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La longue marche de la musique chrétienne urbaine au Burundi

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L’introduction de nouveaux styles de musique dans l’Église a toujours un prix ; mais, une fois le combat mené, la controverse devient souvent un souvenir.

30 Mars 2026

Il fut un temps, pas si lointain, où ce que beaucoup appellent aujourd’hui « musique d’Église » aurait suscité de vives controverses.

Aujourd’hui, les chants du genre Hillsong Worship, Elevation Worship ou Maverick semblent presque définir à eux seuls l’identité musicale du christianisme contemporain. Pourtant, l’histoire nous rappelle une chose essentielle : même le rock, aujourd’hui largement accepté dans l’Église, fut autrefois considéré par certains comme une musique douteuse, voire spirituellement dangereuse.

Et, à vrai dire, ce jugement n’était pas entièrement sans fondement.

Dans ses formes les plus extrêmes, le rock profane pouvait véhiculer des éléments difficilement conciliables avec le cœur de l’Évangile : une exaltation de la rébellion pour elle-même, la célébration de la violence ou du nihilisme, parfois une sensualité démesurée ou une glorification de pratiques opposées à la sainteté. Autant d’éléments qui, sans discernement, peuvent entrer en tension avec la révérence due à Dieu.

Toute forme musicale qui entre dans la vie de l’Église doit donc passer par un processus de rédemption : conserver ce qui est culturellement pertinent, tout en abandonnant ce qui contredit la sainteté et la révérence de l’Évangile.

Peu à peu, en Occident, le rock a trouvé sa place dans les Églises. Et si les générations précédentes avaient totalement fermé la porte, combien de bénédictions auraient été perdues ? Des chants qui aujourd’hui édifient des millions de croyants, de Planetshakers, Casting Crowns, Chris Tomlin ou Hillsong Worship, n’auraient peut-être jamais vu le jour. L’introduction de nouveaux styles dans l’Église a toujours un prix ; mais, une fois le combat mené, la controverse devient souvent un souvenir.

Le Burundi a, lui aussi, traversé cette histoire.

Bien avant que la musique urbaine ne s’impose, un nom, un seul, celui d’Appolinaire, a joué un rôle pionnier dans le renouvellement musical au sein de l’Église. À cette époque, beaucoup considéraient les cantiques hérités des missionnaires, souvent chantés dans un style occidental ou country, comme la norme incontestable. Ces chants étaient riches sur le plan doctrinal, certes, mais ils ne tenaient pas pleinement compte des réalités culturelles locales.

Et c’est important de le rappeler : les cantiques eux-mêmes sont le fruit d’une adaptation culturelle. Dans l’Empire romain, ils étaient des chants d’honneur destinés à célébrer les exploits des empereurs et des chefs militaires. Les premiers chrétiens ne les ont pas reçus comme un « style céleste » immuable ; ils les ont transformés pour proclamer Christos Kyrios — Christ est Seigneur. Autrement dit : ce que nous considérons aujourd’hui comme une tradition sacrée était, à l’origine, une contextualisation audacieuse.

Alors que les Églises dites missionnaires perdaient progressivement leur influence auprès de la jeunesse, de nouvelles expressions de foi ont émergé. Elles étaient portées par un désir profond d’atteindre une nouvelle génération, surtout citadine, avec l’Évangile. Et la musique est devenue un pont.

Appolinaire, premier pionnier d’une musique véritablement urbaine, fut lui-même influencé par NIKIZA David, dont la musique était une véritable mimique des Beatles. Mais Appolinaire n’avait pas besoin de puiser dans le monde. Il fit un voyage en Angleterre, une formation… et sa trajectoire changea.

Il y découvra le mouvement de praise and worship, lié au renouveau charismatique des années 80, avec des figures comme Jack Hayford aux États-Unis, qui alliaient musique contemporaine méditative et renouveau spirituel. En Angleterre, Kendrick Graham introduisait également une musique contemporaine dans l’Église.

De retour, avec lui, une première forme de musique véritablement urbaine voit le jour dans l’Église burundaise. La longue marche de la musique chrétienne urbaine au Burundi ne commence pas avec le mouvement de Hip Hop mais avec Nikiza David et Apollinaire au début des années 90.

