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Le Pari Radical de Francis Chan

En quête de l’Église du Nouveau Testament

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Les Réformes authentiques dans l’histoire de l’Église commencent rarement par des stratégies, mais presque toujours par des hommes et des femmes prêts à obéir à Dieu, même lorsque cette obéissance les conduit hors des projecteurs.

Chronique du Mouvement des Eglises-Maisons

Partout dans le monde, un phénomène discret mais remarquable est en train de remodeler la manière dont des millions de chrétiens vivent leur foi. En Chine, en Inde, en Afrique, mais aussi de plus en plus en Occident, de petites communautés de disciples se réunissent dans des maisons, des cafés, des lieux simples, pour prier, lire les Écritures et vivre ensemble l’Évangile. Ces communautés ne cherchent pas à reproduire les modèles institutionnels classiques. Elles tentent plutôt de redécouvrir une question fondamentale : à quoi ressemblait réellement l’Église au temps des apôtres ?

Ce retour vers des formes plus simples d’Église n’est pas né d’une théorie académique, mais d’une quête spirituelle profonde. Des pasteurs, des missionnaires et des croyants ordinaires ont commencé à se demander si certaines habitudes ecclésiales modernes — nos structures, nos bâtiments, nos programmes — reflétaient encore l’esprit du Nouveau Testament. Dans ce contexte, le modèle des églises-maison et les mouvements de multiplication d’Églises (souvent appelés Church Planting Movements) suscitent un intérêt croissant, mais aussi des questions, des critiques et parfois des incompréhensions.

Cette série de sept articles propose d’explorer ce phénomène avec honnêteté et discernement. Nous examinerons ses fondements bibliques, son développement historique, ses forces et ses limites, ainsi que son fonctionnement concret. Nous porterons aussi une attention particulière au contexte burundais, afin de réfléchir aux opportunités et aux défis que ce modèle pourrait rencontrer dans notre réalité locale. Enfin, nous aborderons une question plus profonde : dans un monde où les pressions politiques, sociales et spirituelles s’intensifient, les formes simples et reproductibles d’Église pourraient-elles jouer un rôle particulier dans l’avenir du témoignage chrétien ?

Cette série s’adresse à trois types de lecteurs : ceux qui découvrent pour la première fois le modèle des églises-maison, ceux qui en ont entendu parler mais hésitent encore à l’examiner sérieusement, et ceux qui pressentent peut-être que Dieu les appelle à explorer des formes d’Église plus simples, plus missionnelles et plus proches de la dynamique du Nouveau Testament. Mon espoir est que ces pages ouvrent un espace de réflexion honnête, humble et profondément enraciné dans les Écritures.

17 Mars 2026

Francis Chan, est un pasteur réformé, au charme rare, à la personnalité dynamique hors du commun natif de Hong Kong mais élevé aux États-Unis. En 1994, à vingt-six ans à peine, et fraîchement marié à sa compagne Lisa, il posa les fondations d’une Église en Californie, la Cornerstone Community Church. Ce qui débuta dans le salon de leur maison, avec une poignée de croyants réunis dans une humble quête de Dieu, devint en quelques années une mega-church des milliers de fidèles qui venaient chaque dimanche écouter ses sermons puissants et profondément bibliques

Tandis que la foule s’amassait, un sentiment d’insatisfaction spirituelle le rongeait. Au début, il se fixa pour objectif de pousser son Église vers un amour radical pour Christ et publia Crazy Love, un ouvrage qui bouleversa plusieurs milliers de lecteurs en les confrontant à l’amour implacable, infiniment dévorant et transformateur de Dieu, un amour qui consume et qui transforme. Pendant les premières années de Sa Bannière, alors Mouvement des Hédonistes chrétiens, le livre fut d’une grande utilité spirituelle.  Ce livre le propulsa au rang d’auteur bestseller.

Pourtant, malgré ce succès éclatant, le malaise ne le quitta pas.

Il continua à diagnostiquer l’état de l’Église. Il identifia une faille dans nos rassemblements : une théologie qui, dans la pratique, n’accordait pas suffisamment de place active à la présence du Saint-Esprit. Il publia alors Forgotten God. Le livre eut un accueil respectable, mais pas aussi retentissant que Crazy Love. Après tout le sujet de l’amour de Dieu n’est pas aussi tranchant que celui du Saint Esprit. Peu à peu, des murmures s’élevèrent parmi certains évangéliques réformés : Francis Chan, disaient-ils, semblait se rapprocher de positions plus charismatiques. C’était une accusation grave dans certains milieux, pourtant, ses critiques des excès de la culture charismatique américaine montraient qu’il ne se laissait pas séduire par l’émotion facile ou la performance spectaculaire. Francis Chan sut gérer les reproches avec sagesse et grâce.

Bien qu’ayant étudié sous John MacArthur et obtenu son M.Div de Master's College, avec la sortie de Forgotten God, il devint clair que Chan ne serait pas le disciple modèle de MacArthur. Et ça lui allait bien !

Quand le malaise persista, Chan se posa une question plus profonde : À quoi ressemblait vraiment l’Église du Nouveau Testament ?

Comme un philosophe face à une page blanche, il entreprit d’imaginer l’Église sans rien d’autre que la Bible dans les mains, débarrassée de toutes les traditions culturelles, institutionnelles ou historiques qui avaient obscurci la vision originelle. Il se demanda : Si je devais réinventer l’Église seulement à partir de ce que je vois dans les Écritures, à quoi ressemblerait-elle ?

