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Le jour de sa Bat Mitzvah

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Dans la culture juive, il existe une tradition ancienne appelée la Bat Mitzvah. À cet âge-là, une jeune fille commence à être considérée comme entrant dans une responsabilité spirituelle plus personnelle devant Dieu.

14 Mai 2026

Ma fille Thaïs,

Aujourd’hui tu as douze ans.

Douze ans… Ce n’est plus tout à fait la petite enfance, mais ce n’est pas encore l’âge adulte non plus. C’est un âge un peu étrange, un âge de passage. Beaucoup de choses en toi vont commencer à changer dans les années qui viennent. Pas seulement ton corps ou ta manière de penser, mais aussi ta façon de regarder le monde, Dieu, les autres, et toi-même.

Et honnêtement, je trouve cela beau.

Dans la culture juive, il existe une tradition ancienne appelée la Bat Mitzvah. À cet âge-là, une jeune fille commence à être considérée comme entrant dans une responsabilité spirituelle plus personnelle devant Dieu. On dit Bar Mitzvah quand il s’agit du garçon qui, lui doit attendre ses 13ans pour être considéré comme moralement responsable devant la Torah. Pour se préparer à la la Bat Mitzvah la jeune fille se prépare pendant des mois, apprend des textes bibliques, des prières, parfois même un peu d’hébreu. Puis vient un jour particulier où, devant la famille et la communauté, elle lit un passage des Écritures, partage quelques réflexions, reçoit des bénédictions et entre symboliquement dans une nouvelle étape de sa vie. Dans une ancienne société  dominée par les hommes,  seul le garçon pouvait faire la lecture publique de la Torah devant tout le monde.

A cet âge de 12ans, beaucoup de pays en Afrique ont des rites de passage et j’apprécie beaucoup leur utilité et richesse. Et je regrette que culturellement au Burundi, il n’en existe aucun. Je crois que nous chrétiens gagneraient beaucoup en intégrant Bat ou Bar Mitzvah. Non pas qu’il faille copier les traditions juives telles quelles, mais j’aime profondément cette idée qu’il existe dans une vie des saisons où l’on commence à se tenir plus consciemment devant Dieu.

Et je crois que tu arrives doucement dans une de ces saisons.

C’est pour cela que je t’écris ce texte.

Pas parce que tu serais devenue “grande” d’un coup. Tu restes encore une enfant à bien des égards, et c’est très bien ainsi. Mais je sens que certaines questions vont commencer à grandir en toi. Les questions sur qui tu es. Sur ce que tu veux devenir. Sur ce qui compte vraiment. Sur Dieu aussi.

Et dans ce chemin, beaucoup de voix vont parler. Le monde parlera. Ton cœur parlera. Ta génération parlera. Les gens parleront. Internet parlera, constamment.

Et toutes ces voix ne diront pas forcément vrai.

Alors j’ai voulu t’écrire comme un père qui marche un peu devant toi sur le chemin et qui essaye simplement de te montrer quelques repères avant que tu arrives à certains carrefours.

Je voudrais t’aider à regarder dans trois directions.

D’abord vers Dieu, parce que je crois sincèrement qu’on ne comprend jamais vraiment qui l’on est tant qu’on ne commence pas par Lui.

Ensuite vers le monde autour de toi, parce qu’il peut être très beau, très intéressant, mais aussi très trompeur.

Et enfin vers toi-même, parce que Dieu a déposé en toi des choses précieuses qu’il te faudra apprendre à reconnaître sans en devenir prisonnière.

Je vais terminer par te présenter une nuée de femmes historiques pouvant t’inspirer dans ton chemin à servir Dieu.

Voilà ce que j’aimerais faire dans ces pages.

I. Ton identité devant Dieu

Thaïs,

Avant que le monde commence à te dire qui tu devrais être, avant même que toi-même tu commences à fabriquer des idées sur ton identité, il y a une vérité plus ancienne que tout le reste : Dieu existe.

Et cela change tout.

Tu verras plus tard que beaucoup de personnes vivent comme si Dieu était une petite idée parmi d’autres, une opinion, une tradition familiale, une sorte d’option spirituelle. Mais si Dieu est réellement Dieu, alors il n’est pas simplement une partie de la vie. Il est Celui qui donne son sens à toute la vie.

Tu n’es pas arrivée dans ce monde par accident. Tu as été voulue. Pensée. Créée.

Et je sais que ces mots peuvent sembler simples quand on les entend depuis longtemps à l’église, mais prends le temps d’y réfléchir vraiment : le Dieu qui a créé les étoiles, les océans, les montagnes et les galaxies a aussi voulu ton existence à toi. Pas une autre. Toi.

Cela veut dire que ta vie a un sens avant même que tu accomplisses quoi que ce soit.

Et ce Dieu qui t’a créée n’est pas froid ni distant. Il est saint, oui. D’une sainteté immense, belle et redoutable à la fois. Mais il est aussi relation. Depuis toujours, avant même la création du monde, il existe dans l’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dieu n’a jamais connu la solitude.

Peut-être est-ce aussi pour cela qu’aucun être humain n’arrive vraiment à vivre sans amour, sans relation, sans communion.

Tu n’as pas été créée pour vivre enfermée en toi-même. Tu as été créée pour connaître Dieu, marcher avec Lui, apprendre à l’aimer et découvrir peu à peu qu’Il est la vraie maison de l’âme humaine.

Mais quelque chose s’est brisé dans l’histoire du monde.

L’être humain a voulu vivre loin de Dieu. Nos premiers parents ont voulu décider eux-mêmes du bien et du mal, comme si Dieu ne devait plus être le centre de leur bonheur. Et depuis ce jour-là, quelque chose est tordu dans le cœur humain.

Tu le verras chez les autres. Tu le verras aussi en toi.

Nous sommes capables de belles choses, parfois très belles même, et pourtant nous portons tous une sorte de désordre intérieur. La Bible appelle cela le péché.

Le péché, ce n’est pas seulement faire de mauvaises choses. C’est une condition spirituelle de perdition, une inclination vers le mal, une  rupture avec Dieu qui touche le cœur humain jusque dans ses profondeurs.

Et le problème, ma fille, c’est que nous ne pouvons pas réparer cela tout seuls. Aucune intelligence. Aucune discipline. Aucune volonté. Aucune religion même.

Alors Dieu est venu lui-même. En Jésus-Christ. Et honnêtement, il n’existe rien de plus beau dans toute l’histoire du monde.

Le Fils de Dieu est devenu homme. Il a vécu parmi nous. Il a connu la fatigue, les larmes, la souffrance, l’amitié, le rejet. Il a vécu la vie que nous aurions dû vivre, une vie parfaitement droite devant Dieu.

Puis il est allé à la croix. Et là, il a porté ce qui nous séparait de Dieu afin que nous puissions revenir au Père.

