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La voix des Femmes dans l’Eglise(Part2)

Leadership Spirituel des Femmes dans le Burundi Pré-chrétien

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L’histoire du Burundi montre que les femmes ont toujours eu un rôle spirituel important, bien avant le christianisme…Leur autorité était reconnue, socialement validée et essentielle pour la vie religieuse et politique.

11 Mars 2026

Dans le débat sur le rôle des femmes dans l’Église, beaucoup pensent encore que leur participation serait une influence du féminisme occidental ou une manière importée  de « libérer » les femmes dans le ministère. Pourtant, le problème n’est pas l’émancipation des femmes, mais plutôt la rigidité de certains modèles de leadership qui ne prennent pas en compte l’héritage culturel religieux et les réalités contemporaines.

L’histoire du Burundi montre que les femmes ont toujours eu un rôle spirituel important, bien avant le christianisme : elles participaient aux rites de Kiranga, aux initiations du Kubandwa, aux cérémonies autour du tambour sacré Karyenda, et à la divination à la cour royale. Leur autorité était reconnue, socialement validée et essentielle pour la vie religieuse et politique.

Partant de cette réalité, le complémentarisme souple apparaît comme une voie médiane. Il reconnaît la responsabilité des anciens pour la direction de l’Église, tout en permettant aux femmes de mettre leurs dons au service de la communauté : enseigner, prêcher, prophétiser et exercer différents ministères, toujours dans un cadre ordonné et responsable.

Nous osons affirmer que notre culture préchrétienne, les enseignements bibliques et les réalités contemporaines convergentes pour soutenir cette approche équilibrée du leadership féminin dans l’Église africaine.

A. Les femmes et le pouvoir spirituel au Burundi d’avant le christianisme

Dans l’histoire religieuse du Burundi, les femmes avaient un rôle spirituel très important avant l’arrivée du christianisme. Elles participaient activement à différents rites et pratiques :

  • les dévotions de Kiranga,
  • les rites d’initiation du Kubandwa,
  • les cérémonies liées au tambour sacré Karyenda,
  • et la divination à la cour royale. Ces pratiques montrent que les femmes pouvaient exercer un leadership religieux et servir de médiatrices spirituelles.
    1. le rôle des femmes dans Le culte de Kiranga
    2. Dans le Burundi d’avant le christianisme, la religion occupait une place très importante dans la vie du peuple. Parmi les croyances les plus connues, il y avait le culte de Kiranga, une figure spirituelle très respectée. Kiranga servait de médiateur entre la force divine (Imana) et les humains, notamment à travers des rites de purification et des cérémonies de vénération des ancêtres, comme le Kubandwa.

      Selon certaines traditions orales, Kiranga n’était pas toujours présenté comme un homme. Parfois, il ou elle apparaît sous la forme de Mukakiranga, une figure féminine ou dont le genre n’est pas clairement défini. Kiranga était associé à plusieurs aspects importants de la vie : la fertilité, la guérison, la prospérité et même la légitimité du pouvoir politique.

      Cela montre que la participation des femmes dans l’autorité spirituelle n’était pas quelque chose d’étrange ou de marginal dans la société burundaise traditionnelle. Au contraire, c’était une réalité reconnue et acceptée.

      1. Les femmes dans le rite de Kubandwa
      2. Il existait autrefois un rite religieux appelé Kubandwa. C’était un culte d’initiation important dans la vie spirituelle de nombreuses communautés. Le Kubandwa comprenait plusieurs pratiques : des rituels de guérison, des moments où des personnes entraient en contact avec le monde des esprits, et des cérémonies qui permettaient d’entrer au service du culte. Ces rituels faisaient partie de la vie religieuse et sociale de la communauté.

        Dans ce culte, les femmes jouaient un rôle très important. Beaucoup servaient comme médiums, dirigeaient certaines cérémonies et transmettaient les connaissances liées au culte. Elles étaient respectées pour leur capacité à servir d’intermédiaires entre le monde spirituel et la communauté. On croyait souvent que les femmes étaient particulièrement sensibles à la présence des esprits. Plusieurs femmes servaient de médiums ou de spécialistes des rituels. On croyait que, par leur voix et leur corps, les esprits pouvaient parler et agir. Autrement dit, les femmes étaient considérées comme des intermédiaires légitimes entre le monde spirituel et la communauté

        Cette réalité remet en question une idée que l’on trouve parfois aujourd’hui dans certains milieux chrétiens : l’idée que l’expression spirituelle des femmes serait forcément liée au désordre ou à l’émotion. Dans le Burundi d’avant le christianisme, ces expressions spirituelles existaient dans un cadre bien organisé. Les rituels étaient connus, les rôles étaient définis et la communauté reconnaissait l’importance de ces pratiques.

