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PATRICK : l’homme qui retourna évangéliser ses anciens ravisseurs

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Il s’agit de l'homme qui avait été arraché à sa famille et réduit en esclavage mais a choisi de retourner auprès de ses anciens ravisseurs pour leur annoncer l'Évangile.

Cinq histoires médiévales les plus captivantes pour apprendre, réfléchir et grandir

Certains pensent au Moyen Âge comme à une période sans importance. Elle est longue, reste méconnue et surtout, elle l’est de la grande majorité des protestants. Nous sommes fils et filles de la Réforme : pourquoi revisiter vraiment CETTE PÉRIODE OBSCURE ?
Octobre est notre mois sur la Réforme protestante, qui nous conduit vers la date historique du 31 octobre. Mais avant cela, et en anticipation, je vais vous raconter cinq histoires médiévales, parmi les plus belles, les plus touchantes et les plus captivantes, en vue de nous informer historiquement, de nous instruire ministériellement et de nous faire réfléchir personnellement.

06 Octobre 2026
Christ toujours avec moi, Christ devant moi,
Christ derrière moi, Christ en moi,
Christ au-dessous de moi, Christ au-dessus de moi,
Christ à ma droite, Christ à ma gauche,
Christ dans toute sa largeur, dans toute sa longueur et dans toute sa profondeur,
Christ dans le cœur de tout homme qui pense à moi,
Christ dans la bouche de tout homme qui parle de moi,
Christ dans les yeux de tous ceux qui me regardent,
Christ dans les oreilles de tous ceux qui m’entendent.

Nous connaissons probablement tous ces paroles sans savoir qui les a prononcées. Elles sont traditionnellement attribuées à Patrick. Pourtant, lorsqu’on découvre leur auteur et que l’on comprend que toute sa vie fut une humble quête de cette présence du Christ et une expression de ce désir, chaque mot prend une signification et un poids nouveaux. Aujourd’hui, notre quatrième belle histoire du Moyen Âge nous conduit à la rencontre de Patrick, ce missionnaire celte qui, au Ve siècle, contribua à évangéliser l’Irlande avec passion et puissance. Certains le considèrent comme l’un des plus grands missionnaires de toute l’histoire de l’Église, après l’apôtre Paul.

Patrick : une identité complexe

Patrick est né dans la province romaine de Bretagne, dans l’actuelle Grande-Bretagne, vers la fin du IVe siècle. Certains historiens situent sa naissance autour de l’an 385. La date exacte de sa mort demeure également incertaine : certaines sources avancent les années 461 ou 464.

Il était issu d’une famille chrétienne relativement aisée et influente. Son père, Calpurnius, occupait une position importante dans la société et dans l’Église. Il est présenté à la fois comme un sénateur, un collecteur d’impôts et un diacre. Son grand-père, Potitus, appartenait lui aussi au clergé ; certaines sources le présentent comme un prêtre.

Malgré cet environnement chrétien, Patrick reconnaît lui-même que, durant sa jeunesse, il ne manifestait aucun désir particulier de mener une vie profondément consacrée à Dieu. Il bénéficiait des privilèges d'une famille aisée et menait une existence plutôt insouciante. Contrairement à beaucoup de jeunes de sa classe sociale, il n'avait pas reçu une formation intellectuelle poussée. Même sa maîtrise du latin demeurait assez rudimentaire.

Une autre précision mérite d'être soulignée : Patrick n'était ni Irlandais ni catholique romain au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Il était Britannique de naissance et appartenait à l'Église chrétienne de tradition celtique, qui n'était pas encore soumise à la domination de l'Église de Rome. Les chrétiens de ces régions considéraient leur Église comme indépendante de l'autorité de l'évêque de Rome. On ignore exactement à quel moment le christianisme a fait son apparition dans les îles Britanniques. Cependant, vers la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle, le christianisme y était déjà bien implanté. Ce sont probablement des marchands qui y introduisirent les premières formes de christianisme au cours du IVe siècle.