Je sais qu’à ton âge on peut entendre cela tellement souvent qu’on finit presque par ne plus être étonné. Mais ne laisse jamais cette histoire devenir “normale” dans ton cœur.

Le Dieu du ciel a accepté d’être rejeté par les hommes pour sauver des hommes qui l’avaient rejeté. Voilà l’Évangile.

Et si un jour tu viens vraiment à Jésus avec foi, pas simplement parce que papa et maman sont chrétiens, pas simplement parce que tu as grandi dans une famille chrétienne, mais parce que toi-même tu mets ta confiance en lui, alors ton identité changera profondément.

Tu deviendras enfant de Dieu.

Et le Saint-Esprit commencera à travailler en toi de l’intérieur. Lentement parfois. Très lentement même. Tu verras que la vie chrétienne est moins magique qu’on l’imagine quand on est petit. Dieu travaille souvent dans la durée.

Mais il travaille réellement. Et tu ne marcheras pas seule.

Il te donnera son Église, avec ses beautés et aussi ses imperfections, parce que tu découvriras assez vite que les chrétiens ne sont pas toujours aussi spirituels qu’ils le pensent eux-mêmes. Mais malgré cela, Dieu aime son peuple et continue de le transformer.

Et un jour, toute cette histoire trouvera son accomplissement lorsque Jésus reviendra. Alors tout ce qui aujourd’hui est brisé sera restauré.

Et ceux qui lui appartiennent entendront cette parole magnifique : “Entre dans la joie de ton maître.” J’espère de tout mon cœur que tu entendras un jour cette voix-là.

II. Ton identité face au monde

Ma fille Thaïs, prunelle de mes yeux,

Après avoir appris à regarder vers Dieu, il te faudra aussi apprendre à regarder le monde dans lequel tu grandis. Et ce n’est pas toujours facile, parce que le monde parle fort. Très fort même.

Il parle à travers l’école, les amis, les réseaux sociaux, les séries, les chansons, les conversations, les modes, les publicités… parfois même à travers des choses qui semblent complètement normales.

Petit à petit, il essaye de te dire ce qu’est une “vie réussie”.

Il te dira que si tu es belle, admirée, populaire, brillante, riche ou influente, alors tu as de la valeur. Et le problème, c’est qu’à force d’entendre ces choses, on finit parfois par les croire sans même s’en rendre compte.

Tu verras aussi que le monde change souvent d’avis. Aujourd’hui il applaudit une chose. Demain il applaudit son contraire. Et beaucoup de gens passent leur vie à courir derrière ces changements, fatigués d’essayer de rester “suffisamment” intéressants pour ne pas être oubliés.

Je ne veux pas que tu vives comme cela. Je veux que tu restes vraie.

Pas parfaite. Pas impressionnante. Pas obligée de fabriquer une version de toi-même que le monde pourrait aimer.

À ton époque surtout, ce danger devient immense. Les écrans sont partout. Les réseaux sociaux donnent parfois l’impression que tout le monde vit une vie plus belle, plus drôle, plus intéressante que la réalité. Beaucoup finissent par vivre davantage pour être vus que pour être réellement présents à leur propre vie.

Et franchement, cela me rend parfois triste pour votre génération.

Certaines personnes ne savent plus faire la différence entre ce qu’elles sont vraiment et l’image qu’elles donnent aux autres. Ne laisse pas internet te voler ton âme intérieure.

Thaïs à gauche.Thaïs à gauche.

Tu peux utiliser les outils de ton époque sans devenir prisonnière de leur regard.

Et pourtant, ma fille, tout ce qui vient du monde autour de toi n’est pas mauvais. Dieu t’a placée dans une histoire réelle, dans une culture réelle, dans un pays réel. Et cela aussi fait partie de ta vie.

Tu es africaine. Tu es burundaise. Et j’aimerais que tu grandisses avec une vraie affection pour cette terre.

Pas un nationalisme aveugle. Pas une honte non plus. Quelque chose de plus mature que cela : un amour lucide.

Le Burundi est un pays magnifique. Quand tu grandiras davantage, tu comprendras peut-être encore plus pourquoi certains paysages nous bouleversent presque sans raison : les collines, le lac, les eucalyptus, les chants au loin le soir, les marchés, la pluie sur les toits en tôle, les routes rouges de l’intérieur du pays…

Mais tu découvriras aussi les blessures de notre histoire.

Tu es née dans un pays qui a beaucoup souffert. Pauvreté, mauvaise gouvernance, violences passées, divisions, découragement parfois. Il y a des moments où notre pays semble fatigué de lui-même comme aujourd’hui, alors que je t’écris.

Et pourtant je continue de croire qu’il porte une beauté et une dignité profondes.

Tu entendras aussi parler de l’histoire compliquée de nos identités ethniques. Hutu. Tutsi. Twa. Peut-être que pour ta génération, certaines de ces tensions sembleront déjà lointaines ou incompréhensibles. Et d’une certaine manière, j’espère que ce sera le cas.

Mais tu dois quand même connaître l’histoire.

Avant la colonisation, les choses étaient plus complexes que les catégories rigides qu’on a ensuite imposées. Les Burundais parlaient la même langue, partageaient la même culture, vivaient sur les mêmes collines. Puis l’histoire, la politique et les idéologies fabriquées pour servir la cause du colonisateur blanc ont transformé certaines différences sociales en identités fermées, parfois opposées. Tu auras l’horreur de réaliser que nos récits d’identités peuvent être inventées et manipulées par des personnes de très mauvaise intention.

Et beaucoup de souffrance est née de cela. Quand viendra le temps pour toi de ré-analyser ces choses, tu trouveras de l’aide dans mon livre : Trop jeune pour mourir. Va directement au chapitre quatre. Quand je l’ai écrit, je pensais à toi, à Deuel et  Kamutima, au jour où vous vous poserez des questions sur votre identité ethnique.

Peut-être qu’un jour certaines personnes essaieront de te définir à travers ces catégories. Peut-être même qu’on te dira qui tu es à cause de ton visage ou de ton nez, ou alors ta taille.

Ne laisse jamais cela devenir le centre de ton identité. Tu es plus qu’une catégorie historique.

Tu es un être humain créé à l’image de Dieu.

Mais en parlant du monde, et de tes repères, tout n’est pas mauvais. Il y a la famille. Ton premier monde.

Le premier endroit où tu as appris à rire, parler, aimer, prier, poser mille questions aussi.

Tu verras un jour que chaque famille a sa culture intérieure. La nôtre aussi.

Tu as grandi avec un père un peu intense parfois. Passionné. Rêveur. Drôle. Très orienté vers les projets, les idées, les livres, les prédications, les visions pour l’Église. Je parle beaucoup, probablement trop parfois. Toi-même tu le sais déjà.

Ta mère est différente de moi, et honnêtement c’est une grâce pour toute la maison.

Thaïs et sa maman Arielle Trésor.Thaïs et sa maman Arielle Trésor.

