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Les “David et Jonathan” du Moyen-Age

Histoire d’une grande amitié chrétienne entre Basile le Grand et Grégoire de Nazianze

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Les Pères Cappadociens ne sont pas seulement des exemples historiques d'une défense de l'orthodoxie mais aussi d'une amitié pieuse, une union entre deux âmes imparfaites qui languissent après la perfection.

Cinq histoires médiévales les plus captivantes pour apprendre, réfléchir et grandir

Certains pensent au Moyen Âge comme à une période sans importance. Elle est longue, reste méconnue et surtout, elle l’est de la grande majorité des protestants. Nous sommes fils et filles de la Réforme : pourquoi revisiter vraiment CETTE PÉRIODE OBSCURE ?
Octobre est notre mois sur la Réforme protestante, qui nous conduit vers la date historique du 31 octobre. Mais avant cela, et en anticipation, je vais vous raconter cinq histoires médiévales, parmi les plus belles, les plus touchantes et les plus captivantes, en vue de nous informer historiquement, de nous instruire ministériellement et de nous faire réfléchir personnellement.

29 Septembre 2026

J’ai connu de grandes amitiés, et j’ai aussi connu de grandes trahisons. Je connais des amitiés sincères, avec des attentes modérées, mais je reste convaincu que l’amitié est l’un des plus beaux cadeaux de la vie. Jadis, les gens d’une autre époque semblaient accorder une grande valeur à l’amitié. Puis l’individualisme est venu et a beaucoup changé les choses. Avec Internet, paradoxalement, la situation s’est encore aggravée.

Il y a quelque chose d’assez ironique dans le fait que, malgré le fait que nous soyons aujourd’hui plus connectés que jamais sur le plan numérique, le sentiment d’aliénation semble grandir, alors même que les relations humaines proches deviennent de plus en plus difficiles à construire. Nous pouvons avoir beaucoup « d’amis virtuels », mais ils ne peuvent pas remplacer les vrais amis que nous rencontrons dans la vie réelle : des amis qui nous connaissent, qui nous acceptent et avec lesquels nous partageons ce lien précieux sans lequel nous sommes condamnés à une existence solitaire.

Dans mon pays, les gens peuvent rester ensemble pendant très longtemps, même après avoir cessé de réellement s’aimer. J’ai eu l’occasion de regarder derrière les apparences de plusieurs relations que l’on présente comme des amitiés proches et anciennes, pour y découvrir du vide, de l’envie, de la jalousie, voire de la trahison. L’hypocrisie est peut-être l’un de nos maux culturels les plus destructeurs. Et il est particulièrement triste de la retrouver de plus en plus souvent dans les Églises et même dans les cercles de ceux que l’on appelle les serviteurs de Dieu.

C’est dans ce contexte que se situe notre troisième histoire fascinante du Moyen Âge. Elle tourne autour de l’amitié profonde et pieuse de deux hommes de Dieu dont le lien est devenu légendaire dans l’histoire de l’Église : Basile le Grand et Grégoire de Nazianze.

Pourquoi Cappadoce ?

Pendant une période cruciale que l’Église traversait, celle où elle devait affermir sa foi et la protéger contre les hérésies christologiques, notamment l’arianisme qui gagnait de plus en plus de terrain, il a plu à Dieu d’utiliser un trio d’hommes, tous originaires de la même région : la Cappadoce. Deux de ces hommes se lièrent d’une amitié qui a traversé l’histoire jusqu’à nous : Basile le Grand et Grégoire de Nazianze.

Qui aurait cru que les hautes montagnes de la partie orientale de l’Asie Mineure, dans l’actuelle Turquie, surplombant la plaine fertile qui s’étendait jusqu’à l’Euphrate, allaient devenir un lieu privilégié pour la croissance extraordinaire d’une foi encore jeune : le christianisme ?

Pourtant, la Cappadoce apparaît très tôt dans l’histoire de l’Église. Au jour de la Pentecôte, parmi les personnes présentes à Jérusalem se trouvaient des Juifs venus de Cappadoce. Ils entendirent la prédication de Pierre et certains d’entre eux se convertirent à la suite de son sermon (Actes 2.9). Environ trois décennies plus tard, nous retrouvons la Cappadoce dans la première lettre de Pierre.