Cette révolution musicale d’Appolinaire était liée à un mouvement de réveil initié par David Ndaruhutse. Des Églises comme Vivante et Bon Berger ont contribué à un réveil, certes bref, mais bien réel, en atteignant une jeunesse en quête de sens dans un contexte marqué par l’instabilité politique et la guerre. La musique y jouait un rôle clé.

Dans cette atmosphère, la musique introduite à cette époque n’était pas seulement une innovation stylistique ; elle devenait une outre nouvelle pour un vin spirituel nouveau. Associée aux mouvements de réveil et de renouvellement d’Église, cette musique, souvent marquée par un soft rock et une ambiance méditative, est devenue un véritable medium d’une spiritualité de rencontre divine, portée par le vent du réveil.

Puis une seconde révolution s’est amorcée.

À la fin des années 90 et au début des années 2000, les repères musicaux commencent à changer. Sur la scène internationale, la musique noire américaine connaît une transformation majeure. Le R&B, déjà riche d’influences diverses, du gospel à la soul en passant par la pop, de Sam Cooke à Stevie Wonder jusqu’à Michael Jackson, connaît de multiples fusions.

Mais soudain, un tournant prit place. Le R&B évolua vers des sonorités plus contemporaines. Sa nouvelle forme, souvent liée au hip-hop, s’imposa progressivement comme dominante, portée par des figures comme Beyoncé ou R. Kelly. Le R&B classique recula progressivement, tandis que le hip-hop, avec des figures comme Jay-Z ou P. Diddy, s’imposa comme une force majeure.

Ce changement des références musicales se poursuivit avec la génération suivante. Chris Brown qui incarne un R&B fortement influencé par le hip-hop, tandis que Bruno Mars propose une synthèse raffinée entre rythme, groove et mélodie. Des voix comme Kendrick Lamar poussent encore plus loin cette expression, en y intégrant une profondeur sociale et une densité poétique remarquables.

Lorsque cette culture commence à entrer dans l’Église, la réaction est immédiate. La question devient inévitable : peut-on vraiment concilier cette expression culturelle avec le message de l’Évangile ? Il y a incompréhension. Résistance. Parfois même scandale.

Cette tension rappelle celle vécue par des artistes comme Lecrae, Trip Lee, KB, Andy Mineo, Shai Linne, Flame ou Propaganda, qui ont dû naviguer entre authenticité culturelle et fidélité théologique, souvent critiqués des deux côtés.

John K. Wells raconte les luttes du Christian Hip Hop( CHH):

Au cours des trente dernières années, le CHH a dû relever d’importants défis, allant de l’hostilité d’une communauté hip-hop tolérante envers tous, sauf Jésus, aux soupçons d’une Église qui se demandait si le hip-hop pouvait être autre chose que mondain ou démoniaque. Et pourtant, il a tenu.
Le CHH a survécu à sa naissance paradoxale et s’est taillé une place — difficile, mais réelle — dans le paysage du ministère urbain. Des mouvements comme le Cross Movement ou le mouvement 116 (Romains 1:16) ont ravivé une vieille question : celle de l’engagement culturel de l’Église.

Au Burundi, une nouvelle génération était déjà à l’écoute. Le soft rock chrétien et le pop rock classique ne parlaient plus à son imagination.

L’Église devait répondre. Parler son langage… ou la perdre. Certains ont avancé prudemment. D’autres ont franchi un cap.

Alors que la première génération influencée par Appolinaire Habonimana émerge avec des figures comme Willy, Dudu, Fabrice, David et Fortrand, Il y en un qui flirte déjà avec les sonorités modernes de R&B » Dudu T avec son ami Clark de l’Eglise anglicane. Dudu est souvent reconnu comme celui qui inspira la deuxième génération des artistes gospel avec un son encore plus urbain. On raconte que lors d’une veillée à l’Église du Bon Berger, il a offert pour la première fois une plateforme au rap dans un contexte d’Église. Ce moment a ouvert une prise de conscience : Big Zoé et ses amis réalisèrent pour la première fois qu’ils n’étaient pas seuls.