Elle réfléchit davantage avant de parler. Elle observe. Elle prend son temps. Là où je fonce parfois, elle stabilise. Là où je vais vite, elle apporte de la sagesse et du recul. Tu comprendras plus tard qu’elle constitue une grande force derrière ce que je fais.

Et puis il y a tes grands-parents.

Tu découvriras avec le temps que chaque génération a ses combats et ses blessures. Mais que malgré cela nous apprenons beaucoup les uns des autres.

Grand-mère Marie Rose aime Dieu avec une intensité que tu as déjà remarquée depuis longtemps. Peut-être même un peu trop intensément parfois pour vous les enfants. Mais derrière cela, il y a une femme profondément convaincue que rien n’est plus important que de connaître Jésus et Le faire connaitre. Elle vit cette réalité avec un sentiment d’urgence qu’elle peut parfois sembler envahissante pour toi, pour le moment. J’espère que tu grandiras pour apprécier son cœur, sa passion et son dévouement pour les choses de Dieu.

Grand-père Daniel, lui, porte cette rigueur calme des hommes qui ont beaucoup traversé la vie. Avec lui, vous apprenez la discipline, le travail bien fait, l’excellence, l’endurance, la prudence sans qu’il ait toujours besoin de parler beaucoup. Il équilibre tout cela avec son coté raconteur et amusant. Franchement je ne connais pas un homme plus consacré que lui pour sa famille. Il ferait tout pour ses enfants et petits-enfants. J’espère que son sens de famille te servira beaucoup à une époque comme la vôtre, où tant d’individualisme domine.

Du côté de ton père aussi, tu portes une histoire.

Ton grand-père parle peu mais souris beaucoup. Et il aime profondément. Ta grand-mère, elle, est forte, directe, parfois impressionnante même. Je sais qu’elle t’a déjà bousculée plus d’une fois ! Mais j’aimerais que tu saches que c’est une femme particulièrement intéressante que j’écrirai tout un livre sur elle. Particulièrement intelligente, elle est ma première théologienne, mentor et modèle dans le ministère. Je conserve toujours une grande admiration pour elle. Ses mots ne sont pas toujours tendres et affectueux. Mais Un jour tu réaliseras combien certaines personnes aiment davantage par leurs sacrifices que par leurs mots. Derrière sa dureté, se trouve une femme à qui la vie n’a pas fait beaucoup de cadeaux, et qui pourtant est restée debout, résiliente. Une vraie guerrière, une lionne redoutable qui veille toujours sur les siens.

Je veux que tu apprennes à aimer votre histoire familiale sans croire qu’elle est parfaite. Aucune famille ne l’est. Mais Dieu aime travailler à travers des familles imparfaites.

Et finalement, ma fille, voilà ce que j’aimerais que tu retiennes de tout cela :

Le monde autour de toi dira beaucoup de choses sur qui tu es. Ton époque dira quelque chose. Ton pays dira quelque chose. Ton histoire familiale dira quelque chose. Tout cela compte.

Mais rien de cela ne doit devenir plus grand que ce que Dieu dit sur toi.

III. Ton identité devant toi-même

Ma fille,

Il y a encore une autre direction vers laquelle tu devras apprendre à regarder : toi-même. Et cela peut devenir compliqué à l’adolescence. Très compliqué parfois.

Certaines personnes passent leur vie à s’admirer. D’autres passent leur vie à se détester. Et souvent, les deux souffrent énormément.

Apprendre à se connaître avec vérité est une chose plus difficile qu’on ne l’imagine.

Tu découvriras peu à peu que Dieu ne crée pas les êtres humains de manière identique. Il y a des tempéraments différents, des sensibilités différentes, des dons différents. Même dans une même famille, les enfants peuvent être très différents les uns des autres. Par exemple, tu n’as pas la peau brune de Deuel, ton petit frère,  mais tu es si belle !

La première chose que je veux te dire est simple : TU ES UNE FILLE. Aime paisiblement le fait d’être une fille.

Thaïs GardenThaïs Garden

Tu grandis dans une époque où beaucoup de personnes pensent que le genre peut être choisi, modifié, redéfini selon ce que l’on ressent intérieurement. Je veux que tu apprennes à parler de ces sujets avec respect et douceur. Tu ne mépriseras jamais les gens. Tu ne te moqueras jamais de leur souffrance ou de leurs combats.

Mais je veux aussi que tu saches ce que nous croyons. Nous croyons que Dieu ne s’est pas trompé en te créant. Ton corps n’est pas un accident. Ta féminité n’est pas un détail secondaire. Elle fait partie de la manière dont Dieu t’a pensée.

Et honnêtement, j’aimerais tellement que tu grandisses sans avoir honte d’être une femme.

Le monde moderne envoie parfois des messages contradictoires aux jeunes filles. D’un côté il leur dit d’être fortes, et c’est bien. Mais de l’autre il finit parfois par leur faire croire que pour avoir de la valeur, elles doivent devenir dures, agressives ou perdre toute douceur. Ne cherche pas ta valeur, importance et validation dans ta compétition avec les hommes.

Ne tombe pas dans ce piège. La douceur n’est pas la faiblesse. Et la féminité n’est pas une infériorité. Tu peux être intelligente, forte, profonde, brillante, ambitieuse et rester pleinement femme.

Puis il y a toi, plus personnellement. Tu es une fille très vivante.

Quand tu arrives quelque part, on le sent vite. Tu poses des questions, tu racontes, tu réagis, tu fais rire parfois sans le vouloir. Tu apportes une énergie qui met souvent les gens à l’aise autour de toi.

Même si tu as un tempérament extraverti, tu n’es pas superficielle. Tu réfléchis beaucoup plus que certaines personnes ne l’imaginent.

Tu observes. Tu analyses. Tu veux comprendre.

Parfois même, tu poses des questions qui arrivent un peu comme des flèches sorties de nulle part. Des questions sur Dieu, sur le monde, sur les gens, sur la vie. Et honnêtement, certaines me surprennent déjà.

Tu as aussi quelque chose de très naturel dans la parole. Les mots viennent facilement chez toi. Tu arrives souvent à exprimer clairement ce que tu ressens ou ce que tu veux dire. Je ne serais pas étonné que cela devienne un vrai don plus tard.

Peut-être parleras-tu devant des gens. Peut-être écriras-tu. Peut-être enseigneras-tu. Ou peut-être pas.

Et ce n’est pas grave. Je ne veux pas enfermer ton avenir dans les rêves de ton père. Mais je vois déjà certaines semences en toi.

Et puis il y a une autre chose qui me touche profondément.

Depuis toute petite, tu sembles avoir une vraie sensibilité aux choses de Dieu. Pas seulement une curiosité d’enfant qui grandit dans une maison chrétienne. Quelque chose d’un peu plus profond parfois.

Je te vois chercher. Je te vois écouter. Je te vois vouloir comprendre avec une soif d’expérimenter.  Je te vois parfois émue par des choses spirituelles que beaucoup d’adultes traversent sans même les remarquer.