Pierre écrit :

« Aux élus de Dieu, exilés et dispersés dans les provinces du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie, qui ont été choisis selon la prescience de Dieu le Père, par l’œuvre sanctifiante de l’Esprit, pour obéir à Jésus-Christ et être purifiés par son sang : que la grâce et la paix vous soient abondamment accordées. » (1 Pierre 1.1-2)

Lorsque Rome engagea des persécutions contre les chrétiens, les premiers croyants se dispersèrent pour trouver refuge dans différentes parties du monde. La Cappadoce fut l’une de ces régions qui accueillirent ceux qui fuyaient les persécutions. La foi s’y était donc répandue au milieu de persécutions intenses, et la lettre de Pierre avait notamment pour objectif d’encourager ces croyants dispersés. Il avait plu à Dieu de faire de la Cappadoce un puissant centre chrétien qui allait continuer à être une bénédiction pour d’autres croyants.

Au IVe siècle, alors qu’une hérésie appelée l’arianisme menaçait l’Église, Dieu suscita trois hommes remarquables pour défendre et approfondir la doctrine de la Trinité. Le concile de Nicée avait déjà clarifié les choses en 325, mais, malheureusement, sur le terrain, les Églises qui adhéraient à l’arianisme étaient plus fortes et beaucoup plus nombreuses. Sans le travail de ceux qui allaient défendre et préciser la foi nicéenne, la doctrine de la Trinité aurait peut-être continué à être une doctrine affirmée sur le papier sans être véritablement reçue dans les consciences des chrétiens et dans les Églises.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent les trois Pères cappadociens.

Qui étaient les Pères cappadociens ?

Les Pères cappadociens étaient trois théologiens importants du IVe siècle, nés en Cappadoce, qui contribuèrent de manière décisive à la définition précise de la doctrine de la Trinité et à la clarification des erreurs du semi-arianisme.

Le premier était Basile de Césarée, qui devint évêque de Césarée. Il est né vers 330 et mourut en 379. Ensuite, nous avons son frère, Grégoire de Nysse, qui devint évêque de Nysse. Il était né quelques années après son frère Basile et mourut vers 395. Enfin, il y avait le troisième Cappadocien, un autre Grégoire : Grégoire de Nazianze. Il était le plus âgé des trois, né vers 329 et mort en 389. Il devint notamment une figure majeure de l’Église de Constantinople.

Les trois Cappadociens apportèrent donc une contribution significative au développement de la doctrine de la Trinité, mais également à celui de la christologie. C’était une période cruciale dans la vie de l’Église.

En 325 eut lieu le concile de Nicée, où fut fermement établie la confession selon laquelle Jésus-Christ est véritablement Dieu. Mais après Nicée, de nombreux évêques surtout deux de l’Orient s’éloignèrent du symbole de Nicée. Un nombre important d’évêques rejetèrent la confession de la pleine divinité de Jésus-Christ.

Un autre concile fut donc convoqué, cette fois à Constantinople en 381. À cette époque, Basile le Grand était déjà mort, mais les deux Grégoire étaient encore vivants, et les travaux des trois Cappadociens contribuèrent profondément à la réflexion théologique qui allait entourer ce concile. À Constantinople, la foi nicéenne fut réaffirmée et consolidée dans l’Église.

Les Pères cappadociens sont surtout connus pour leur opposition à l’arianisme, qui affirmait que Jésus avait été créé par Dieu et qu’il était distinct du Père sans lui être égal. Une telle conception remettait directement en cause la doctrine de la Trinité. Les semi-Ariens enseignaient également que Jésus était un être créé et qu’il était « de substance semblable » à celle du Père, sans être pleinement divin.

Le concile de Nicée avait déjà condamné l’arianisme en 325, et Athanase avait continué à défendre avec courage la divinité du Christ. Les Pères cappadociens poursuivirent le travail d’Athanase en utilisant à la fois des arguments philosophiques et bibliques. Par leurs écrits remarquables et leur éloquence, ils défendirent la vision orthodoxe du Dieu trinitaire : un seul Dieu en trois personnes.

Ils insistèrent sur une terminologie théologique qui permettait de confesser que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes tout en partageant une seule et même essence. En grande partie grâce au travail des Pères cappadociens, l’arianisme fut finalement vaincu au concile de Constantinople en 381.

Mais avant de revenir à la précieuse amitié de Basile le Grand et de Grégoire de Nazianze, parlons brièvement de chacun des trois.

