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Repenser une célèbre citation de C. S. Lewis

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“Cela ne coûte rien à Dieu, autant que nous le sachions, de créer de belles choses, mais convertir des volontés rebelles lui a coûté la crucifixion. “ C. S Lewis

09 Février 2026

Je n’ai jamais été un « réformé » au sens conventionnel du terme. Certains seraient sans doute fondés à remettre en question mon appartenance aux soi-disant « élus ». Je ne serais même pas surpris si l’on me refusait l’étiquette respectable de « réformé ». L’histoire nous rappelle que plusieurs des grands penseurs qui ont profondément renouvelé la théologie furent justement ceux qui refusaient les classifications faciles, qui résistaient aux cadres rigides, qui pensaient au-delà des frontières établies et qui affrontaient le monde avec un courage intellectuel rare. Souvent, ils laissaient aux générations suivantes le soin de décider où les situer. Soren Kierkegaard, Paul Tillich, Blaise Pascal, John Stott, Karl Barth et C. S. Lewis en faisaient partie. Je lis actuellement Reinold Niebuhr, et je dois avouer combien il est humiliant, une fois encore, de mesurer ma propre petitesse intellectuelle face à de tels esprits.

Tout cela pour dire que ma décision d’analyser aujourd’hui l’une des citations célèbres de C. S. Lewis n’est pas motivée par le désir de paraître « plus réformé » ou de défendre une étiquette théologique. Il s’agit plutôt d’une invitation à une réflexion attentive, pour notre édification mutuelle. Examinons cette phrase ensemble, avec honnêteté et respect.

Une citation ambiguë

La citation est tirée du livre Mere Christianity de CS Lewis :

« Cela ne coûte rien à Dieu, autant que nous le sachions, de créer de belles choses, mais convertir des volontés rebelles lui a coûté la crucifixion. »
Book IV Chap 10. Dans les versions plus récentes la citation se trouve sur la page 212.

CS Lewis fut sans aucun doute un apologète brillant et un écrivain hors pair. Toutefois, dans certains domaines, il ne fut pas un théologien dogmatique rigoureux. Il ne souhaitait pas être enfermé dans des catégories réformées strictes, et ses formulations étaient parfois volontairement larges, imaginatives, voire imprécises. Son langage théologique visait souvent l’impact spirituel plus que la précision doctrinale. Et peut-être ne s’en souciait-il pas.

Nous pouvons profondément apprécier le génie spirituel de Lewis tout en reconnaissant que ses termes manquent parfois de rigueur technique. La question n’est pas de savoir s’il était sincère, il l’était manifestement, mais si cette manière de s’exprimer est toujours théologiquement juste lorsqu’on l’examine attentivement.

L’œuvre de Dieu comporte-t-elle des degrés de difficulté ?

Si l’on prend la déclaration de Lewis sans esprit critique, elle peut laisser entendre que certaines actions divines exigeraient plus d’effort, plus d’énergie ou plus de difficulté que d’autres. La création serait alors relativement « facile », tandis que la conversion serait « coûteuse » et laborieuse.

La théologie chrétienne classique a toujours rejeté une telle idée. Augustin écrivait :

« Dieu ne se fatigue pas en agissant, et ne se lasse pas en commandant. »
(La Cité de Dieu, XII, 17)

Thomas d’ Aquin affirmait de même :

« En Dieu, il n’y a aucune différence de puissance dans l’action. »
(
Somme Théologique I, 25, 3)

Pour ces théologiens, Dieu ne lutte pas, ne peine pas et ne s’épuise pas dans son action. L’omnipotence divine n’est pas un réservoir qui peut se vider. Dieu ne trouve jamais une tâche plus difficile qu’une autre. Parler de « difficulté » divine, c’est donc projeter sur le Créateur infini nos  propres limites humaines.

Création et régénération : l’une plus difficile que l’autre ?

La citation de Lewis semble opposer l’œuvre de Dieu dans la création à son œuvre dans la régénération. La création ne lui coûterait rien, tandis que la conversion lui coûterait la croix.

Mais l’Écriture elle-même refuse d’établir une telle comparaison.

L’apôtre Paul écrit :

« Car Dieu, qui a dit : Que la lumière brille du sein des ténèbres, a fait briller la lumière dans nos cœurs… » (2 Corinthians 4:6)

Ici, la régénération est explicitement comparée à l’acte créateur originel. La même voix qui fit jaillir la lumière du néant fait jaillir la vie spirituelle de la mort.

Thomas d’Aquin l’exprimait ainsi : « Pour Dieu, l’acte de créer et l’acte de justifier sont égaux en puissance. » Jonathan Edwards écrivait :

La puissance qui crée l’univers à partir de rien est la même qui crée un cœur nouveau. (Miscellanies, no. 1267)

Lorsque nous comprenons correctement la simplicité et l’omnipotence divines, nous réalisons que Dieu n’agit ni avec effort, ni avec résistance, ni avec lutte intérieure. Il n’existe aucune échelle de difficulté dans ses œuvres. Tout procède naturellement de son être infini.