Je ne peux pas dire à ta place où tu en es réellement avec Dieu. Cela appartient au Seigneur. Et je refuse de te donner artificiellement une assurance spirituelle simplement parce que tu es “la fille du pasteur”.

Mais je prie sincèrement pour que tu connaisses Jésus pour toi-même.

Pas le Jésus des habitudes familiales. Pas le Jésus des camps chrétiens. Pas le Jésus des émotions passagères. Le vrai Jésus. Celui qui transforme réellement une vie.

Et surtout, souviens-toi d’une chose importante : tes dons ne sont pas ton identité.

Ton intelligence non plus. Ton tempérament non plus. Même tes capacités spirituelles ne suffisent pas.

Toutes ces choses sont des cadeaux. Et les cadeaux peuvent être mal utilisés. L’intelligence peut devenir orgueil. Le talent peut devenir vanité. Le charisme peut devenir manipulation.

C’est pour cela que la vraie maturité ne consiste pas simplement à “devenir soi-même”, comme le dit souvent le monde moderne.

La vraie maturité, c’est apprendre à remettre à Dieu tout ce qu’il a déposé en toi pour qu’il le purifie, l’oriente et l’utilise pour quelque chose de plus grand que toi-même : Sa propre gloire.

Et je crois, ma fille, que c’est là que commence la vraie liberté.

IV La douce compagnie d’autres femmes historiques pieuses

Ma fille,

Je suis convaincu que tu as un appel particulier au ministère. Je ne sais pas encore à quoi cela ressemblera concrètement, ni quelle forme cela prendra dans les années à venir. Mais je sais une chose : il est sage de marcher en regardant aussi ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi.

C’est pourquoi je veux te laisser ici des modèles. Pas des modèles à copier, ni des vies à reproduire mécaniquement. Mais des repères. Des vies réelles de femmes que Dieu a utilisées dans des contextes différents, avec des dons différents, des chemins différents.

Elles ne t’indiquent pas une carrière. Elles t’aident à discerner une direction intérieure : celle d’une vie offerte à Dieu, sous des formes que Lui seul connaît à l’avance.

Ces femmes ne sont pas identiques. Elles ne sont pas interchangeables. Elles ne représentent pas un seul modèle.

Mais elles ont ceci en commun : elles ont offert leur vie à Dieu, chacune selon une forme différente de vocation.

Et c’est cela que je veux que tu retiennes ici.

Peut-être que ton propre appel prendra une forme que je ne peux pas encore imaginer. Peut-être qu’il passera par des mots, par l’enseignement, par le service, par le soin, par l’influence, par la créativité, ou par autre chose encore.

Thaïs et ses parents.Thaïs et ses parents.

Mais ce que ces femmes t’apprennent, c’est simple : une vie donnée à Dieu n’est jamais perdue. Elle est transformée. Elle devient utile. Elle devient féconde.

J’espère que tu pourras voir que Dieu écrit encore aujourd’hui des histoires avec des femmes qui lui appartiennent.

C’est pourquoi j’ai voulu te laisser autre chose que des idées ou des principes. Je veux te laisser des vies. Des femmes qui ont aimé Dieu, qui ont servi son Église, qui ont aimé le prochain, qui ont traversé des saisons de joie et de douleur, et qui ont répondu à leur appel avec fidélité.

Tu ne seras pas appelée à les imiter. Mais tu peux apprendre d’elles à écouter Dieu, à discerner, à obéir, à persévérer. Leur diversité est déjà un enseignement : Dieu n’appelle pas une seule sorte de femmes. Il appelle des personnes différentes, dans des contextes différents, pour des missions différentes.

  1. Flannery O’Connor
  2. Ma fille,

    Je veux qu’un jour tu découvres une femme un peu étrange, brillante, drôle parfois, et profondément lucide sur le cœur humain : Flannery O'Connor.

    Elle vivait dans le sud des États-Unis, écrivait des histoires parfois dérangeantes, et élevait des paons dans sa maison. Oui, des paons. Je pense que cela t’aurait amusée.

    Beaucoup de gens la considéraient simplement comme une écrivaine catholique. Mais ce qui me touche chez elle va plus loin que cela. Flannery croyait profondément que le cœur humain est incapable de se sauver lui-même sans la grâce de Dieu. Elle voyait combien les hommes modernes cherchent désespérément un sens dans la réussite, la technologie, l’intelligence ou le confort… tout en restant intérieurement perdus.

    Et au lieu d’écrire des sermons, elle racontait des histoires.

    Des histoires étranges parfois.

    Des histoires où des personnages orgueilleux, religieux, violents ou ridicules finissaient soudain confrontés à la grâce de Dieu.

    Elle était très malade. Une maladie l’a frappée alors qu’elle était encore jeune. Elle savait qu’elle ne vivrait probablement pas longtemps. Pourtant, au lieu de devenir amère, elle a écrit avec encore plus de profondeur.

    Son journal de prière est bouleversant. On y découvre une femme qui ne voulait pas seulement “réussir spirituellement”, mais qui désirait réellement appartenir à Dieu.

    J’aimerais qu’un jour tu lises ses œuvres, pas maintenant peut-être, mais plus tard quand certaines questions deviendront plus profondes dans ton cœur. Tu découvriras qu’on peut être artiste sans perdre sa foi, intelligente sans devenir orgueilleuse, et lucide sur le mal sans perdre l’espérance.

    Et honnêtement, je crois que dans un monde rempli d’images rapides et de distractions, les artistes qui disent la vérité deviennent rares et précieux.

    1. Corrie ten Boom
    2. Corrie ten Boom était une femme néerlandaise qui vivait pendant la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les nazis poursuivaient les Juifs pour les arrêter et les envoyer dans des camps où beaucoup mouraient.

      Et Corrie a décidé de les cacher. Pas parce qu’elle était forte ou célèbre.

      Parce qu’elle croyait que chaque être humain porte l’image de Dieu.

      Elle savait qu’elle risquait sa vie. Elle savait que si on la découvrait, elle pouvait être arrêtée. Mais elle a quand même continué.

      Quand je pense à elle, je pense aussi souvent à cette femme qui avait caché ta grand-mère pendant les violences de 1993 ici au Burundi. Son propre mari participait aux tueries du quartier et rentrait parfois avec une machette tachée de sang… mais elle, en secret, protégeait des vies.

      Tu vois, ma fille, l’histoire retient rarement les noms de toutes ces femmes-là. Pourtant Dieu les voit. Tu m’as déjà vu lire tranquillement «  ELLES » un recueil de témoignages par Christine Ntahe de ces braves femmes qui ont risqué leurs vies pour sauver des vies pendant les violences ethniques au Burundi. Mais au fait ce livre est là pour toi. J’espère que tu pourras le lire un jour.