  1. Basile le Grand
  2. Le premier des Pères cappadociens, Basile, était un enfant relativement fragile, élevé dans une famille chrétienne. Il reçut une excellente éducation à Césarée, Antioche, Constantinople et Athènes. Il retourna ensuite à Césarée où, après certaines tragédies personnelles, il adopta un style de vie ascétique et fonda un monastère dans lequel il encouragea d’autres moines à se consacrer au travail, à la prière, à la lecture de la Bible et aux bonnes œuvres. Par la suite, Basile s’associa à l’évêque de Césarée dans son combat contre l’arianisme, cette hérésie qui niait la divinité du Christ. Lorsque l’évêque mourut, Basile fut choisi pour lui succéder.

    Mais il y a un détail souvent oublié dans cette histoire. Le grand Basile que nous connaissons ne serait probablement pas devenu le Père de l’Église qu’il est devenu sans l’aide de sa grande sœur Macrine. Macrine exerça une profonde influence sur la foi et la pratique chrétiennes de toute la famille. Elle était une chrétienne dévouée, engagée dans le célibat et la pratique ascétique, et elle devint en quelque sorte le guide spirituel du reste de la famille, aussi bien de ses parents que de ses frères et sœurs.

    Basile avait reçu la meilleure éducation disponible à son époque. Basile revint en 355, après avoir reçu une formation classique à Constantinople puis à Athènes, afin d’enseigner la rhétorique à Césarée. Il aurait pu poursuivre une carrière prestigieuse dans l’enseignement de la rhétorique, ce qui lui aurait procuré l’un des revenus les plus élevés que l’on pouvait espérer à cette époque. Mais Macrine lui parla avec vérité et amour. Macrine lui fit comprendre que ses études avaient nourri en lui un orgueil excessif. Elle lui fit comprendre qu’il était en train de gaspiller sa vie dans la poursuite de choses passagères et qu’il devait plutôt poursuivre une vie ascétique comme moine. En 357, Basile fut baptisé et, à l’âge de vingt-six ans, Basile abandonna donc ses grandes ambitions et choisit un style de vie simple qui allait caractériser le reste de son existence.

    Un peu plus d’une décennie plus tard, d’autres reconnurent en lui un don particulier de sagesse : il fut nommé évêque et entra pleinement dans le ministère pastoral. Ses écrits théologiques sur le Saint-Esprit, qui continuent encore aujourd’hui à influencer les croyants, n’auraient peut-être jamais été rédigés si Macrine n’avait pas eu le courage de confronter son frère et son ami avec vérité. Basile le Grand subit un changement aussi radical, une transformation du cœur et de la vision, à laquelle sa sœur avait largement contribué.

    À travers l’influence de Macrine et les encouragements d’un évêque qu’il allait remplacer plus tard, il fut conduit à poursuivre le ministère. Il devint presbytre et, lorsque l’évêque Eusebius, évêque de Césarée, mourut, Basile devint évêque de Césarée.

    1. Grégoire de Nysse
    2. Parlons maintenant de Grégoire de Nysse, le frère cadet de Basile. Basile et Grégoire de Nysse étaient frères et avaient été élevés dans une famille chrétienne aristocratique de Cappadoce. Leur grand-mère, elle aussi nommée Macrine, eut une influence spirituelle sur la croissance de ces deux garçons.

      Contrairement à son frère Basile, Grégoire n’entra pas aussi rapidement dans une vocation chrétienne engagée. Lorsque Basile revint de ses études à Athènes, il enseigna à Grégoire selon le modèle de formation qu’il venait lui-même de recevoir. Grégoire se maria probablement, continua à étudier la philosophie grecque et travailla comme rhéteur jusqu’à ce qu’il accepte, avec une certaine réticence, sa nomination comme évêque de Nysse par son frère. Grégoire était formé à la philosophie, à la médecine et à la rhétorique, et ses écrits étaient marqués par une forte dimension de mystique chrétienne. Il fut lui aussi attiré par la vie monastique. Mais contrairement à son grand frère, très énergique dans son combat contre les Ariens hérétiques, Grégoire de Nysse désirait éviter les controverses et mener une vie tranquille et contemplative.

      En 372, Basile nomma donc Grégoire évêque de la petite ville de Nysse. Mais Grégoire se révéla être un administrateur peu efficace, car il n’avait guère de goût pour la politique ecclésiastique et s’intéressait peu aux questions financières. Il fut même accusé de mauvaise gestion financière, démis de ses fonctions et exilé par l’empereur Valens. Il fut rappelé par l’empereur Gratien en 378.