Le christianisme celtique possédait des caractéristiques qui le distinguaient de l'Église officielle de Rome. Il était considéré comme l'un des derniers témoins d'une tradition chrétienne ancienne, dans laquelle les miracles et les manifestations de la puissance de Dieu occupaient encore une place importante.

Parmi les pratiques qui lui sont attribuées, on peut relever les suivantes :

  • Le baptême des croyants adultes plutôt que celui des nourrissons.
  • Le refus de prier Marie et de reconnaître l'autorité du pape de Rome.
  • La possibilité pour les membres du clergé de se marier et d'élever des enfants.
  • L’Église celtique cherchait ainsi à préserver ce qu'elle considérait comme la simplicité de la foi apostolique, tandis que d'autres courants du christianisme connaissaient des compromis avec certaines pratiques païennes, notamment à la suite de ladite « conversion »de l’empereur Constantin au christianisme. Malheureusement, cette tradition celtique finit progressivement par se rapprocher des pratiques romaines. Le synode de Whitby, en 664, marqua une étape importante de ce processus. Désireux de renforcer les liens avec l'ensemble de la chrétienté, les responsables de l'Église en Bretagne choisirent de s'aligner davantage sur les usages de Rome. Ce rapprochement contribua profondément à transformer, puis à faire disparaître progressivement, les particularités du christianisme celtique.

    Patrick naquit, grandit et œuvra presque deux siècles avant ce malheureux shift de l’Eglise celtique. Il faut admettre que dans son enfance, rien ne laissait présager qu'il deviendrait un jour l'instrument d'une transformation spirituelle aussi importante. Sa vocation allait naître dans des circonstances particulièrement douloureuses.

    L'adolescent captif : quand la providence se sert de l'épreuve

    Bien que Patrick soit né dans une famille chrétienne, nous avons déjà vu qu'il ne possédait pas encore de relation personnelle profonde avec Dieu. À l'âge de seize ans, sa vie bascula brutalement. Des pirates irlandais attaquèrent sa région, le capturèrent avec plusieurs autres habitants et l'emmenèrent de force en Irlande. Il y fut réduit en esclavage pendant six longues années. Et c’est là qu’il rencontra Dieu. Mais avant d’aller plus loin, permettez moi de replacer cette capture dans son contexte politique.

    À cette époque, l'Irlande n'avait jamais été intégrée à l'Empire romain. Patrick, lui, était né aux frontières occidentales de cet empire, dans une localité britannique appelée Bannavem Taburniae, dont l'emplacement exact demeure incertain. Elle est parfois située dans la région comprise entre Dumbarton et Glasgow, dans l'actuelle Écosse.

    En 55 av. J.-C., l'Empire romain avait commencé à conquérir une grande partie du territoire de l'actuelle Angleterre, alors appelé Bretagne. Les armées romaines étaient dirigées par Jules César, qui commandait également les forces romaines en Gaule, correspondant à l'actuelle France. Les Celtes, un peuple que les Romains considéraient comme barbare, avaient combattu les Romains en Gaule et reçu le soutien de leurs compatriotes établis en Bretagne. C'est notamment pour cette raison que Jules César décida d'attaquer les Celtes de Bretagne.

    Depuis les conquêtes romaines en Bretagne, les légions avaient maintenu une présence militaire importante sur ce territoire pendant plus de quatre siècles. Elles protégeaient notamment les habitants contre les incursions des peuples du nord, particulièrement les Scots et les Pictes.

    Cependant, au Ve siècle, l'Empire romain d'Occident traversait une crise profonde. Des peuples germaniques et diverses tribus, notamment les Goths, les Vandales et les Anglo-Saxons, envahissaient ses territoires et contribuaient à son affaiblissement. En 410 apr. J.-C., Rome elle-même fut mise à sac par les Wisigoths.

    Face à ces menaces, les autorités impériales rappelèrent progressivement les troupes stationnées en Bretagne afin de protéger les territoires plus proches de Rome et de l'Italie. La Bretagne se retrouva ainsi de plus en plus vulnérable. Le départ des légions romaines eut des conséquences dramatiques pour les populations locales. Les Pictes et les Scots multiplièrent leurs incursions depuis le Nord, tandis que les pirates irlandais intensifièrent leurs attaques le long des côtes occidentales.