      Revenons sur Corrie. Elle fut finalement arrêtée. Elle connut la prison et les camps. Sa sœur mourut. Elle souffrit énormément. Mais même au milieu de cette horreur, elle continua à parler de Jésus, du pardon et de l’amour de Dieu.

      Et cela me bouleverse toujours.

      Parce qu’il est déjà difficile d’aimer quand tout va bien. Mais aimer après avoir souffert demande quelque chose de surnaturel.

      Plus tard, Corrie écrira des livres magnifiques. J’espère qu’un jour tu liras The Hiding Place. Tu y découvriras qu’une vie ordinaire entre les mains de Dieu peut devenir un refuge pour beaucoup d’autres.

      Elle avait aussi écrit un petit poème que j’aime énormément. Peut-être qu’un jour nous le lirons ensemble :

      “Ma vie n’est qu’un tissage

      Entre mon Dieu et moi…”

      Et plus je vieillis, plus je crois que ce poème dit vrai.

      Nous voyons souvent seulement les fils emmêlés de notre existence. Dieu, lui, voit déjà le dessin final.

      1. Elizabeth Elliot
      2. Ma fille,

        Tu as déjà pu remarquer qu’à la maison on parle beaucoup des missionnaires. Ta mère et moi pensons parfois que Dieu pourrait encore nous envoyer loin, dans un de ces pays non encore atteints par l’Evangile. Un de tes premiers livres quand tu étais très petite et que tu aimais, parlait des vies des missionnaires William Carey, que tu aimais beaucoup, Amy Carmichael et Hudson Taylor.

        Parlons d’une femme remarquable du nom d’Elisabeth Elliot. J’aimerais qu’elle et ses livres soient tes compagnons pour la vie.

        Quand elle était jeune, elle aimait profondément Jésus, les langues anciennes et les missions. Elle avait épousé un jeune missionnaire nommé Jim Elliot. Ensemble, ils étaient partis annoncer l’Évangile à une tribu d’Amérique du Sud que presque personne n’osait approcher.

        Mais quelque chose de terrible arriva.

        Quelques hommes de cette tribu tuèrent Jim avec d’autres missionnaires.

        Elizabeth se retrouva veuve après seulement quelques années de mariage, avec une petite fille encore bébé.

        Beaucoup de personnes auraient quitté ce pays immédiatement. Beaucoup auraient vécu dans l’amertume ou la colère.

        Mais pas elle. Quelque temps plus tard, elle retourna vivre parmi le peuple même qui avait tué son mari. Elle se consacra à leur parler de Jésus en vie du salut  éternel. Eux les meurtriers de son mari.

        Et chaque fois que je pense à cela, je reste silencieux un moment.

        Parce qu’il existe une force qui ne ressemble pas au bruit du monde. Une force calme. Profonde. Une force qui vient de Dieu.

        Elizabeth croyait que suivre Jésus signifiait parfois lui faire confiance même quand la vie n’a plus de sens immédiat.

        Elle écrivait aussi merveilleusement bien. Avec simplicité, profondeur et beaucoup de vérité intérieure. Ses livres parlent d’amour, de souffrance, de pureté, d’obéissance et de confiance en Dieu. Tu les aimeras certainement.

        Un jour peut-être, quand tu seras plus grande, tu liras Passion and Purity ou Through Gates of Splendor.

        Mais surtout, j’aimerais que tu retiennes cette phrase d’elle que j’ai toujours trouvée très belle :

        “Le fait que je sois une femme ne fait pas de moi une chrétienne différente. Le fait que je sois chrétienne fait de moi une femme différente.”

        Je crois que cette phrase contient une vraie sagesse.

        Le monde moderne pousse souvent les gens à construire leur identité uniquement autour d’eux-mêmes. Elizabeth, elle, croyait que notre identité devient plus belle quand elle s’organise autour de Christ.

        Et cela change tout.

        1. Ann Judson.
        2. Elle fait partie des premières grandes femmes missionnaires modernes.

          Elle a quitté son pays très jeune avec son mari pour aller en Birmanie, un pays très éloigné, très différent culturellement, et souvent difficile pour les étrangers.

          La vie là-bas n’était pas romantique. Elle était exigeante, parfois dangereuse, souvent marquée par la solitude et les maladies.

          Mais Ann Judson a fait quelque chose de remarquable : elle a appris la langue locale, elle a traduit des textes bibliques, elle a enseigné, elle a écrit, et elle a servi les femmes et les enfants.

          Très tôt, les missions occidentales ont compris quelque chose grâce à elle : les femmes ne sont pas seulement des accompagnatrices dans le travail missionnaire. Elles sont appelées à y participer pleinement.

          En regardant son histoire, il faut comprendre quelque chose de plus large. Pendant longtemps dans l’histoire de l’Église, les femmes ont souvent été présentes dans le service de Dieu, mais pas toujours reconnues dans leur rôle public.

          Dans les premiers temps de l’Église, on voit déjà des femmes actives dans la diffusion de la foi. Plus tard, les contextes historiques ont parfois limité leur visibilité ou leur rôle public.

          Puis, avec le développement des missions, surtout au 18e et 19e siècle, quelque chose a changé.

          Beaucoup de femmes sont parties comme épouses de missionnaires, et progressivement, elles ont commencé à servir directement : enseigner, soigner, traduire, évangéliser, éduquer.

          Ce mouvement a ouvert une porte que Dieu n’a plus refermée.

          1. Marie Taylor
          2. Dans cette histoire, il y a aussi Maria Dyer Taylor.

            Elle a travaillé avec son mari en Chine. Mais elle n’était pas seulement une épouse accompagnatrice. Elle a joué un rôle important dans l’enseignement, la formation et le travail de traduction.

            Il y a encore Pandita Ramabai.

            Elle a travaillé en Inde pour l’éducation des femmes et des enfants. Elle a traduit la Bible dans une langue locale et a fondé des lieux d’accueil pour les personnes vulnérables.

            Et Charlotte “Lottie” Moon. Elle a vécu en Chine pendant des décennies. Elle a appris la langue, adopté la culture, et consacré sa vie à annoncer l’Évangile dans un contexte très différent du sien.

            Elle disait une phrase très simple : si j’avais mille vies, je les donnerais toutes pour la Chine.

            1. Amy Carmichael
            2. Ma fille,

              Toutes les vies chrétiennes ne se ressemblent pas. Certaines sont visibles. D’autres presque cachées. Mais Dieu voit les deux.

              Amy Carmichael était une jeune Irlandaise qui aimait tellement Jésus qu’elle partit vivre en Inde comme missionnaire. Et elle y resta presque toute sa vie. On en a déjà parlé dans un de tes livres.

              Là-bas, elle découvrit quelque chose de terrible : de très jeunes filles étaient parfois livrées aux temples païens et exploitées d’une manière profondément injuste et cruelle.

              Alors Amy décida de les sauver. Une par une parfois.