      Il n’est pas toujours facile de savoir avec quelle vigueur Grégoire exerça ses responsabilités épiscopales et théologiques avant la mort de Basile. Mais après la mort de son frère, Grégoire prit véritablement une nouvelle dimension sur le plan théologique. Il défendit les formulations nicéennes concernant la Trinité, écrivit contre les adversaires de Nicée comme son frère l’avait fait et défendit la théologie ainsi que l’intégrité de Basile. Dieu se servit de lui puissamment après la mort de son grand frère, qui mourut plus tôt que les deux autres Pères cappadociens.

      1. Grégoire de Nazianze
      2. Le troisième Père cappadocien était Grégoire de Nazianze, souvent appelé Grégoire le Théologien. Comme Basile et son frère, Grégoire était né dans une famille chrétienne fervente et aisée en Cappadoce. Mais, contrairement à eux, son père était lui-même évêque. Celui-ci s’était rallié à la cause nicéenne sur le chemin du concile de Nicée en 325. Grégoire avait donc grandi avec l’idée qu’en tant que fils aîné, il devait suivre les traces de son père dans le ministère.

        Alors qu’il étudiait à Césarée, la capitale de la Cappadoce, il rencontra et se lia d’amitié avec Basile. Ils étudièrent aussi ensemble à Athènes et devinrent les David et Jonathan de la période patristique. Grégoire continua, non sans réticence, à être préparé par son père au ministère. Mais comme Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze préférait une vie tranquille et contemplative aux conflits et aux controverses de la vie ecclésiastique. Il fut nommé à plusieurs fonctions ecclésiastiques, presque toujours contre son gré et contre son inclination naturelle. Plus tard, il s’enfuit pour rejoindre Basile et se joignit à lui dans la vie monastique. Il devint finalement prédicateur d’une petite Église de Constantinople en 379, l’année même de la mort de Basile. C’est donc en grande partie grâce à ces trois géants de la théologie que nous devons ce que nous appelons aujourd’hui l’orthodoxie trinitaire : un seul Dieu en essence et trois personnes.

        Le grand don de Grégoire était l’éloquence. À Constantinople, il prononça cinq discours d’une telle puissance qu’ils contribuèrent à faire évoluer la pensée théologique de cette région, en la faisant passer de l’arianisme à l’orthodoxie. Grégoire fut alors appelé « Grégoire le Théologien ».

        Il fut ensuite contraint d’entrer dans l’ordination et dans la vie ecclésiastique lorsque Basile le nomma évêque de Sasima. Grégoire de Nazianze n’accueillit pas favorablement cette nomination. Mais Basile était un homme énergique et il voyait en Grégoire un potentiel intellectuel qui pouvait devenir un instrument important dans le combat contre l’arianisme. Par la suite, Grégoire allait lui-même combattre pour l’unité de l’Église, aussi bien sur le plan ecclésiastique que théologique. Ces deux combats étaient dirigés contre les évêques et les théologiens qui s’opposaient à la foi nicéenne.

        Basile ne verrait cependant pas l’unité qui allait finalement être affirmée au concile de Constantinople en 381, puisqu’il mourut le 1er janvier 379, deux ans avant ce concile. Par contre, Grégoire joua un rôle majeur au concile de Constantinople. Ce concile consolida la position nicéenne sur la Trinité : un seul Dieu en trois personnes, hypostasis, le Père, le Fils et le Saint-Esprit étant « de la même essence » (homoousios). Le concile produisit également le symbole de Nicée-Constantinople, considéré comme une formulation définitive de l’orthodoxie trinitaire.

        Le conflit entre les deux meilleurs amis

        Bien que Basile et Grégoire restèrent amis jusqu’à la mort de Basile en 379, on peut dire que leur amitié, bien que réelle, avait perdu son premier éclat et ne retrouva jamais. Pourquoi ? L’historien Philip Rousseau décrit Basile comme

        « un homme qui dépendait constamment de l’affection des autres, qui était profondément blessé lorsqu’ils ne répondaient pas à ses attentes et à ses exigences, et qui était souvent inconscient de la douleur qu’il infligeait ».