Mais pour beaucoup, la culture hip-hop restait dérangeante : le style, le langage, l’attitude, tout semblait trop proche du monde. Les critiques ont fusé. Compromis… ou contextualisation ?

Des artistes comme Big ZOE ont émergé, non seulement comme musiciens, mais comme pionniers du hip-hop chrétien au Burundi. Leur conviction était claire : leur scène ne se limitait pas à l’Église ; elle s’étendait aux médias, aux rues, à la société toute entière.

Hommages au pionnier du Christian Hip Hop au Burundi, BiG ZOEHommages au pionnier du Christian Hip Hop au Burundi, BiG ZOE

Des collectifs comme H4C, ainsi que des événements comme Kuri Beat, ont incarné cette volonté d’engagement culturel, non sans susciter des tensions avec certains milieux ecclésiaux . Ils ont refusé d’être enfermés à l’intérieur des murs de l’Église. Leur vision était plus large : toucher la société, rejoindre les réalités quotidiennes, parler un langage compris par tous. Certains ont cherché un encadrement spirituel solide. D’autres choisirent d’avancer seuls, avec les risques que cela comporte

Et oui, il y a eu des erreurs. Des excès. Des maladresses. Des dérapages. Des faux pas. Mais peu à peu… quelque chose change. Une maturité s’installe.

Le débat évolue. Ce n’est plus : le hip-hop a-t-il sa place ?

Mais : comment porter l’Évangile à travers le hip-hop?

Le centre de gravité se déplace. On le voit dans la constance du parcours de Big Zoe, dans la richesse des lyrics d’El Malakay, dans la créativité d’Aguila. L’impact s’élargit. Une nouvelle génération d’artistes et de producteurs émerge. Deux décennies se sont écoulées… presque sans qu’on s’en rende compte.

Samedi dernier du 21 Mars, nos artistes célèbrèrent vingt ans de musique urbaine chrétienne, et je rectifierai pour dire vingt ans de CHH( christian hip-hop). Mais cet anniversaire dépasse largement la commémoration.

C’est un témoignage que chaque génération doit trouver sa voix. Que l’Évangile n’est enfermé dans aucun style. Et que certaines voix ne sont pas faites pour rester dans les murs. Elles sont faites pour les rues. Les reconnaître, les encourager, les envoyer. Ce n’est pas un compromis. C’est la mission.

Et demain ?Le défi reste le même : rester fidèle (à l’Evangile) tout en étant pertinent (aux réalités du contexte culturel) Chaque artiste devra se poser des questions essentielles, comme le suggère Shai Linne :

  • Votre foi est-elle profondément enracinée ?
  • Êtes-vous impliqué dans une église locale et une véritable communauté ?
  • Rendez-vous des comptes, tant pour votre vie que pour votre message ?
  • Recherchez-vous l’excellence dans votre domaine ?
  • Et vivez-vous en accord avec vos convictions, au micro comme en dehors ?
  • Pour reprendre ces mots de de John K. Wells , des mots qui résonnent comme une conclusion ouverte :

    « La contribution du hip-hop chrétien au royaume de Dieu et son impact culturel continueront de dépendre de la clarté de sa mission, de son intégrité artistique et de sa vision de ce à quoi ressemble réellement le succès biblique dans son contexte. »

    Reportage d’El Malakay

    El Malakay est l’un des artistes qui étaient là depuis le début de cette aventure. Je le laisse nous décrire comment était la commémoration de la musique urbaine au Burundi.

    Après des heures de chants et de danses hip-hop, Big Zoé est honoré par ses pairs pour sa contribution. Un certificat lui est remis, accompagné de messages de reconnaissance. DJ Mulla et Prince Mshindi participent également à un échange sur le sens du gospel urbain.

    Big Zoé honoré par ses pairs pour sa contributionBig Zoé honoré par ses pairs pour sa contribution

    Puis Big Zoé prend la parole, des mots que j’aimerais vous partager dans leur intégralité tel que je les ai retenus :

    Beaucoup peuvent penser que nous avons accompli de grandes choses. D’autres diront que nous étions simplement des passionnés qui se sont battus pour leurs rêves. Mais la vérité est différente. Ce n’est pas nous. C’est Dieu.