              Elle ouvrit des refuges, recueillit des enfants abandonnés, construisit des écoles et finit par devenir une sorte de mère pour des centaines d’enfants.

              Elle ne se maria jamais.

              Et je veux que tu comprennes quelque chose ici, ma fille : une femme n’a pas besoin de ressembler exactement aux autres pour que sa vie ait de la beauté ou du fruit.

              Dieu conduit chaque existence différemment. Certaines femmes servent Dieu dans le mariage.

              D’autres dans le célibat. Certaines dans des grandes villes.

              D’autres dans des endroits oubliés. Je ne sais pas encore ce que Dieu choisira. Mais quand Il parlera, tu devras l’écouter sans te comparer aux autres.

              Amy aimait énormément Jésus. Cela se sent dans tout ce qu’elle écrivait. Même après un grave accident qui la laissa longtemps alitée, elle continua à écrire, prier et encourager les autres.

              Elle avait cette phrase célèbre que je voudrais que tu gardes dans un coin de ton cœur :

              “On peut donner sans aimer. Mais on ne peut pas aimer sans donner.”

              Et plus tu grandiras, plus tu découvriras que l’amour véritable coûte toujours quelque chose.

              1. Hélène Roseveare
              2. Ma fille,

                Je veux te parler d’une femme médecin que tu n’aurais peut-être jamais rencontrée dans un livre scolaire, mais dont la vie porte une question que tu rencontreras tôt ou tard dans ton propre cœur.

                Elle s’appelait Helen Roseveare.

                Elle était médecin en Angleterre, formée dans de très bonnes universités. Elle aurait pu vivre une vie confortable, stable, reconnue.

                Mais elle choisit autre chose.

                Elle partit comme missionnaire médecin au Congo actuelle RDC, dans des zones très pauvres, très isolées, où il y avait peu de médicaments, peu d’électricité, et beaucoup de souffrance.

                Elle soignait des femmes qui accouchaient dans des conditions difficiles, des enfants malnutris, des malades atteints de maladies graves comme la lèpre.

                Et pourtant, elle aimait ce qu’elle faisait. Mais sa vie n’a pas été seulement une histoire de service. Elle a aussi connu des moments où tout s’est brisé.

                Pendant les guerres civiles, elle fut capturée par des rebelles. Elle fut frappée, humiliée, violée  et elle a vécu des choses extrêmement dures, difficiles même à dire.

                Et là, une question que beaucoup de gens se posent un jour s’est posée à elle aussi :

                “Dieu, où es-tu ?”

                Parce que parfois, ma fille, il y a des moments où l’on sert Dieu sincèrement, et où malgré cela, la souffrance entre dans notre vie.

                Et on ne comprend plus.

                On a prié. On a obéi. On a donné sa vie.

                Et pourtant, quelque chose de très douloureux arrive.

                Helen a connu ce moment intérieur où la foi ne semble plus évidente.

                Mais dans ce chemin très sombre, quelque chose s’est produit en elle. Elle a découvert que la foi ne repose pas seulement sur les réponses que Dieu donne, mais aussi sur la confiance qu’on continue à lui faire même quand on ne comprend pas.

                Elle dira plus tard une chose très forte, que je veux que tu gardes dans ton cœur sans la simplifier :

                Dieu peut nous bénir.Mais Dieu peut aussi nous briser.Et dans les deux cas, il reste Dieu.

                Cela ne veut pas dire que Dieu est cruel. Cela veut dire que Dieu est plus profond que nos émotions immédiates.

                Et que parfois, il travaille dans des endroits de notre cœur que nous ne voyons pas encore.

                Mais la même femme qui a connu la souffrance a aussi raconté des histoires incroyables de prière exaucée.

                Un jour, à l’hôpital, un bébé venait de naître. La mère était morte. Le bébé était trop petit pour survivre sans chaleur. Ils n’avaient rien pour le garder au chaud.

                Une bouillotte aurait pu sauver sa vie.

                Mais ils n’en avaient pas.

                Alors, dans une petite école d’enfants liée à sa mission, elle demanda aux enfants de prier.

                Une petite fille de dix ans pria simplement :

                “Dieu, envoie une bouillotte aujourd’hui, sinon le bébé va mourir.”

                Et elle ajouta même :

                “Et s’il te plaît, envoie aussi une poupée pour la grande sœur pour qu’elle sache que tu l’aimes.”

                C’était une prière d’enfant. Simple. Directe. Sans théologie compliquée.

                Helen, elle, doutait intérieurement.

                Parce que dans sa logique d’adulte, cela semblait impossible.

                Mais cet après-midi-là, quelque chose se produisit.

                Un colis arriva.

                Il avait été envoyé des mois auparavant, depuis l’Angleterre, par des personnes qui ne savaient même pas exactement pourquoi elles envoyaient certains objets.

                Et dans ce colis, il y avait… une bouillotte. Et une poupée.

                Quand la petite fille vit cela, elle dit simplement :

                “Dieu a répondu.”

                Ma fille, je veux que tu comprennes quelque chose ici.

                Ce n’est pas que Dieu est un magicien qui répond toujours exactement comme nous le voulons.

                Mais parfois, il nous montre qu’il est réellement vivant, attentif, et proche, même dans les détails que nous pensions insignifiants.

                Helen Roseveare a vécu les deux réalités :

              3. un Dieu qui ne répond pas toujours comme nous le souhaitons ;
              4. et un Dieu qui répond parfois d’une manière que nous n’aurions jamais imaginée.
              5. Et elle a appris à ne pas abandonner Dieu dans aucun des deux cas.

                Thaïs, il y aura des moments dans ta vie où tu prieras avec sincérité et où tu auras l’impression que le ciel reste silencieux. Et il y aura aussi des moments où tu verras des réponses inattendues, presque surprenantes.

                Ne construis pas ta foi uniquement sur les réponses. Construis-la sur Dieu lui-même.

                Car lui ne change pas.

                1. Catherine Booth
                2. Ma fille,

                  Quand on parle de femmes chrétiennes courageuses, peu de personnes me viennent aussi vite à l’esprit que Catherine Booth.

                  Elle vivait dans l’Angleterre du XIXe siècle, à une époque où les villes devenaient immenses, bruyantes et très pauvres à cause de la révolution industrielle. Beaucoup de familles vivaient dans la misère. Les ouvriers travaillaient énormément. Les enfants aussi parfois.

                  Et pendant que certains regardaient les pauvres de loin, Catherine et son mari William décidèrent d’aller vers eux.

                  Pas seulement avec des discours. Avec de la nourriture. Des soins. De l’écoute. Et l’Évangile.

                  Ils fondèrent ensemble ce qui deviendra plus tard The Salvation Army.

                  Leur idée était simple : si Jésus transforme réellement un cœur, cela finit aussi par transformer une vie entière.

                  Ils résumaient cela avec trois mots que j’aime beaucoup :

                  “Soupe. Savon. Salut.”

                  Je trouve cela magnifique.

