Comprendre le Kubandwa, ce n'est pas forcément l'endosser ou le rejeter sans réfléchir. C'est simplement regarder notre passé en face pour mieux appréhender notre présent.
J'ai noté que le 11 juillet 2025, les professeurs Sadiki Élie et Nicolas Nikkis ont donné une conférence à l'Université du Burundi sur le Kubandwa. Beaucoup d'étudiants et d'autres personnes curieuses étaient là, et on sentait bien l'intérêt que ça suscitait. Avant cela, pour pas mal de jeunes, cette pratique était surtout une histoire de grands-parents, quelque chose de lointain, pas vraiment un sujet d'étude sérieux.
Il y a quelques jours, la ministre Lydia Nsekera a dit publiquement que le Kubandwa est tout à fait légal au Burundi et que personne ne devrait avoir honte de le pratiquer. Tout ça relance une question que beaucoup de Burundais, et surtout les plus jeunes, se posent ces temps-ci : qu'est-ce qu'on connaît vraiment des croyances de ceux qui nous ont précédés ?
C'est vrai qu'on voit depuis quelques années un intérêt grandissant pour notre histoire d'avant la colonisation, pour les traditions africaines et les vieilles croyances. Beaucoup veulent savoir ce qui se passait avant l'arrivée des missionnaires et de l'administration coloniale. Mais même avec cet élan, pour pas mal de jeunes Burundais, le Kubandwa reste un sujet flou.
Il y a ceux qui le voient comme une richesse culturelle à protéger. D'autres, au contraire, pensent que c'est une pratique religieuse qui ne va pas avec la foi chrétienne. Entre ces deux visions, beaucoup sont simplement là pour essayer de comprendre.
Et pour cause, comment porter un jugement sans même connaître l'histoire derrière tout ça ?
Souvent, on imagine que le Kubandwa est quelque chose de purement burundais. Mais en réalité, son influence allait bien au-delà de nos frontières. Pendant des siècles, les peuples de ce qui est aujourd'hui le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda, l'est du Congo et des bouts de la Tanzanie, échangeaient de tout : des objets, des coutumes, des histoires et bien sûr, des croyances. Les frontières telles qu'on les connaît n'existaient pas. Le Kubandwa a voyagé avec ces échanges et s'est installé un peu partout dans la région des Grands Lacs.
Pour capter ce qu'était le Kubandwa, il faut se projeter un peu. Nos ancêtres vivaient dans un monde sans les hôpitaux d'aujourd'hui, sans nos assurances santé, sans les médicaments qu'on a pour pas mal de maladies. Quand un coup dur arrivait dans une famille, quand une femme ne parvenait pas à avoir d'enfants, quand une sécheresse détruisait les cultures, ou quand on avait l'impression d'être frappé par une série d'épreuves, on cherchait les explications et les solutions non pas dans la science, mais dans ce qui est invisible.
Pour eux, ce qu'on voyait n'était qu'une partie de la réalité. Le monde visible vivait en même temps qu'un autre, rempli d'ancêtres, d'esprits, de puissances qui pouvaient agir sur la vie des humains.
Mais alors, comment se passait un rituel de Kubandwa concrètement ?
Le mot Kubandwa, en lui-même, veut dire être saisi ou habité par un esprit. Pour vraiment faire partie de cette communauté, il fallait d'abord passer par une initiation. Un parrain spirituel accompagnait la personne, la guidant à travers les différentes étapes du rite. Après l'initiation, une cérémonie de confirmation officialisait l'entrée dans le groupe.
Souvent, ces rassemblements étaient pleins de vie, avec des chants, des danses, le son des tambours et des tenues spécifiques. Certaines histoires parlent même d'un langage particulier, que seuls les initiés comprenaient.
Le moment clé arrivait quand un participant entrait en transe. C'est de là, d'ailleurs, que vient le nom Kubandwa : cette idée d'être saisi, habité, ou possédé par un esprit. Pour beaucoup de ceux qui pratiquaient, ce n'était pas du tout effrayant. Au contraire, ils y voyaient une rencontre avec une force spirituelle capable d'aider les vivants. Pendant ces transes, certains parlaient, bougeaient, ou se comportaient comme si un esprit prenait la parole à travers eux. On pensait que l'Imandwa avait pris possession de la personne pour livrer un message, apporter une guérison, ou dévoiler la cause d'un souci. Ces cérémonies se déroulaient généralement dans des lieux dédiés aux esprits, parfois appelés sanctuaires.
Et ces Imandwa, qui étaient-ils exactement ?