        À plusieurs reprises, cette dimension de sa personnalité semble avoir affecté ses amitiés, y compris sa relation avec Grégoire. En tant qu’évêque respecté, Basile était souvent au premier plan dans la défense du christianisme orthodoxe contre les nombreux enseignants qu’il considérait comme hérétiques. Avec de bonnes intentions mais des moyens malicieux, il chercha à forcer son meilleur ami à occuper des postes qui permettraient de gagner du terrain contre les Ariens.

        Mentionnons deux incidents qui affectèrent profondément leur amitié.

        Autour de 370, Basile désirait que Grégoire lui succède dans une fonction importante après la mort d’Eusèbe de Césarée. Basile convoqua son ami, non pas en lui présentant directement sa demande, mais en lui faisant croire qu’il était gravement malade. Grégoire, inquiet, se mit en route pour aller auprès de lui, mais il découvrit en chemin que Basile lui avait menti et que Basile allait en réalité procéder à une élection ecclésiastique. Il n’acheva pas son voyage et commença à lui adresser plusieurs lettres de reproche.

        « Ne me connais-tu pas, ou ne te connais-tu pas toi-même ? », lui écrivit-il dans l’une de ses lettres. À un autre moment, il lui dit : « De ton amitié, je n’ai gagné qu’une chose : je ne ferai plus confiance aux amis. »

        Ce sont des paroles qui montrent à quel point la blessure était réelle.

        Puis survint l’incident de Sasima en 372. Basile avait créé le siège de Sasima dans le contexte de son conflit avec Anthime de Tyane et de la division administrative de la Cappadoce. Il persuada alors Grégoire d’accepter la consécration comme premier évêque de Sasima. Grégoire accepta très difficilement et ne s’installa finalement pas réellement dans cette ville. (Nouvelle Aventure)

        Certaines sources anciennes disent qu’après le départ de Grégoire de Sasima, il n’existe plus de correspondance conservée entre eux. (Nouvelle Aventure). Il est vrai que l’affection et l’estime de Grégoire pour Basile demeurèrent manifestes malgré leur conflit. Après la mort de Basile, Grégoire écrit même qu’il a toujours placé Basile au-dessus de lui, « pour la vérité comme pour l’amitié ». (Nouvelle Aventure)

        Peut-être qu’avec le temps, surtout après sa mort, Grégoire pardonna à son ami, se souvenant que la motivation première de Basile était de défendre la vérité du christianisme orthodoxe. Basile ne pouvait pas mener seul ce combat. Il avait besoin d’un réseau d’amis et de responsables capables de défendre la vérité dans les communautés environnantes. Mais ses méthodes blessèrent son meilleur ami, et leur amitié ne fut jamais complètement restaurée, bien que le respect et l’estime mutuels ne disparurent pas.

        Basile était un homme de conviction et de résolution, mais il avait aussi tendance à agir rapidement. Il était brillant et pouvait être intimidant. Grégoire, quant à lui, était plus sensible, patient et introverti. Cette sensibilité lui donnait une grande profondeur, mais elle pouvait également le conduire à hésiter. Le premier était attiré par la performance rhétorique et la sphère publique, tandis que le second était davantage attiré par la poésie et la réflexion.

        Pourtant, ces deux hommes avaient lié leur vie dans une amitié qui allait durer pendant au moins trois décennies et traverser des événements considérables. Leur amitié, née alors qu’ils étaient encore de jeunes, avait traversé plusieurs décennies riches en événements. On y trouve des joies partagées, une honnêteté parfois brutale, des offenses, de la compassion, des encouragements, de la trahison et un amour fidèle, mais aussi des blessures profondes.

        La nature et la finalité de l’amitié de Basile et de Grégoire de Nazianze

        À travers les lettres de Grégoire, nous apprenons que leur grande poursuite, était le grand nom qu’ils voulaient porter, celui de Christ.

        Grégoire reconnaît ailleurs que leur amitié était fondée sur une ambition commune : « nous avions reconnu notre amitié et reconnu que notre ambition était une vie de véritable sagesse ».

        Les deux se sont invités mutuellement à sonder les Écritures avec le plus grand sérieux possible et à les incarner dans leur vie. Ils voyaient l’Évangile dans chaque passage du texte biblique et étaient convaincus que le baptême signifiait entreprendre une vie nouvelle de relation avec le Père, par Christ et avec l’Esprit. Leurs amitiés étaient ainsi nées de leur adoration vivante du Dieu dont l’existence même est une communion parfaite.