    C'était une période de grande insécurité pour les habitants de la Bretagne. Les envahisseurs arrivaient par la mer, débarquaient sur les plages et organisaient de véritables opérations de capture. Ils installaient parfois de grands filets entre leurs embarcations afin d'empêcher les populations de s'échapper. Les habitants étaient alors pourchassés et conduits vers les bateaux, où ils étaient emmenés comme esclaves.

    C'est dans ce contexte qu'un groupe de pirates irlandais débarqua un jour près du village de Patrick, à Bannavem Taburniae. Au milieu des maisons incendiées et des cris des femmes, le jeune Patrick fut capturé avec des centaines d'autres personnes. Les pirates les ligotèrent et les entassèrent dans leurs embarcations. Ils ne pouvaient évidemment pas imaginer que, parmi les esclaves et les trésors qu'ils emportaient, se trouvait un homme qui reviendrait un jour dans leur pays pour annoncer l'Évangile à leurs compatriotes. Patrick fut transporté dans l'ouest de l'Irlande, loin des côtes britanniques, où il allait connaître six années d'esclavage. Ce qui semblait être la fin de sa liberté allait pourtant devenir le commencement d'une transformation spirituelle profonde.

    Six années d'esclavage : la naissance d'un cœur nouveau

    Après son enlèvement, Patrick fut vendu comme esclave à un chef irlandais qui le chargea de garder ses troupeaux de moutons. Il dut vivre dans un environnement rude, au milieu du froid, de la pluie et de l'humidité, avec pour seuls vêtements ceux qu'il portait sur lui.

    Pendant ces six années de captivité, il travailla comme berger. Mais c'est précisément dans cette solitude, au milieu des montagnes et des forêts, que sa foi allait prendre une nouvelle dimension.

    Dans son récit autobiographique, intitulé Confession, Patrick revient sur cette période décisive :

    « Le Seigneur ouvrit mon cœur à la réalité de mon incrédulité, afin que je me souvienne enfin de mes péchés et que je me convertisse de tout mon cœur au Seigneur mon Dieu. Il eut compassion de ma condition misérable, de mon ignorance et de ma jeunesse. »

    C'est donc au milieu de ses souffrances, alors qu'il gardait les troupeaux de son maître, que sa foi prit véritablement vie. Celui qui avait grandi dans une famille chrétienne sans manifester d'intérêt particulier pour Dieu découvrit progressivement la profondeur d'une relation personnelle avec lui.

    La prière devint son refuge et sa principale source de force. Patrick raconte qu'il priait avec une régularité et une intensité remarquables :

    « En une seule journée, je pouvais réciter jusqu'à cent prières et, après la tombée de la nuit, presque autant. Je priais même lorsque je restais dans les bois ou sur la montagne. Je me réveillais avant l'aube pour prier, malgré la neige, le gel et la pluie. »

    Ainsi, les longues heures passées à garder les moutons devinrent pour lui des occasions de communion avec Dieu. La solitude qui aurait pu le détruire devint progressivement une école de prière et de consécration. Pendant cette période, Patrick apprit également à maîtriser la langue irlandaise et à mieux connaître la culture du peuple parmi lequel il vivait. Sans le savoir, il se préparait déjà à une mission qu'il n'imaginait probablement pas encore.

    Six années s'écoulèrent ainsi. Mais un jour, alors qu'il était toujours en captivité, un événement allait bouleverser une nouvelle fois son existence. Il entendit une voix lui annoncer que le moment de retrouver sa liberté était arrivé.

    De la fuite à l'appel : quand Dieu transforme le captif en missionnaire

    Après six années d'esclavage, Patrick reçut une parole intérieure qui l'encourageait à rentrer chez lui. Dans son récit, il rapporte avoir entendu une voix mystérieuse lui dire :

    « Tes prières ont été exaucées. Tu rentres chez toi. Regarde, ton bateau est prêt. »

    Cette annonce était surprenante. Patrick se trouvait à l'intérieur des terres, loin de la mer. Où pourrait-il trouver un bateau ? Pourtant, il décida de faire confiance à cette parole et prit immédiatement la route.