    Lui qui nous a vus dès le départ. Lui qui se tient en 2006 et contemple déjà 2026. Il a vu la génération de cette époque, ses faiblesses, ses manques, ses besoins profonds. Et Il nous a préparés. Il a utilisé les talents qu’Il nous avait Lui-même donnés.

    Nous aurions même pu les perdre, car nous nous sommes retrouvés dans des environnements où ces dons n’étaient pas utilisés, ni compris. Il n’y avait personne pour nous servir de mentor et nous faire grandir, personne pour nous accompagner et nous faire grandir dans ce domaine, parce que beaucoup de ce que Dieu voulait utiliser était considéré comme “mondain”.

    Et peut-être que l’on ne pouvait pas nous accuser d’être des païens, car on savait que nous étions des croyants, et plusieurs avaient vu notre transformation. Mais on rejetait les outils que nous utilisions, non pas à cause de notre foi, mais parce que ces outils n’étaient pas reconnus dans certains milieux dits protestants.
    Mais Dieu, Lui, nous a éduqués, protégés et portés jusqu’à aujourd’hui.
    On m’a déjà dit que nous avons été des révolutionnaires. Mais j’ai toujours répondu : loin de là. Ce parcours n’a jamais été porté par un esprit de rébellion.

    Chaque matin, lorsque je me réveillais, le Saint-Esprit me guidait, me donnant des idées, dirigeant mes pas. Et en même temps, Il nous apprenait à tenir debout.
    Nous avons été préservés du combat inutile. Nous ne nous sommes jamais plaints contre ceux qui nous jugeaient, ni contre ceux qui ne nous invitaient pas dans leurs églises. Même dans nos propres communautés locales, lorsque nous n’avions pas d’espace pour exprimer le rap, nous ne nous sommes jamais opposés ni querellés avec eux.

    À travers des événements comme Kuri Beat, nous avons vu des vies se donner à Jésus dans des contextes que nous n’avions jamais imaginés auparavant.
    Aujourd’hui, après vingt ans, beaucoup d’églises utilisent ce style de musique que nous avons porté. Mais la raison pour laquelle Dieu a gardé toutes ces choses n’était pas simplement de créer une industrie de la musique urbaine gospel burundaise. Non. La raison est plus profonde.

    Dieu nous a confié quelque chose qui ressemblait à de l’audace : des casquettes portées à l’envers, des tatouages, des piercings… mais surtout, une passion brûlante pour Sa Parole. Une soif de lire la Bible, d’enseigner l’Évangile, sans jamais être attirés par autre chose.

    Et au milieu de tout cela, Dieu n’a pas seulement préservé nos talents. Il a formé en nous un cœur de missionnaires.

    Car Il nous a enseigné quelque chose de fondamental : si nos dons n’ont pas toujours trouvé leur place dans nos églises locales, ce n’est pas parce qu’ils étaient inutiles… mais parce qu’ils étaient destinés à sortir des murs.

    À aller dans les rues. À rejoindre les cœurs. À appeler les gens à Jésus.

    Et toi qui es là, si tu as chanté ces chansons, si elles t’ont touché, si tu les écoutes depuis des années… sache une chose : chaque fois qu’elles ont été chantées, c’était pour qu’une autre personne puisse rencontrer Jésus.

    Ces chansons peuvent sembler être de simples “vibes”. Tu peux même danser dessus sans être encore né de nouveau, parce qu’elles sont vivantes, accessibles, humaines.

    Mais derrière chaque son, il y a un objectif éternel : amener les gens à recevoir Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur.

    Ce nom que tu as peut-être entendu souvent, parfois réduit à une simple expression religieuse, porte pourtant une réalité profonde et éternelle.

    C’est le passage de la mort à la vie. De la séparation à la communion. De l’oubli à l’éternité avec Dieu
    .”
    author-prof

    NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

    NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

  • Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
  • Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
  • UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
  • IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
  • Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

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