        Comme Grégoire de Nazianze allait plus tard se souvenir de leur communauté :

        « Un seul Esprit animait plusieurs personnes, mettant nos paroles au service de l’unique Sagesse, le Verbe. »

        Sur cette base, tout le reste avait suivi :

        « Nous étions tout l’un pour l’autre ; nous partagions le même logement, la même table, les mêmes désirs, le même objectif. »

        Leur amitié avait aussi pour but la sainteté. Dans notre orgueil, nous cherchons souvent à nous affirmer et à montrer que nous savons davantage que les autres afin de gagner une discussion. Mais dans le cas de Grégoire et de Basile, il y avait bien une forme de rivalité, mais pas celle à laquelle nous pourrions nous attendre.

        Ils rivalisaient dans l’humilité et dans la soumission à l’autre : « Entre nous, il n’y avait pas d’envie. Au contraire, nous faisions de notre rivalité un avantage. Notre rivalité ne consistait pas à chercher la première place pour soi-même, mais à la céder à l’autre. »

        Grégoire explique ensuite magnifiquement pourquoi ils agissaient ainsi :

        « Nous considérions le succès de l’autre comme le sien propre. »

        Pouvons-nous nous réjouir du bonheur et du succès des autres comme s’ils étaient les nôtres ? Si nous le pouvons, alors nous attachons notre bonheur à celui de personnes qui nous dépassent, d’une manière qui nous permet de partager leur joie.

        Grégoire décrit le lien qui l’unissait à Basile comme celui de deux hommes possédant « un seul esprit ». Même lorsqu’ils étaient physiquement séparés, ils demeuraient unis par un esprit puissant qui unissait leurs cœurs.

        Mais leur unité n’était pas fondée simplement sur des sentiments ou sur un sentimentalisme superficiel.

        « Notre seul objet et notre seule ambition étaient la vertu et une vie d’espérance dans les bénédictions à venir. »

        Comme leurs vies, les amitiés entre les Cappadociens n’étaient pas toujours faciles. Pourtant, leur désir commun de glorifier Dieu les maintenait ensemble. Cette vision les soutint à travers leurs expériences diverses et leur permit de vivre des amitiés courageusement honnêtes, capables de pardon, de compassion et de maturité. Finalement, leur histoire nous montre l’œuvre transformatrice du Dieu trinitaire.

        L’amitié comme don de Dieu

        L’histoire de Basile et de Grégoire nous rappelle donc que l’amitié chrétienne n’est pas simplement une relation fondée sur des intérêts communs, sur des affinités naturelles ou sur le plaisir d’être ensemble. Elle peut devenir un lieu dans lequel deux personnes poursuivent ensemble la sagesse, la sainteté, la vérité et la gloire de Dieu.

        Leur histoire nous rappelle également qu’une véritable amitié peut connaître des blessures sans nécessairement être détruite par elles. Basile et Grégoire ont connu la déception, le désaccord et même une certaine rupture de confiance. Pourtant, leur relation a survécu parce qu’elle était plus profonde que leurs différences et plus forte que leurs offenses.

        Puissions-nous, nous aussi, être bénis par de bons amis que nous sachions reconnaître comme des cadeaux de Dieu. Et puissions-nous apprendre à faire de nos amitiés des lieux où nous nous encourageons mutuellement à grandir dans la sagesse et la sainteté. Que le fruit de nos amitiés ne soit pas seulement le plaisir d’être ensemble, mais aussi notre croissance commune dans la connaissance et l’amour de Christ et que le Corps de Christ puisse en bénéficier énormément.

        Et peut-être que, comme Basile et Grégoire, nous découvrirons que le plus beau cadeau que l’amitié puisse nous offrir n’est pas seulement ce que nous recevons de nos amis, mais cette joie particulière de marcher ensemble en Dieu, avec , et vers Dieu.

        SOURCES

        Nick Needman, 200 years of Christ’s power Vol 1: The Age of the Early church fathers

        Grégoire de Nazianze, Discours 43, Oraison funèbre de Basile le Grand, dans Discours 43–45, trad. Jean Bernardi, Sources chrétiennes 384, Paris, Cerf, 1992.

        Grégoire de Nazianze, Lettre 76, à Grégoire de Nysse.

        Our single object and ambition was virtue: Article ici.

        author-prof

        NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

        NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

      3. Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
      4. Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
      5. UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
      6. IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
      7. Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

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