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THAÏS : DU PÉCHÉ À LA GRÂCE

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L’Histoire de Thaïs est celle d’une pécheresse du IVᵉ siècle après Jésus-Christ qui, à l’instar de Marie-Madeleine auprès de Jésus, appartient à cette catégorie de femmes, qui après avoir plongé dans une vie de péchés et de souillures se repentent, puis sont pardonnées, restaurées et réhabilitées par la grâce au moyen de la foi

Cinq histoires médiévales les plus captivantes pour apprendre, réfléchir et grandir

Certains pensent au Moyen Âge comme à une période sans importance. Elle est longue, reste méconnue et surtout, elle l’est de la grande majorité des protestants. Nous sommes fils et filles de la Réforme : pourquoi revisiter vraiment CETTE PÉRIODE OBSCURE ?
Octobre est notre mois sur la Réforme protestante, qui nous conduit vers la date historique du 31 octobre. Mais avant cela, et en anticipation, je vais vous raconter cinq histoires médiévales, parmi les plus belles, les plus touchantes et les plus captivantes, en vue de nous informer historiquement, de nous instruire ministériellement et de nous faire réfléchir personnellement.

22 Septembre 2026

L’histoire d’aujourd’hui est un peu particulière, car ma fille aînée porte le nom de Thaïs. Il arrive qu’elle me demande ce que ça signifie vraiment. Quand je n’ai pas le temps je lui donne la plus courte version, celle qui découle de l’étymologie grecque. Je lui dis qu’il s’agit d’un nom grec qui signifie « belle et admirable ». Puis j’ajoute rapidement que ce prénom a été associé à des femmes alliant beauté d'esprit et beauté physique exceptionnelle.

Si j’ai un peu plus de temps, je lui parle du nom de Thaïs du point de vue de l’histoire profane des Grecs. Au IVe siècle av. J.-C., une courtisane nommée Thaïs accompagna Alexandre le Grand à la guerre et pénétra en Perse. On raconte qu'elle mena avec bravoure le contingent de Grecs qui prit d'assaut le palais du roi Xerxès que la Bible appelle Assuérus dans le livre d’Esther.

Par la suite, à la mort d'Alexandre le Grand, elle devint la maîtresse de Ptolémée, le grand général d'Égypte, et lui donna trois enfants.

Cependant, quand j’ai vraiment du temps, je lui raconte souvent ma version préférée, qui est celle qui associe le nom de Thaïs, aux traditions chrétiennes des Pères du désert au IVe siècle après Jésus Christ. Et vous ? Allez-vous m’accorder quelques minutes pour que je vous raconte l’histoire d’une pécheresse devenue sainte ?

Thaïs dans la tradition des Pères et Mères du désert

Les Pères et les Mères du désert étaient des chrétiens mystiques qui ont vécu aux IVᵉ et Vᵉ siècles après Jésus-Christ. Ils vivaient dans les déserts d’Égypte, de Palestine, de Syrie et d’Arabie. Ils renonçaient à la vie du monde pour répondre à l’appel de Dieu. Ils voyaient beaucoup de corruption morale et d’attachement aux choses du monde dans l’Église. Ils ont donc choisi de partir dans le désert pour chercher Dieu dans la solitude. Certains vécurent comme ermites, seuls dans des cellules, des grottes ou des lieux isolés. D’autres se regroupèrent dans des communautés monastiques.

Leurs histoires et leur sagesse furent d’abord transmises oralement, puis mises par écrit vers le Vᵉ siècle dans ce qui a été appelé Apophthegmata Patrum, ce qui pourrait se traduire par « les paroles des Pères du désert ». Aucune mention des femmes n’apparaît dans le titre, ce qui pourrait donner l’impression que seuls les hommes partaient dans le désert à la recherche de Dieu. Mais déjà dans ce document ancien, au moins 47 enseignements viennent de trois femmes : Syncletica, Sarah et Théodora.