    Il entreprit alors un voyage d'environ 200 miles, soit plus de 300 kilomètres, à pied, en territoire inconnu. Il était un esclave fugitif, exposé au risque d'être repris à tout moment. Malgré cela, il poursuivit son chemin jusqu'à atteindre une crique où se trouvait effectivement un bateau.

    Il s'agissait d'un navire dont l'équipage se préparait à rejoindre la Gaule, dans l'actuelle Europe occidentale. Les marins transportaient notamment des chiens de chasse irlandais qu'ils comptaient vendre sur le continent. Patrick demanda au capitaine de l'emmener avec eux. Mais celui-ci le regarda avec méfiance et refusa d'abord sa demande. La situation semblait désespérée. Le jeune fugitif n'avait nulle part où se cacher et risquait d'être rapidement capturé.

    Il ne lui restait qu'une chose à faire : prier. Quelque temps après, les marins le rappelèrent et lui dirent : « Monte à bord, nous allons te faire confiance. »

    Ce voyage marqua une nouvelle étape dans la vie de Patrick. La confiance en Dieu, la foi qui apprend à suivre sa direction sans connaître tous les détails du chemin et, surtout, l'amour pour ses semblables allaient désormais caractériser son ministère.

    Lorsque Patrick et les marins arrivèrent en Gaule, ils découvrirent un paysage désolé. Les terres, habituellement fertiles, semblaient avoir été ravagées par les invasions germaniques. L'équipage se retrouva rapidement sans nourriture. Les marins étaient affamés et désespérés.

    Le capitaine se tourna alors vers Patrick avec une certaine ironie et lui demanda pourquoi il ne faisait pas appel à son Dieu pour leur venir en aide.

    Sans hésiter, Patrick lui répondit :

    « Du fond de votre cœur, tournez-vous avec confiance vers le Seigneur mon Dieu, car rien ne lui est impossible. »

    Les marins suivirent son conseil. Peu de temps après, ils aperçurent un troupeau de porcs qui venait dans leur direction. Cette découverte leur procura la nourriture dont ils avaient tant besoin.

    Finalement, Patrick parvint à retourner en Bretagne et retrouva sa famille. Après tant d'années de séparation, il était de nouveau libre.

    Il aurait pu choisir de mener une vie tranquille auprès des siens, loin des dangers qu'il venait de connaître. Mais Dieu lui réservait une mission inattendue. Celui qui avait été arraché à sa famille par les Irlandais allait bientôt entendre un nouvel appel : retourner dans ce même pays, non plus comme esclave, mais comme missionnaire de l'Évangile.

    Le retour en Irlande : l'esclave devenu missionnaire

    Après son retour auprès de sa famille, Patrick reçut un appel particulier à évangéliser l'Irlande. Cette vocation lui fut confirmée à travers une vision qui rappelle celle de l'apôtre Paul à Troas, lorsqu'un Macédonien lui demanda de venir secourir son peuple (Actes 16.9).

    Patrick raconte cette expérience dans sa Confession :

    « Une nuit, j'eus dans un rêve la vision d'un homme qui semblait venir d'Irlande. Il s'appelait Victoricius et portait de nombreuses lettres. Il m'en remit une que je lus à haute voix. Elle commençait par ces mots : “La voix des Irlandais.” Au moment où je commençais à lire, il me sembla entendre les voix de ceux qui habitaient près de la forêt de Foclut. Ils criaient d'une seule voix : “Nous t'en supplions, saint serviteur de Dieu, viens marcher de nouveau parmi nous.” J'en fus profondément bouleversé et je ne pus poursuivre ma lecture. Je me réveillai alors. »

    Cette vision bouleversa Patrick. Il comprit qu'il était appelé à retourner auprès de ce peuple qui l'avait autrefois réduit en esclavage. Mais avant de partir, il devait se préparer au ministère. Il désirait approfondir sa connaissance de la foi chrétienne qui l'avait soutenu pendant ses années de captivité, afin de mieux servir ceux auprès desquels il allait retourner.

