre son ancien disciple de se soumettre à l’autorité ecclésiastique, mais il comprit que celui-ci ne céderait pas sur les questions qu’il estimait fondamentales.
C’est alors qu’il le libéra de son obligation d’obéissance envers ses supérieurs augustiniens. Cette décision permettait à Luther de quitter l’ordre sans être considéré comme un religieux fugitif et lui donnait une plus grande liberté d’action. Elle constituait aussi une manière de protéger l’ordre contre les conséquences d’un conflit qui prenait une ampleur considérable.
Lorsque Luther le supplia de le laisser rester, en l’appelant « Père », Staupitz lui répondit qu’il resterait son père en Christ jusqu’au jour de sa mort.
En 1521 eut lieu la diète de Worms, au cours de laquelle Luther fut appelé à répondre de ses écrits devant l’empereur Charles Quint. Staupitz l’aida à préparer cette comparution. Lorsque Luther continua de défendre ses écrits et déclara qu’il ne pouvait pas se rétracter, Staupitz comprit que la séparation de Luther d’avec l’Église était désormais consommée et que celui-ci risquait de connaître une fin violente.
C’est là que commença leur véritable épreuve. Staupitz avait contribué à libérer Luther de certaines de ses angoisses spirituelles, mais il ne pouvait pas décider à sa place jusqu’où celui-ci devait pousser ses conclusions théologiques.
À mesure que la tempête s’intensifiait, Rome fit pression sur Staupitz pour qu’il clarifie sa position. Les autorités romaines lui demandèrent de se désolidariser des positions de Luther. Staupitz hésita. Il ne voulait pas renier des idées qu’il n’avait pas lui-même professées sous la forme que Rome leur reprochait. Mais il ne pouvait pas davantage accepter la direction que prenait le conflit.
Il finit par reconnaître l’autorité du pape comme son juge. Luther interpréta cette décision comme une défection de la part de celui qui avait contribué à former sa conscience théologique. Staupitz, de son côté, estimait ne plus pouvoir suivre son ancien disciple dans une opposition aussi directe à l’autorité pontificale.
Après Augsbourg, Luther et Staupitz continuèrent à correspondre et se rencontrèrent même de nouveau en Saxe. Mais, effrayé par le cours que prenaient les événements et inquiet pour sa propre sécurité, Staupitz résolut de se retirer du conflit entre Luther et Rome. Il chercha alors un refuge paisible où il pourrait passer les dernières années de sa vie dans la tranquillité. C’est ainsi qu’Il abandonna sa charge de vicaire général en 1520, puis quitta l’ordre augustinien pour rejoindre les bénédictins en 1522 un monastère beaucoup plus aisé. Il devint abbé de Saint-Pierre de Salzbourg, et deux ans après, il mourut.
Luther fut profondément affecté par ce choix. Il ne comprenait pas comment son père spirituel pouvait accepter une fonction au service d’un prélat catholique alors que la controverse prenait une tournure aussi grave. Il lui écrivit pour lui faire part de ses inquiétudes, évoquant notamment les persécutions qui frappaient certains partisans de la Réforme et les dangers auxquels il était lui-même exposé.
Dans une lettre du 1er avril 1524, Staupitz exprima à Luther son amour persistant, tout en lui faisant comprendre qu’il ne pouvait approuver toutes ses positions. Pourtant, il reconnaissait aussi ce que Luther avait apporté à l’Église en ramenant l’attention vers les paroles du salut.
Dans cette lettre, Staupitz réaffirma sa foi au Christ et à l’Évangile. Il compara son amour pour Luther à celui que David avait éprouvé pour Jonathan. Il précisa cependant qu’il ne partageait pas entièrement la direction prise par la Réforme. À ses yeux, les partisans du nouveau mouvement faisaient de questions théologiquement secondaires des sujets de conscience et abusaient, par leur conduite, de la liberté offerte par l’Évangile. Mais malgré leurs divergences, leur affection ne disparut pas. Staupitz ne pouvait pas accompagner Luther jusqu’au bout, mais Luther ne pouvait pas oublier ce qu’il lui devait. Et Staupitz, même lorsqu’il ne comprenait plus la direction prise par la Réforme, ne cessa pas de considérer Luther avec une affection particulière.
Dans sa lettre, il ajouta :
« Mon amour pour toi demeure inchangé, plus grand que l’amour des femmes, et toujours inébranlable… Mais puisque je ne comprends pas toutes tes idées, je garde le silence à leur sujet… Il me semble que tu condamnes beaucoup de choses qui sont simplement indifférentes… Pourtant, Martin, nous te devons beaucoup : tu nous as ramenés loin des caroubes que mangeaient les porcs, vers les pâturages de la vie et les paroles du salut. »
Staupitz mourut peu après cet ultime échange. Il s’éteignit le 28 décembre 1524 et fut enterré au monastère bénédictin de Salzbourg.
Bien que Staupitz n’ait jamais quitté l’Église romaine pour rejoindre la Réforme, ses écrits suscitèrent suffisamment de méfiance pendant la Contre-Réforme pour être inscrits à l’Index des livres interdits en 1559.
SOURCES

NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.
NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:
Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29
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