                  Catherine était aussi une femme très intelligente et une prédicatrice remarquable. À une époque où beaucoup pensaient que les femmes devaient rester silencieuses dans l’Église, elle défendit avec courage le droit des femmes à annoncer l’Évangile.

                  Et ce qui me touche encore plus, c’est qu’elle aimait profondément les Écritures depuis toute petite. À douze ans déjà, elle avait lu plusieurs fois toute la Bible.

                  Thaïs, imagine cela un instant. Douze ans. Ton âge. Il avait déjà parcouru toutes les pages de la Bible et plus d’une fois.

                  Cela ne veut pas dire qu’elle était parfaite ou extraordinaire dès l’enfance. Mais cela montre qu’une vie peut très tôt être tournée vers Dieu.

                  1. Edith Schaeffer
                  2. Ma fille,

                    Tu verras que Dieu appelle certains à Le servir à travers des choses plus discrètes.

                    Une maison ouverte. Une table accueillante. Une soupe chaude. Une conversation honnête.

                    Edith Schaeffer était ce genre de femme.

                    Avec son mari Francis Schaeffer, elle fonda en Suisse une communauté appelée L'Abri, ce qui signifie “l’abri”.

                    Et je trouve ce nom magnifique.

                    Parce qu’au fond, beaucoup de gens traversent la vie en cherchant un endroit où ils peuvent poser leurs questions sans être méprisés.

                    Des milliers d’étudiants venaient les voir. Certains avaient perdu la foi à l’université. D’autres cherchaient un sens à leur vie. D’autres encore étaient simplement fatigués intérieurement.

                    Et Edith les accueillait.

                    Elle cuisinait. Écoutait. Organisait la maison. Avec son mari, elle parlait avec eux. Priait avec eux.

                    Cela peut sembler simple. Mais parfois, les choses les plus simples deviennent profondément spirituelles lorsqu’elles sont remplies d’amour.

                    J’aimerais beaucoup que tu comprennes cela tôt dans ta vie:

                    l’hospitalité chrétienne peut devenir une vraie puissance dans un monde froid.

                    Edith écrivait aussi très bien. Elle montrait que la beauté, l’art, la famille, la créativité et les petites choses du quotidien peuvent aussi refléter la gloire de Dieu.

                    Et honnêtement, je crois que notre époque manque parfois de foyers habités par cette paix-là.

                    1. Mary McLeod Bethune
                    2. Thaïs,

                      Je veux absolument que tu connaisses Mary McLeod Bethune. Une noire dont la vie est une preuve vivante que les obstacles ne décident pas toujours du destin d’une personne.

                      Mary était une femme noire américaine née à une époque où beaucoup pensaient encore que les Noirs ne méritaient ni les mêmes droits, ni les mêmes chances, ni parfois même la même dignité.

                      Mais elle aimait apprendre. Et elle aimait Dieu.

                      Elle voulait devenir missionnaire en Afrique. Une femme chrétienne l’aida à payer ses études bibliques à Moody Bible Institute.

                      Mais quand elle demanda à partir comme missionnaire, on lui répondit qu’il n’y avait pas de place pour une femme noire. Tu peux t’imaginer Thais. Je sais que tu as horreur du racisme.

                      Imagine la douleur de ce moment. Après tant d’efforts. Tant de prières. Tant d’espérance.

                      Mais au lieu de devenir amère, Mary continua à avancer.

                      Et parfois, ma fille, Dieu ferme une porte non pour détruire une vie, mais pour la rediriger.

                      Mary comprit peu à peu que sa mission serait différente.

                      Elle se mit à créer des écoles pour les jeunes Noirs pauvres, surtout les filles, parce qu’elle croyait que l’éducation pouvait redonner de la dignité et de l’espérance à des générations entières.

                      Et elle finit par devenir une figure importante dans la défense des droits civiques aux États-Unis.

                      Mais ce que j’aime le plus chez elle, ce n’est pas seulement son influence. C’est son cœur.

                      Elle disait :

                      “Chaque fois que le Seigneur me dit non, je regarde mon cœur avant de me plaindre.”

                      Je trouve cela extrêmement mature.

                      Beaucoup de gens deviennent durs quand ils sont déçus. Elle, au contraire, laissait les déceptions approfondir sa foi.

                      Et j’aimerais que tu apprennes cela toi aussi :

                      une vie grande devant Dieu n’est pas forcément une vie sans refus, sans souffrance ou sans obstacles.

                      Parfois, ce sont précisément ces choses-là que Dieu utilise pour former une personne.

                      1. Argula von Grumbach
                      2. Au temps de la Réforme Protestante du 16eme siècle, un grand homme de Dieu nommé Martin Luther avait redécouvert une vérité immense : tous les croyants appartiennent à Dieu. Pas seulement les prêtres, pas seulement les responsables d’Église, mais tout le peuple de Dieu.

                        On appelle cela le sacerdoce de tous les croyants.

                        Cela voulait dire quelque chose de très simple et très puissant : si tu appartiens à Christ, ta vie entière peut devenir un service pour Dieu.

                        Mais une question restait ouverte dans le cœur de certains : qu’est-ce que cela veut dire concrètement, surtout pour les femmes ?

                        Et à ce moment-là, Dieu suscita une femme que peu de gens auraient imaginé voir entrer dans ce débat.

                        Elle s’appelait Argula von Grumbach.

                        Elle était une femme de la noblesse, cultivée, profondément attentive aux Écritures. Elle avait lu les écrits de Luther avec sérieux et avait été touchée par la Réforme.

                        Mais elle ne se contentait pas d’être une spectatrice.

                        Un jour, un jeune étudiant fut menacé pour avoir suivi les idées de la Réforme. Les autorités universitaires voulaient le faire taire, l’obliger à renier sa foi.

                        Et Argula ne put pas rester silencieuse. Elle écrivit une lettre. Une seule lettre.

                        Mais cette lettre devint si connue qu’elle fut imprimée plusieurs fois et largement diffusée. C’était très rare pour une femme à son époque.

                        Dans cette lettre, elle ne parlait pas avec agressivité. Mais avec une conviction intérieure très forte : si Dieu parle dans sa Parole, alors personne n’a le droit de faire taire ceux qui lui obéissent.

                        Elle citait la Bible. Elle appelait les théologiens à débattre publiquement avec elle. Elle osait demander des comptes aux autorités religieuses.

                        Et cela choqua beaucoup de gens.

                        Parce qu’à cette époque, une femme qui parle publiquement de théologie n’était pas considérée comme normale.

                        Mais Argula croyait quelque chose de simple : si le Saint-Esprit habite vraiment les croyants, alors il n’existe pas de “petites voix” inutiles dans le peuple de Dieu.

                        Seulement des personnes appelées à obéir.

                        Elle n’était pas en train de dire que tout le monde doit enseigner de la même manière.

                        Elle disait plutôt : quand l’Évangile est en jeu, le silence peut parfois devenir une forme de trahison intérieure.