    Comme une personne aujourd'hui qui répond à un appel au ministère en entreprenant une formation théologique, Patrick se rendit dans le Sud de la France. Il étudia pendant environ douze années dans un monastère. Il y reçut une formation biblique et théologique approfondie, avant d'être finalement ordonné évêque.

    Sa décision de retourner en Irlande était particulièrement courageuse. Il savait qu'il s'exposait à de nombreux dangers. Mais il était prêt à tout accepter pour accomplir la mission que Dieu lui avait confiée. Il aurait déclaré :

    « Je suis prêt à être tué, livré à l'esclavage ou à subir tout ce qui pourra m'arriver, pourvu que ce soit pour le nom de Dieu. »

    L'Irlande dans laquelle Patrick allait revenir était profondément marquée par les pratiques religieuses polythéistes des druides. Ces derniers adoraient plusieurs divinités associées aux éléments de la nature : le soleil, l'eau, la terre et bien d'autres forces naturelles.

    La société irlandaise était également organisée autour d'une hiérarchie religieuse et sociale comprenant notamment les prêtres, les novices, les bardes et les devins. Les druides exerçaient une influence considérable. Ils pratiquaient des rites religieux, maîtrisaient différents domaines du savoir, notamment le droit et l'histoire, et jouaient un rôle important auprès des rois irlandais.

    Ils constituèrent ainsi l'une des principales oppositions au ministère de Patrick.

    La tradition irlandaise associe également son nom à l'expulsion des serpents hors d'Irlande. Cette légende pourrait être liée à son opposition vigoureuse aux pratiques religieuses des druides, notamment au culte des serpents, appelé ophiolâtrie, qui était répandu dans plusieurs sociétés anciennes. Patrick combattit les pratiques païennes et les formes d'adoration des serpents et des démons auxquelles certains druides et leurs adeptes s'adonnaient. Au fil du temps, la tradition populaire associa son combat contre ces pratiques à l'histoire selon laquelle il aurait chassé tous les reptiles d'Irlande.

    Patrick consacra les trente années suivantes à l'évangélisation de l'Irlande. Il prêchait, enseignait, baptisait les nouveaux convertis et établissait des responsables pour encadrer les communautés chrétiennes. Son ministère fut également associé à de nombreux miracles, notamment des guérisons et des résurrections. Selon la tradition, il aurait même ramené à la vie les enfants du roi Alphimus. Cette intervention aurait conduit le roi, les nobles et une grande partie de la population à recevoir Jésus-Christ et à se faire baptiser.

    Dans sa stratégie missionnaire, Patrick accordait une attention particulière aux rois des différentes tribus. Il comprenait que la conversion d'un roi pouvait avoir une influence considérable sur l'ensemble de son peuple. Il s'employait également à former les fils des rois convertis afin qu'ils puissent, à leur tour, servir dans le ministère chrétien. Son œuvre missionnaire aurait finalement conduit à la fondation de près de 700 églises à travers l'Irlande. Il contribua également à la création de communautés chrétiennes et de monastères qui devinrent, par la suite, d'importants centres de formation et de rayonnement missionnaire.

    Mais l'histoire de Patrick ne s'arrête pas à sa propre génération. Son ministère allait donner naissance à une tradition missionnaire dont l'influence dépasserait largement les frontières de l'Irlande.

    L'héritage de Patrick : une Église qui continue de répandre l'Évangile

    Patrick fut un homme d'une foi remarquable, animé par un courage exceptionnel et un profond zèle pour l'Évangile. Sa vie transforma profondément l'Irlande et contribua au développement du christianisme celtique. Son ministère posa des fondations importantes pour l'évangélisation de l'Irlande et pour le rayonnement ultérieur du christianisme celtique en Europe.

