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Les Eglises-Maisons ont-elles un Précédent Biblique?

Chronique du Mouvement des Eglises-Maisons(2)

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Le Nouveau Testament présente des Églises locales, c'est-à-dire des assemblées locales, des rassemblements de l'Église universelle dans un lieu précis, et l'expression de l'Église universelle rassemblée localement. Il décrit souvent ces Églises comme se réunissant dans des maisons.- John Piper

Chronique du Mouvement des Eglises-Maisons

Partout dans le monde, un phénomène discret mais remarquable est en train de remodeler la manière dont des millions de chrétiens vivent leur foi. En Chine, en Inde, en Afrique, mais aussi de plus en plus en Occident, de petites communautés de disciples se réunissent dans des maisons, des cafés, des lieux simples, pour prier, lire les Écritures et vivre ensemble l’Évangile. Ces communautés ne cherchent pas à reproduire les modèles institutionnels classiques. Elles tentent plutôt de redécouvrir une question fondamentale : à quoi ressemblait réellement l’Église au temps des apôtres ?

Ce retour vers des formes plus simples d’Église n’est pas né d’une théorie académique, mais d’une quête spirituelle profonde. Des pasteurs, des missionnaires et des croyants ordinaires ont commencé à se demander si certaines habitudes ecclésiales modernes — nos structures, nos bâtiments, nos programmes — reflétaient encore l’esprit du Nouveau Testament. Dans ce contexte, le modèle des églises-maison et les mouvements de multiplication d’Églises (souvent appelés Church Planting Movements) suscitent un intérêt croissant, mais aussi des questions, des critiques et parfois des incompréhensions.

Cette série de sept articles propose d’explorer ce phénomène avec honnêteté et discernement. Nous examinerons ses fondements bibliques, son développement historique, ses forces et ses limites, ainsi que son fonctionnement concret. Nous porterons aussi une attention particulière au contexte burundais, afin de réfléchir aux opportunités et aux défis que ce modèle pourrait rencontrer dans notre réalité locale. Enfin, nous aborderons une question plus profonde : dans un monde où les pressions politiques, sociales et spirituelles s’intensifient, les formes simples et reproductibles d’Église pourraient-elles jouer un rôle particulier dans l’avenir du témoignage chrétien ?

Cette série s’adresse à trois types de lecteurs : ceux qui découvrent pour la première fois le modèle des églises-maison, ceux qui en ont entendu parler mais hésitent encore à l’examiner sérieusement, et ceux qui pressentent peut-être que Dieu les appelle à explorer des formes d’Église plus simples, plus missionnelles et plus proches de la dynamique du Nouveau Testament. Mon espoir est que ces pages ouvrent un espace de réflexion honnête, humble et profondément enraciné dans les Écritures.

20 Mars 2026

J’ai choisi d’ouvrir cette série d’articles sur le mouvement des House-churches avec un article de John Piper. Mes points de désaccord avec lui sont soulignés tout au long de l’article. Néamoins j’apprécie qu’il ait essayé de garder une certaine neutralité, car après tout il ne pratique pas le dit modèle.

Il me serait pourtant aisé de montrer qu’à la fin du livre des Actes, la majorité des Églises établies en dehors de la Palestine se réunissaient dans des maisons. À Jérusalem, la mention des croyants s’assemblant au Temple ne constituait pas une norme durable, mais relevait plutôt d’une phase transitoire, marquant le processus progressif de séparation entre le judaïsme et le christianisme. Les chrétiens du monde gréco-romain du premier siècle se réunissaient dans des maisons, et les lettres de Paul dans le Nouveau Testament étaient adressées à des Églises de maison. En fait, la toute première Église établie sur le sol européen se trouvait dans la ville de Philippes, dans la maison de Lydie, une femme d’affaires prospère originaire de Thyatire (Actes 16:15). Paul, dans ses épîtres aux chrétiens de Rome, de Corinthe et de Colosses, les exhorte à saluer les Églises qui se réunissaient dans les maisons d’autres croyants (Romains 16:3-5 ; 1 Corinthiens 16:19 ; Colossiens 4:15).

Comme le souligne l’expert Craig Keener dans The IVP Bible Background Commentary – New Testament, « les croyants se réunissaient dans des maisons plutôt que dans des bâtiments d’Église pendant les trois premiers siècles de l’Église. » Cela changea plus tard, en 312 apr. J.-C., lorsque l’empereur Constantin arriva au pouvoir et fit du christianisme institutionnel la religion d’État à Rome, transformant des temples païens en églises chrétiennes et utilisant les fonds de l’État pour soutenir le clergé.