        1. Le tambour sacré Karyenda et la place des femmes
        2. Dans le Burundi d’avant la colonisation, le tambour royal appelé Karyenda occupait une place très spéciale. Ce tambour n’était pas seulement un symbole du pouvoir du roi. Il représentait aussi l’ordre du monde et la bénédiction divine qui légitimait la royauté. Le Karyenda était donc considéré comme un objet sacré. Il faisait partie des grandes cérémonies et des rituels importants du royaume. À travers lui, on exprimait le lien entre le pouvoir politique et le monde spirituel.

          Avant d’aller plus loin, j’aimerais exprimer ma joie pour un engouement nouveau des jeunes intellectuels burundais pour la culture burundaise. Par exemple Leona Mbonyingingo, écrivaine burundaise, a récemment publié un livre intitulé « L’Épouse du tambour ». Dans cet ouvrage, elle raconte la vie d’une jeune fille issue d’une famille du clan des Bajiji, traditionnellement liée aux tambourinaires dans l’histoire du Burundi, qui rompt avec les anciennes traditions liées à la préservation de la virginité.
          Alors qu’elle avait été choisie pour être Mukakaryenda lors des festivités de l’Umuganuro, elle est contrainte de continuer à vivre en dissimulant ce qui lui est arrivé. le livre est disponible sur Amazon, à Librairie St Paul et English Language Center à Bujumbura

          Des recherches anthropologiques montrent que certaines femmes, appelées Muka Karyenda, avaient la charge sacrée du tambour royal Karyenda et de son pouvoir rituel. Ces femmes étaient choisies pour leurs qualités spirituelles et, souvent, restaient célibataires afin de se consacrer entièrement à la garde du tambour, symbole de la continuité dynastique et de la fertilité cosmique. En tant que chrétien, je ne peux cautionner tout ce qui était lié au rite comme certaines orgies sexuelles. Mais notre but est de montrer le rôle prépondérant des femmes dans un rite qui avait une signification très politique.

          Il est clair que les femmes participaient elles aussi, d’une certaine manière, à la transmission de l’autorité sacrée du roi. Autrement dit, le pouvoir spirituel dans le Burundi ancien n’était pas uniquement réservé aux hommes. Dans un Burundi où le pouvoir sacré était souvent lié à des idées comme la fertilité, la continuité de la vie et la prospérité du royaume, les femmes faisaient naturellement partie de cet univers symbolique et spirituel.

          La présence de ces femmes était indispensable lors de rituels importants, comme la fête des semailles, Umuganuro ou l’inauguration royale, bref, dans toutes ces occasions où la force vitale du royaume était renouvelée rituellement. Sans la Muka Karyenda, le pouvoir du roi était considéré comme incomplet, ce qui montre à quel point la fonction religieuse des femmes était essentielle pour l’ordre politique et cosmique du Burundi précolonial.

          1. Femmes, divination et rituels à la cour royale
          2. Dans le Burundi d’avant la colonisation, la divination jouait un rôle très important à la cour du roi. On y avait recours pour chercher à comprendre la volonté divine : avant une guerre, lors d’une crise, pour des questions de succession au trône ou encore pour la fertilité du pays et du peuple. Dans ces pratiques, les femmes occupaient souvent une place importante. Certaines servaient comme devineresses, médiums ou spécialistes des rituels. Elles interprétaient les signes, les rêves et les messages du monde spirituel.

            Le fait qu’elles soient proches du pouvoir royal montre que leur savoir spirituel était reconnu et respecté, même au plus haut niveau du royaume. Cette réalité historique remet en question une idée assez répandue : celle que l’autorité religieuse en Afrique aurait toujours été uniquement masculine. Il est vrai que le pouvoir politique, surtout la royauté, était principalement exercée par des hommes. Mais les pratiques spirituelles qui guidaient et confirmaient ce pouvoir faisaient souvent appel à des femmes.

            En pratique, il existait donc une certaine différence entre le pouvoir politique et l’autorité spirituelle. Même dans une société dirigée par des hommes, les femmes pouvaient exercer une influence politique importante grâce à leur rôle dans la divination et les rituels. On peut dire sans risque de se tromper que l'autorité spirituelle féminine est culturellement intelligible au Burundi.

            Cela constitue un exemple clair venant de notre propre culture, bien avant toute influence occidentale. Aujourd’hui, les Églises burundaises n’ont donc pas à voir le ministère des femmes comme quelque chose d’étranger ou d’importé. Au contraire, il peut être reconnu comme une réalité culturelle pertinente, à condition qu’il s’inscrive dans des structures ecclésiales respectueuses des principes bibliques, comme le complémentarisme souple.