De cette méditation, naquit un livre audacieux et, pour beaucoup, scandaleux : Letters to the Church. Dans ces pages, Chan ne se contente pas de critiquer ; il appelle, avec une intensité que certains jugèrent radicale, à une reconversion du cœur de l’Église, à une vie qui ressemble davantage à celle des premiers croyants décrits dans les Actes des Apôtres

Letters to the Church fut moins populaire que les deux livres précédents et déclencha un véritable tsunami de controverses. Chan n’avait pas besoin de répondre à toutes les objections ; il choisit plutôt d’obéir à Dieu. Il dit alors au revoir à l’Église de Simi Valley, en Californie, qu’il avait fondée avec sa femme quinze ans plus tôt. Il resta ouvert et redevable à la communauté chrétienne concernant sa position, qu’il défendait avec une humilité désarmante,  que beaucoup lui reconnaissaient, mais aussi avec le feu d’une conviction inébranlable. Même ses opposants ne pouvaient s’empêcher d’admirer ce mélange rare d’humilité et courage, grâce et conviction en même temps.

Au lieu de se réfugier dans des théories ou des controverses, il choisit l’obéissance incarnée. Avec sa femme et leurs sept enfants, il voyagea en Asie, Inde, Thaïlande, Chine, observant de petites et simples communautés de disciples, apprenant des petites communautés de disciples réunies en églises-maison qui vivent l’Évangile dans des contextes parfois pauvres, parfois persécutés, mais toujours vibrants d’un amour incarné et d’une foi vivante loin des projecteurs. De retour aux États-Unis, il s’installa dans la baie de San Francisco où il donna naissance à un mouvement d’églises-maison qu’il appela We Are Church.

Dans le vaste paysage de la missiologie contemporaine, ce retour à une forme d’Église plus proche des racines apostoliques s’inscrit dans le mouvement mondial des Church Planting Movements (CPMs). Il s’agit d’un mouvement qui prend aujourd’hui une ampleur impressionnante : plus de 100 millions de chrétiens en Chine, plus de 50 millions en Inde, dans certaines régions d’Afrique, d’Amérique latine et, de plus en plus, en Occident. Il s’agit d’un phénomène en pleine croissance, porté notamment par une désillusion vis-à-vis des modèles d’Église institutionnalisés. Par exemple le sociologue américain Josh Packard, dans son livre Church Refugees, montre comment les États-Unis et certains pays de l’Europe connaissent un gigantesque exode des chrétiens « fatigués » de l’Eglise, des personnes qui en ont fini avec l’Eglise institutionnelle, mais pas avec Dieu, et qui s’organisent dans des « maisons de transition ».

On trouve aussi ces groupes en nombre grandissant en dehors des États-Unis dans des pays comme l’Australie, le Royaume-Uni, l’Afrique du Sud, Egypte, la Corée, Singapour et Israël. Au fait il existe beaucoup d’églises organiques qui fonctionnent sous les radars, des petites communautés qu’il est impossibles d’étudier empiriquement. Mais on peut conclure que le mouvement des -églisesmaison est l’expression de la foi chrétienne la plus croissante aujourd’hui.

L’histoire de Francis Chan n’est pas seulement celle d’un pasteur américain qui change de modèle d’Église. Elle est avant tout l’histoire d’un homme qui a accepté de suivre ses convictions jusqu’au bout. Quitter une Église prospère qu’il avait lui-même fondée, renoncer à l’influence d’une mega-church et recommencer presque à zéro dans la discrétion de petites communautés n’était pas une décision anodine. À plus de cinquante ans, alors que beaucoup auraient choisi la stabilité et la reconnaissance acquise, Chan a choisi le chemin plus étroit de l’obéissance. Ce geste demande un mélange rare de courage et de sacrifice.

Mais ce qui frappe peut-être encore davantage est la manière dont il a traversé la controverse. Face aux critiques, aux incompréhensions et parfois aux attaques, il n’a pas répondu par l’amertume. Il resta humble et reconnaissant envers la communauté chrétienne tout en défendant sa position avec une transparence désarmante et une conviction inébranlable. Ceux qui l’ont observé reconnaissent chez lui une posture étonnante : une humilité sincère, une grâce réelle envers ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui, et en même temps une conviction profonde qu’il devait rester fidèle à ce qu’il croyait être l’appel de Dieu. Cette combinaison, humilité dans l’attitude, fermeté dans la conviction, est sans doute l’un des aspects les plus instructifs de son parcours.

Ces qualités pourraient s’avérer précieuses pour nous au Burundi. Toute réflexion sérieuse sur les églises-maison et les formes plus simples de communauté chrétienne risque inévitablement de bousculer certaines habitudes et de provoquer des interrogations. Les structures existantes, les sensibilités ecclésiales et les équilibres institutionnels rendent ces questions délicates. Pourtant, si Dieu appelle son Église à redécouvrir certaines dimensions oubliées de la vie apostolique, il faudra du courage pour explorer ces chemins, de l’humilité pour écouter ceux qui pensent autrement, et une conviction enracinée dans les Écritures pour rester fidèles à la mission reçue.
Peut-être est-ce là la première leçon de ce parcours : les réformes authentiques dans l’histoire de l’Église commencent rarement par des stratégies, mais presque toujours par des hommes et des femmes prêts à obéir à Dieu, même lorsque cette obéissance les conduit hors des projecteurs.

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NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.

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