Pour certains, ce débat est anodin, car, pensent-ils, se porte sur le lieu de rassemblement chrétien. Il est vrai que ce modèle d’Eglise peut être présenté de façon simpliste qui laisse croire  comme si tout dépendait uniquement du lieu de rencontre pour obtenir une ecclésia équilibrée. D’autres facteurs doivent être tenus en considération. Nonobstant, nous aurons l’occasion de démontrer, ce que Piper ne fait pas dans son article, que nos choix de forme culte sont influencés par notre théologie à bien des égards et affectent notre façon d’accomplir la mission en tant qu’Eglise. Vous excuserez la longueur de notre prochain article qui aborde le lien entre théologie et architecture, car nos lieux de cultes et comment nous organisons nos rassemblements, expriment, dans une large mesure, nos convictions profondes.

Cela étant dit, l’article de John Piper reste constructif dans cette discussion. La traduction est mienne

1) Premièrement, l'Église, telle qu'elle est présentée dans le Nouveau Testament, est un peuple, et non un lieu. Le mot « Église » dans le Nouveau Testament est la traduction du mot « ekklesia », qui signifie « ceux qui sont appelés » ou « assemblée ». Il ne désigne jamais un bâtiment ou un lieu. Le mot anglais « church » est intéressant. D'où vient-il ? Il provient du vieil anglais « kirch » ou « kirche », comme dans le mot écossais « kirch », et il vient du grec « kuriokos », qui signifie « appartenant au Seigneur ». Ainsi, étymologiquement, le mot « church » signifie « appartenant au Seigneur » et peut désigner un lieu ou un peuple. Voilà donc l'origine du mot anglais « church », et cela ne prouve rien quant au lieu où un peuple devrait se réunir.

Mais dans toute cette discussion, il est absolument crucial de garder à l'esprit que, dans le Nouveau Testament, il n'est pas question de la place de l'Église, mais beaucoup de l'Église en tant que peuple. Pour ne citer que quelques exemples, dans Matthieu 16:18, Jésus dit à Pierre : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. » Il ne s'agissait pas d'un bâtiment. De même, dans Matthieu 18:17, concernant la discipline ecclésiastique, il dit que lorsque toutes les supplications individuelles échouent, « parlez-en à l'Église ». Cela ne signifie pas « parler à des briques ». Dans Actes 9:31, il est dit : « Ainsi, l'Église jouissait de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, et elle se fortifiait. » Et dans Actes 13:1, il est dit : « Or, il y avait dans l'Église d'Antioche des prophètes et des docteurs », ce qui signifie que, parmi le peuple, il s'agissait de personnes douées. Voilà donc ma première observation.  Dans le Nouveau Testament, l'Église est toujours, sans exception, composée de personnes, et non de lieux.

2) Ma deuxième observation est que le Nouveau Testament présente des Églises locales, c'est-à-dire des assemblées locales, des rassemblements de l'Église universelle dans un lieu précis, et l'expression de l'Église universelle rassemblée localement. Il décrit souvent ces Églises comme se réunissant dans des maisons. Ainsi, en 1 Corinthiens 16.19 : « Les Églises d'Asie vous saluent. Aquila et Prisca, ainsi que l'Église qui se réunit chez eux, vous saluent chaleureusement. » Colossiens 4.15 : « Transmets mes salutations aux frères de Laodicée, ainsi qu'à Nympha et à l'Église qui se réunit chez elle. » Philémon 2 : « [J'écris à] Apphia, notre sœur, à Archippe, notre compagnon d'armes, et à l'Église qui se réunit chez toi. » Il est donc clair qu'aux premiers temps de l'Église, celle-ci se réunissait régulièrement dans des maisons.

3) N’exagérons rien et n’idéalisons pas ce fait, car nous savons que les maisons n’étaient pas le seul lieu de rassemblement de l’Église. Dans 1 Corinthiens 11:17 et 22, Paul dit : « Je ne vous recommande pas dans les instructions suivantes, car lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour votre bien, mais pour votre mal… Quoi ! N’avez-vous pas de maisons pour manger et boire ? Ou méprisez-vous l’Église de Dieu et humiliez-vous ceux qui n’ont rien ? » Autrement dit, il dit : Vous vous réunissez ailleurs que chez vous et vous mangez d’une manière qui fait honte à ceux qui n’ont pas grand-chose à manger, alors que vous avez apporté un grand panier et que vous le mangez. Allez manger chez vous, et non là où nous nous réunissons en tant qu’Église. Il me semble donc assez clair que les gens quittaient leurs maisons pour se rendre dans un lieu de rassemblement commun pour le culte, quel qu’il soit.