                        Ma fille, il y a quelque chose de très profond ici.

                        Argula n’a pas cherché à être célèbre. Elle n’a pas cherché un rôle.

                        Elle a simplement refusé de faire comme si elle ne voyait pas une injustice contre la vérité de l’Évangile.

                        Et parfois, dans la vie chrétienne, c’est cela le vrai courage : ne pas détourner les yeux quand la vérité est en jeu.

                        Avec le temps, d’autres femmes ont suivi ce chemin, chacune à leur manière : Certaines ont enseigné, d’autres ont écrit, d’autres ont servi dans des foyers, d’autres ont souffert en silence,  d’autres ont défendu la foi dans des contextes difficiles.

                        Toutes n’ont pas pensé exactement de la même manière sur le rôle des femmes dans l’Église. Et ce n’est pas étonnant.

                        Même aujourd’hui, les chrétiens continuent de réfléchir à ces questions.

                        Mais ce qui est beau, ma fille, ce n’est pas seulement le débat.

                        C’est de voir que Dieu a utilisé des femmes réelles, avec des voix différentes, pour défendre son Évangile dans l’histoire.

                        Et cela signifie quelque chose pour toi.

                        Cela signifie que tu ne devras jamais penser que Dieu réserve ses grandes histoires uniquement à un certain type de personnes.

                        1. Phoebe Palmer.
                        2. Elle vivait au 19e siècle, à une époque où beaucoup de chrétiens cherchaient à comprendre comment vivre une vie plus consacrée à Dieu, plus stable, plus sanctifiée.

                          Elle faisait partie de ces femmes qui ne se contentaient pas d’une foi théorique. Elle voulait une foi vécue, concrète, transformée.

                          Avec son mari, elle a participé à des rencontres où l’on parlait de la vie chrétienne, de la sainteté, de la transformation intérieure. Ces rencontres ont influencé beaucoup de prédicateurs et de missionnaires de son époque.

                          Mais elle n’était pas seulement une organisatrice. Elle prêchait aussi, elle parlait, elle visitait les pauvres, elle servait dans les quartiers difficiles de New York. Elle avait un fardeau réel pour ceux que la société oubliait.

                          Et malgré les critiques qu’elle a parfois reçues, elle est restée convaincue d’une chose simple : si Dieu appelle, il rend capable.

                          V. Une diversité d’appels, un seul Dieu

                          Ma fille,

                          Quand tu regardes toutes ces femmes, ne les vois pas comme des figures lointaines ou inaccessibles.

                          Vois-les comme des témoins. Certaines ont enseigné. D’autres ont écrit. D’autres ont soigné. D’autres ont voyagé. D’autres ont servi dans le silence. D’autres ont servi les pauvres, d’autres ont traduit la Bible, d’autres ont fondé des œuvres sociales ou des lieux d’accueil.

                          Mais toutes ont appris à vivre avec cette conviction : leur vie ne leur appartenait pas entièrement. Elle appartenait à Dieu.

                          Et c’est cela, au fond, le point commun le plus important entre elles. Aujourd’hui encore, le monde a besoin de femmes qui connaissent Dieu, qui aiment sa Parole, qui savent penser, parler, servir, discerner, et agir avec sagesse. Elles rappellent que le ministère chrétien n’est pas uniforme. Il est divers, vivant, parfois surprenant

                          Peut-être que ta vie prendra une forme que je ne peux pas encore voir.

                          Mais je veux que tu gardes ceci dans ton cœur : Dieu n’a jamais cessé d’appeler des femmes à marcher avec lui dans l’Histoire. Et il n’a pas fini.

                          Happy Bat Mitzvah Thaïs

                          Ma fille,

                          Je termine ces pages sans prétendre avoir tout dit, ni même avoir bien discerné toutes les choses que Dieu fera de ta vie.

                          J’ai simplement voulu te laisser des repères, des témoins, des voix venues du passé. Des femmes qui ont marché avec Dieu dans des saisons différentes de l’histoire. Elles ne te disent pas exactement quoi devenir. Elles t’aident plutôt à apprendre à écouter Celui qui conduit les vies.

                          Mais au-delà de tout cela, il y a quelque chose de plus simple et de plus profond que je veux te dire aujourd’hui.

                          Je t’aime. Mais je crois que Dieu te connaît mieux que moi, et qu’il te conduira mieux que je ne pourrai jamais le faire.

                          Je ne sais pas encore exactement ce que sera ton avenir. Je ne sais pas les portes qui s’ouvriront, ni celles qui se fermeront. Je ne sais pas les joies que tu connaîtras, ni les combats que tu devras traverser. Mais je sais que rien de tout cela ne sera en dehors de la main de Dieu.

                          Et c’est cela qui me donne paix.

                          Alors en ce jour où tu as douze ans, je veux simplement lever les yeux avec toi dans la même direction : vers Celui qui écrit les histoires humaines avec une sagesse que nous ne voyons qu’en partie aujourd’hui.

                          Que tu grandisses en grâce, en vérité, en courage, et en amour pour Christ.

                          J’attends avec foi et avec espérance ce que Dieu a préparé pour toi.

                          Bon anniversaire, Thaïs. Et Happy Bat Mitzvah

                          author-prof

                          NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

                          NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

                        3. Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
                        4. Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
                        5. UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
                        6. IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
                        7. Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

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                          CHOIX DE L'ÉDITEUR
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                          L’adoration dans nos cultes

                          Si un mouvement ne chante pas, il meurt.

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                          Le plus beau rêve ou le pire cauchemar ?

                          C’était en 2015, je venais de me réveiller en sursaut à trois heures du matin après un horrible rêve ! Je rêvais qu’un de mes êtres les plus chers était en procès et que la sentence était tombée … Il allait être exécuté.

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                          Qui était David Ndaruhutse ?

                          Qui était David NDARUHUTSE? Quelles étaient ses origines ? Quelles ont été ses accomplissements durant sa courte durée dans le ministère ?  Que sont devenus sa famille et son ministère ? Son Fils Peter NDARUHUTSE nous raconte.

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                          La gloire de Dieu est mon trésor

                          Les saintes écritures nous exposent du début à la fin un Dieu, qui, dans Sa parfaite intelligence et selon le conseil de Sa parfaite volonté, bénit toute la création à partir de Sa gloire. Il a fait de sorte que toute joie réelle et durable passe par Sa gloire.

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                          Quand lire la Bible devient une dure corvée

                          Soyons honnêtes, il nous est tous déjà arrivés de trouver la Bible ennuyeuse, au moins certaines de ses parties. Il nous est déjà arrivés de nous demander à quoi certains passages riment vraiment et pourquoi ont-ils été insérés dans un livre saint dont la lecture est sensée nous apporter tant d’excitation et de passion !

                          Sa BannièreLever une armée d'adorateurs joyeux d'un Dieu Heureux et Glorieux
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