    Patrick devint un modèle pour les chrétiens celtiques qui lui succédèrent. Sa vie était marquée par une prière constante, une profonde communion avec Dieu et un amour particulier pour les Écritures. Il possédait également une imagination poétique riche, restait attentif aux rêves et aux visions et manifestait une grande sensibilité à la beauté de la création. Son exemple inspira des centaines de moines celtiques qui, à son image, quittèrent leur pays pour annoncer l'Évangile en Écosse, en Angleterre et dans différentes régions de l'Europe continentale.

    L'influence de Patrick sur l'Irlande fut considérable même sur le plan social. Progressivement, les conflits entre les différentes tribus diminuèrent et des monastères furent établis. Il s’opposa également contre l’esclavage.

    Alors que l'Empire romain d'Occident se désintégrait et que l'Europe traversait une période de profond bouleversement, l'Irlande devint l'un des foyers importants de préservation et de transmission de la culture chrétienne à travers les monastères qu’il avait établi et Columba après lui. Ces communautés devinrent des lieux importants où les Écritures étaient étudiées, conservées, copiées et transmises aux générations suivantes.

    Patrick avait contribué à établir une tradition chrétienne suffisamment dynamique pour que ses successeurs puissent poursuivre l'œuvre missionnaire bien au-delà de l'Irlande. Columba, notamment, joua un rôle majeur dans ce prolongement de la mission celtique. Columba fonda plus de 300 communautés chrétiennes et établit une importante communauté missionnaire sur l'île d'Iona, en Écosse. Ce centre devint associé au mouvement des Culdees, une tradition de communautés chrétiennes consacrées à la formation et à la mission.

    Ces communautés se distinguaient par certaines pratiques particulières. Leurs membres pouvaient se marier et élever des enfants. Ils étudiaient les Écritures en hébreu et en grec, achetaient parfois des esclaves pour les libérer et les intégrer à la mission chrétienne, et annonçaient l'Évangile aux Scots et aux Pictes. À partir de ces centres, la mission chrétienne poursuivit son expansion. Des communautés furent établies en Grande-Bretagne et dans différentes régions de l'Europe. Des bibliothèques et des centres de copie des manuscrits, appelés scriptoria, furent également fondés, jusque dans les régions Alpines.

    L'histoire de Patrick et celle des missionnaires celtiques qui lui succédèrent, notamment Columba, nous rappellent ainsi la portée durable d'un ministère fidèle, enraciné dans les Écritures, nourri par une vie de dévotion personnelle et animé par l'obéissance à l'appel de Dieu.

    L'homme qui avait été arraché à sa famille et réduit en esclavage avait choisi de retourner auprès de ses anciens ravisseurs pour leur annoncer l'Évangile. Son histoire nous rappelle que Dieu peut transformer les épreuves les plus douloureuses en instruments de sa grâce et faire de nous des puissants messagers de la liberté en Jésus-Christ.

    SOURCES

    L’histoire de Patrick est difficile à relater puisqu’il est souvent difficile de faire la différence entre mythes, légendes, traditions et faits. Tout ceci sert à prouver que nous sommes devant un homme dont la vie fut tant riche, unique et extraordinaire.

    La source principale du récit autobiographique portant notamment sur sa conversion, ses années d'esclavage, sa vie de prière et son appel missionnaire en Irlande reste : Patrick de Bretagne, Confession (Confessio).

  • Patrick, Saint. The Confession of Saint Patrick: The Classic Text in New Translation. Translated by John Skinner. New York, 1998.
  • Je n’ai pas eu accès à ce livre. Mais j’ai utilisé la version en ligne de la Confession sur le site St. Patrick's Confessio, associé à la Royal Irish Academy,PATRICK, Saint, The Confessio of Saint Patrick, traduction anglaise de Pádraig McCarthy, St. Patrick's Confessio, Royal Irish Academy, Dublin, 2011. Disponible en ligne (consulté le 4 octobre 2026).

  • Cagney, Mary, « Patrick the Saint », Christian History Magazine, no 60, How the Irish Were Saved, Christian History Institute, 1998.
  • Christian History Institute (CHI), ressources historiques et biographiques consacrées à saint Patrick et à l'histoire du christianisme celtique.
  • author-prof

    NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

    NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

  • Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
  • Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
  • UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
  • IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
  • Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

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