4) Le Nouveau Testament n'ordonne ni n'interdit aux Églises locales de se réunir dans des maisons. Il est parfaitement acceptable qu'elles le fassent, et acceptable qu'elles ne le fassent pas. Dieu n'a pas jugé bon de réglementer cela. Sans doute, je pense, en partie à cause de l'incroyable diversité des situations culturelles dans lesquelles l'Église allait se trouver au cours des deux mille années suivantes : sous les arbres, dans des garages, des magasins, des caves, des grottes, des cathédrales, des maisons.

5) Par conséquent, dans toutes ces situations culturelles différentes, les responsables de l'Église devraient sérieusement réfléchir et prier afin de peser le pour et le contre du lieu, compte tenu de la nature et des objectifs de l'Église, et décider s'ils doivent limiter leurs réunions aux maisons, louer, acheter ou construire un local. Et nous devrions être très prudents dans nos jugements sur les décisions prises, car Dieu, me semble-t-il, a manifesté de grands réveils et une croissance massive de l'Église, que celle-ci dispose ou non de bâtiments.  Il n’est pas limité de cette manière, et malheur à la confession ou au mouvement qui prétend que l’architecture, les bâtiments, l’emplacement sont la clé de la dynamique de la propagation toute-puissante du royaume de Dieu.

6) Enfin, dernière observation : quelles que soient les limitations culturelles, il est très difficile de trouver un local dans le centre de San Francisco, à Vancouver ou à Manhattan, car il faut débourser un million de dollars pour un espace minuscule. Et, justement, j'ai lu ce matin, en priant pour Operation World, qu'en Libye, une loi interdit tout rassemblement religieux de plus de six personnes. C'est très contraignant, et vous n'êtes pas obligé de respecter cette loi puisqu'elle n'est pas biblique, mais vous pourriez souhaiter la respecter et ainsi diffuser l'Évangile.

Ainsi, quelles que soient les limitations culturelles, financières ou juridiques, il est merveilleux, pertinent et utile que les églises locales puissent trouver à la fois de petits moments de partage et de service mutuel, un ministère les uns envers les autres, et des rassemblements plus importants pour le culte, l'encouragement et le témoignage.  Et je pense qu'il est significatif qu'Actes 5:42 dise : « Chaque jour, dans le temple et dans les maisons, ils ne cessaient d'enseigner et d'annoncer que le Christ est Jésus », ce qui semble impliquer qu'il y avait très tôt le besoin d'organiser des rassemblements à la fois plus grands et plus petits.

j’aimerais conclure en revenant aux paroles de John Piper qui relativisent semble trop relativiser le mouvement des House Churches:

Il dit:

“Dieu, me semble-t-il, a manifesté de grands réveils et une croissance massive de l'Église, que celle-ci dispose ou non de bâtiments.
“(Dieu)n’est pas limité de cette manière, et malheur à la confession ou au mouvement qui prétend que l’architecture, les bâtiments, l’emplacement sont la clé de la dynamique de la propagation toute-puissante du royaume de Dieu.”

Je répondrai avec un appel au discernement prophétique des temps. Howard Snyder, dans son livre provocateur Radical Renewal: The Problem of Wineskins Today, propose que l’Église adopte l’ecclésiologie radicale du premier siècle afin d’impacter le monde avec le message transformateur de l’Évangile.

« Une conception biblique de l’Église montrera clairement que l’Église est essentielle à l’Évangile, car elle est le corps du Christ », écrit Snyder.
« En même temps, il sera clair que les institutions et structures humaines ne sont pas elles-mêmes l’Église ; elles ne sont pas sacrées. Nous vivons une époque où les chrétiens doivent être clairs sur ce qu’est l’Église et sur ce qu’elle n’est pas. Tout comme de nombreux faux christs apparaîtront dans les derniers jours, de nombreuses “églises” contrefaites et apostates joncheront le paysage spirituel. L’Église doit être prête, à la fois en tant que personnes et en tant que communauté chrétienne, à subir le fouet de la persécution et l’attrait de l’antéchrist. Cela signifie la nécessité d’une clarté doctrinale et d’une communauté authentique : à la fois l’orthodoxie de la foi et l’orthodoxie de la communauté. Sous la menace de la persécution, la vie en communauté devient à la fois plus difficile et plus essentielle. D’où la priorité de structures flexibles, mobiles, discrètes et non centrées sur des bâtiments. »

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NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.

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