Au centre du Kubandwa, il y avait donc ces esprits qu'on appelait les Imandwa. Si on en croit les traditions, ces esprits pouvaient intervenir un peu partout dans la vie des gens : la santé, avoir des enfants, les récoltes, le bétail, la chasse, les mariages, ou encore la prospérité. Les récits disaient que plusieurs Imandwa étaient des proches de Kiranga ou de Ryangombe. D'autres étaient liés aux ancêtres ou à d'autres forces spirituelles. Avec le temps, le nombre d'Imandwa a grossi, le panthéon est devenu très vaste, allant même jusqu'à inclure des esprits d'animaux.
Le terme Imandwa avait une double signification. Il désignait à la fois les esprits et les personnes qui avaient été initiées au culte. Donc, quelqu'un qui rejoignait la communauté des adeptes devenait lui-même un "Imandwa".
Mais alors, pourquoi le Kubandwa attirait-il autant de monde pendant si longtemps ?
Ce succès, qui a duré des siècles, ne venait pas seulement de la peur des esprits. Le Kubandwa répondait à des besoins très pratiques. Il offrait des explications quand personne n'en avait. Il donnait de l'espoir face à la maladie. Et puis, il apportait un sentiment d'appartenance dans des sociétés où la solidarité était souvent essentielle pour survivre.
D'une certaine manière, le Kubandwa, c'était à la fois une communauté de soutien, un lieu de guérison et une grande famille. C'était une croyance, mais aussi une forme de thérapie et un vrai groupe social.
Alors, pourquoi le Kubandwa revient-il sur le devant de la scène aujourd'hui ?
Je ne suis sans doute pas le seul à remarquer qu'une partie de l'Afrique regarde son histoire d'une autre manière qu'il y a vingt ou trente ans. Dans beaucoup de pays, on est en train de reconsidérer l'héritage culturel africain, et ça touche aussi le religieux.
Certains estiment que les récits de l'époque coloniale ont parfois déformé les religions traditionnelles, en ne montrant que ce qui posait problème. D'autres veulent juste comprendre ce que nos ancêtres croyaient, avant de s'empresser de louer ou de critiquer.
L'histoire nous l'apprend : quand une société commence à s'interroger sur son identité, elle se penche souvent sur son passé.
C'est dans cette dynamique que le Kubandwa attire de nouveau l'attention, que ce soit celle de chercheurs, d'étudiants, d'intellectuels, et même parfois de politiques. Personnellement, j'ai récemment découvert des travaux qui soulignent à quel point les femmes ont joué un rôle clé dans l'organisation et la transmission de ce culte.
D'un point de vue plus personnel, en tant que chrétien, je peux voir des côtés positifs au Kubandwa, sans pour autant partager sa vision du monde spirituel. Il apportait des réponses à un vrai besoin de guérison, il tissait des liens forts dans les communautés, et il traduisait ce désir humain de trouver une aide spirituelle face aux épreuves de la vie.
Mais la Bible nous dit de regarder toute pratique spirituelle avec attention. Les Burundais croyaient en Imana et respectaient leurs ancêtres. Seulement, le Kubandwa s'appuyait aussi sur l'intervention d'esprits intermédiaires qui étaient censés offrir protection, guérison ou révélations.
Or, les Écritures nous apprennent que Jésus-Christ est le seul intermédiaire entre Dieu et nous. Elles nous avertissent aussi contre les pratiques qui cherchent à entrer en contact avec des esprits ou à se laisser guider par eux. Un des points centraux du Kubandwa, c'était la possession par les esprits. Et la Bible, elle, enseigne au croyant de chercher sa relation avec Dieu uniquement par Jésus-Christ.
Même si le Kubandwa répondait à des besoins très concrets, sa manière de voir le monde spirituel reste difficilement conciliable avec ce que la Bible enseigne.
Pour conclure, le Kubandwa a été une tradition religieuse majeure dans la région des Grands Lacs. Pendant des siècles, il a façonné la façon dont beaucoup de communautés voyaient la maladie, la guérison, la protection, et tout ce qui est du domaine de l'invisible. Cela dit, le fait qu'il s'appuie sur des esprits comme intermédiaires et qu'il donne une place centrale à la possession spirituelle le met en décalage avec l'enseignement biblique.
Mais le Kubandwa reste tout de même une part importante du patrimoine historique et culturel de notre région. Connaître son histoire nous éclaire sur nos origines, sur la façon dont nos ancêtres voyaient le monde, et sur les questions spirituelles qui les préoccupaient.
En tant que chrétien, je ne pense pas que le Kubandwa apporte la réponse définitive à la quête spirituelle humaine. Mais en tant que Burundais, je suis convaincu qu'il est crucial de savoir ce que cette pratique a représenté. Une société qui oublie son histoire finit souvent par se l'inventer. Mieux vaut la connaître avec franchise, avec ses points forts comme ses limites.
Donc, comprendre le Kubandwa, ce n'est pas forcément l'endosser ou le rejeter sans réfléchir. C'est simplement regarder notre passé en face pour mieux appréhender notre présent.
Archives missionnaires
Sources audiovisuelles

NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.
NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:
Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29
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