            B. Les limites de l’égalitarisme et du complémentarisme rigide dans le contexte burundais

            1. Les défis de l’égalitarisme
            2. L’égalitarisme évangélique essaie souvent de se fonder sur la Bible et sur l’enseignement de Jésus. Je ne suis pas de ceux qui le taxent de féminisme. Il est parfois défendu par des théologiens de grande renommée et respectabilité théologiques qui ont déjà leurs preuves dans l’académie biblique. Il est connu que parfois le complémentarisme souple peut partager certaines lignes d’interprétation de certains versets ou récits bibliques avec les égalitaristes évangéliques. Mais en Afrique, en général, et au Burundi il est souvent perçu autrement sur le plan du moins culturel.

              Pour beaucoup de gens, ce discours est associé à des mouvements occidentaux comme le féminisme ou certaines idées culturelles venues d’Europe ou d’Amérique. Dans des sociétés déjà méfiantes face à l’influence occidentale, cette position peut donc être vue non seulement comme une idée théologique, mais aussi comme une importation culturelle. Cela peut créer un problème : certaines personnes peuvent rejeter l’enseignement biblique simplement parce qu’elles pensent qu’il vient d’une idéologie étrangère.

              Il faut aussi considérer un autre élément. Dans beaucoup de contextes africains, on voit apparaître de nombreux ministères indépendants, parfois sans réelle responsabilité devant une Église ou une communauté. Dans ce genre de situation, une vision du ministère qui insiste seulement sur l’égalité de fonction peut parfois encourager encore plus l’individualisme. On voit déjà apparaître des femmes qui se déclarent elles-mêmes apôtres ou prophètes sans formation théologique ni reconnaissance de l’Église. Cela peut créer de la confusion, de l’instabilité doctrinale et parfois même des abus spirituels. Une vision mal comprise de l’égalitarisme peut donc, sans le vouloir, aggraver ces problèmes.

              1. Les limites d’un complémentarisme trop rigide
              2. Mais l’autre extrême pose aussi des difficultés. Le complémentarisme très strict résulte souvent d’une réaction occidentale exagérée  au féminisme. En réagissant contre ce mouvement venu d’Occident, on finit parfois par importer au Burundi un débat qui n’est pas vraiment né chez nous.

                Un complémentarisme très strict peut renforcer des blessures déjà présentes dans certaines sociétés africaines, où les femmes ont longtemps été mises à l’écart ou empêchées de s’exprimer. Si l’Église adopte sans réflexion des modèles très restrictifs, elle peut donner l’impression de justifier ces injustices au lieu de montrer l’œuvre de réconciliation et de liberté apportée par le Christ. Il faut aussi reconnaître que les sociétés africaines changent.

                Ici un autre facteur entre enjeu. Aujourd’hui, les femmes occupent de plus en plus des positions importantes dans l’éducation, la politique, l’économie et la vie publique. Si l’Église limite la participation des femmes encore plus que la société autour d’elle, elle peut apparaître comme en retard ou déconnectée de la réalité. Beaucoup de jeunes chrétiens ont du mal à comprendre pourquoi l’Église ne reconnaît pas pleinement les dons que Dieu donne aussi aux femmes.

                1. Le complémentarisme souple : une voie d’équilibre
                2. Le complémentarisme souple cherche simplement à trouver un équilibre. Il reconnaît qu’il existe, dès la création, une certaine organisation dans la relation entre l’homme et la femme. Mais il fait la différence entre les principes bibliques et la manière dont ces principes sont appliqués selon les cultures. Dans cette approche, les anciens gardent la responsabilité finale pour l’enseignement et la direction de l’Église. Mais cela n’empêche pas les femmes d’enseigner, de prêcher, de prophétiser ou de servir publiquement dans l’Église.

                  Les dons que Dieu donne aux femmes doivent pouvoir être utilisés pour le bien de toute la communauté, tout en restant dans un cadre d’ordre et de responsabilité. La Bible, notre culture préchrétienne et les réalités actuelles ne contredisent pas la légitimité et l’utilité de cette approche.

                  Conclusion

                  Beaucoup des tensions autour du rôle des femmes dans l’Église viennent en réalité de l’Occident. Le malaise que l’on observe aujourd’hui dans certains milieux africains face au leadership spirituel des femmes ne vient pas de notre culture ancienne.

                  Il semble plutôt être le résultat dinterprétations tardives, influencées par des visions patriarcales qui se sont renforcées pendant la période coloniale et missionnaire. Sur notre terrain, lorsque ce n’est pas l’agenda du féminisme ou des questions liées à l’homosexualité et au transgenre qui est mis en avant, c’est souvent le complémentarisme strict qui est promu, lui-même une réaction occidentale au mouvement féministe.

                  À travers nos deux articles, nous avons montré que le complémentarisme souple s’accorde mieux avec la Bible, avec notre culture préchrétienne et avec les réalités contemporaines. Il permet aux femmes de mettre leurs dons au service de la communauté tout en maintenant un cadre d’ordre et de responsabilité, offrant ainsi une voie équilibrée et adaptée au contexte africain.

                  author-prof

                  NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.

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