Francis Turretin écrivait :

« Aucune œuvre de Dieu n’est plus difficile qu’une autre, car toutes procèdent de la même puissance infinie. »
(Institutes of Elenctic Theology)

Pour la théologie réformée classique, création et conversion ne se distinguent donc pas par des degrés d’effort divin. Elles sont toutes deux des expressions également aisées de la même omnipotence divine.

Ce qu’est réellement la conversion

Un problème plus profond apparaît lorsque la conversion est décrite comme le fait pour Dieu de « surmonter » la résistance humaine, comme si le salut relevait de la persuasion ou d’une victoire sur des volontés obstinées.

Dans l’Écriture et dans la théologie réformée, la régénération n’est pas une persuasion. C’est une résurrection.

Dieu n’essaie pas de sauver. Il sauve.

Il ne discute pas avec la volonté pour la soumettre. Il la recrée.

Il ne vainc pas la résistance. Il la remplace.

La régénération n’est pas une contrainte. C’est une nouvelle création.

La grâce n’est pas réactive. Elle est créatrice.

La volonté n’est pas changée par la persuasion mais par l’influence immédiate de Dieu.

La conversion n’est pas Dieu luttant contre la liberté humaine jusqu’à remporter la victoire. C’est Dieu donnant la vie là où il n’y avait que la mort.

John Owen exprimait ce mystère ainsi :

Dieu agit de manière irrésistible, mais avec douceur ; puissamment, mais sans violence.

Le langage du « coût » et la métaphore biblique

L’Écriture utilise fréquemment un langage économique et sacrificiel : prix, rançon, achat, coût. Ces métaphores sont riches et profondes. Mais elles ne doivent pas être poussées au-delà de leur intention.

Dieu n’est pas affecté par les événements. Il ne subit rien. Il ne connaît ni perte ni épuisement. Lorsque la Bible parle de « prix » et de « coût », elle parle de manière analogique, depuis l’intérieur de l’histoire humaine, et non depuis l’intérieur de l’essence éternelle de Dieu.

L’action divine ne consomme pas l’énergie divine.

La rédemption est-elle « plus grande » que la création ?

En un sens, la rédemption révèle l’amour de Dieu plus pleinement que la création. La croix dévoile des profondeurs de miséricorde que la nature seule ne pourrait jamais manifester. Mais cela ne doit pas être compris en termes de difficulté divine.

La rédemption n’est pas plus « difficile » pour Dieu que la création.

Herman Bavinck affirmait :

« En Dieu, il n’y a ni augmentation ni diminution de puissance. Toutes ses œuvres lui sont également faciles. »
(Reformed Dogmatics, vol. 2)

Il ajoutait :

« La création et la re-création ne diffèrent pas par la puissance, mais par le but et par la révélation. »
(Reformed Dogmatics, vol. 3)

Cette distinction est fondamentale.

La création et la conversion procèdent toutes deux de la même volonté omnipotente de Dieu. Aucune ne l’épuise. Aucune ne le fatigue. Aucune ne lui coûte de la puissance.

Mais dans la rédemption, Dieu révèle — dans le temps et dans l’histoire — la profondeur insondable de son amour éternel.

La croix n’est pas la mesure de la difficulté de Dieu. Elle est la mesure de sa miséricorde.

La rédemption est « coûteuse » non pas dans l’être de Dieu, mais dans sa révélation historique.

La croix ne révèle pas l’effort de Dieu. Elle révèle son amour.

Elle ne montre pas Dieu luttant. Elle montre Dieu s’abaissant.

Elle ne manifeste pas une faiblesse divine. Elle manifeste une condescendance divine.

Le « coût » réside dans la forme que Dieu a choisie de prendre dans l’histoire : incarnation, humiliation, souffrance, mort. Il réside dans la visibilité de l’amour divin dans un monde déchu.

La rédemption est coûteuse dans l’économie de la révélation, non dans l’ontologie de Dieu.

Un bénéfice du doute au “Génie d’Oxford”

C.S. Lewis a raison s’il préfère un langage imprécis pour nous montrer qu’en Christ, Dieu entre dans sa propre création brisée et qu’il ne la répare pas à bon marché. Il en porte le poids moral. Il en assume la malédiction. Il en prend les conséquences.

La croix, ce n’est pas Dieu luttant pour sauver.

C’est Dieu se donnant librement.

C’est Dieu choisissant d’aimer jusqu’au bout.

Mais le langage du « coût » devient dangereux lorsqu’il glisse vers le langage de l’effort. Lorsqu’il en est ainsi, il affaiblit involontairement l’enseignement classique sur la perfection divine. À cet égard, la formulation de Lewis est malheureuse.

Bien comprise, la rédemption ne révèle pas un Dieu qui peine à sauver, mais un Dieu qui sauve avec une puissance sans effort et une compassion infinie. Et peut-être est-ce là la vérité la plus profonde derrière l’intuition de Lewis : non pas que la conversion coûte davantage à Dieu, mais que la rédemption révèle davantage Dieu.

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NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.

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