À cette époque, il était extrêmement difficile pour une femme de rejoindre les communautés d’hommes dans le désert. Mais qui peut arrêter un cœur assoiffé de Dieu ? L’histoire bien connue de Theodora n’était pas unique. Elle quitta sa vie urbaine romaine après avoir accompli ses obligations familiales. Lorsque son mari mourut, elle s’habilla en homme pour rejoindre une communauté monastique du désert, avant de fonder sa propre communauté de femmes.

L’expression « Mère du désert » est un terme théologique récent, utilisé dans certains milieux féministes, pour désigner ces femmes qui ont vécu dans le désert et les comparer aux « Pères du désert ». C’est dans cet univers que nous rencontrons une femme appelée Thaïs, une histoire qui a inspiré des romans, des opéras et des films.

Thaïs, la femme qui a traversé les siècles

Les « Paroles » des Pères du Désert étaient d’abord une tradition orale avant d’être mises par écrit au Vᵉ siècle. Dans la collection de ces histoires des Pères et des Mères du désert, basée sur la tradition orale et collectée au Vᵉ siècle, les Paterika ou les Apophtegmes des Pères du désert, le nom de Thaïs n’apparaît pas, mais l’histoire est déjà là : Apophthegmata Patrum raconte qu'Abba Sérapion rencontra une courtisane à Alexandrie et l'emmena auprès de Paphnuce.

L’original grec de cette histoire a peut-être été perdu, mais il fut traduit en latin par Denys le Petit (Dionysius Exiguus) au VIᵉ siècle après Jésus-Christ, sous la forme de la Vie de Thaïs. Cette œuvre, qui nous est parvenue sous plusieurs variantes, raconte ce qui suit :

À Alexandrie vivait une courtisane appelée Thaïs, dont la beauté provoquait le coup de foudre. Sa beauté lui apportait la richesse, mais elle suscitait aussi la jalousie et conduisait à de nombreux meurtres. Le meurtre d’un client favori poussa un moine à décider de quitter le désert pour entraîner la courtisane vers le Jourdain. Différents noms apparaissent selon les versions de l’histoire : Denys l’appelle Thaïs, tandis que d’autres l’appellent Lydia.
Le moine se présente comme un client et, après avoir payé pour la chambre, s’adresse à la courtisane et lui demande s’il existe une pièce plus isolée où ils pourraient être seuls :
« Il existe effectivement une pièce plus isolée », répond Thaïs. « Mais là aussi, Dieu voit tout, car il voit tout. »
« Alors tu sais qu’il existe un Dieu ? » demande le moine.
« Bien sûr que je le sais », répond la courtisane.
C’est précisément à ce moment-là que le moine comprend qu’il ne peut pas considérer cette femme uniquement comme un objet de désir et décide de l’aider à trouver un nouveau chemin. Après avoir écouté le moine, Thaïs, horrifiée par sa vie passée, renonce au plaisir, abandonne son argent et brûle tous ses vêtements. Elle entre ensuite dans le désert, où elle est enfermée dans une cellule pendant trois ans. À la fin de cette période, il lui est révélé par Antoine que sa repentance a été acceptée par Dieu. Elle rejoint alors un monastère de femmes et meurt quinze jours plus tard.

Au Xe siècle, cette histoire fut adaptée et développée par la chanoinesse saxonne Hrotsvitha de Gandersheim dans sa pièce en latin *Pafnutius*, consacrée au repentir de Thaïs. Hrotsvitha décrit en détail l'entrée de la courtisane repentie au monastère. Évoquant cette entrée au couvent, l'auteure la compare à une petite chèvre à demi morte, dévorée par des loups. Le moine, toutefois, l'a arrachée aux gueules des loups pour la conduire au couvent :

« Je suis comme une petite chèvre, à demi mo... ...que les loups ont dévorée, mais vous m'avez sauvée des loups, et je dois rester dans votre couvent jusqu'à ce que je me défasse de cette peau pour revêtir la laine du petit agneau. »

Au XIXe siècle, Anatole France publie sa propre version de l'histoire de Thaïs. Cet écrivain et poète français est né en 1844 à Orléans et mort en 1924 à Paris. Issu d'une famille de libraires, il a consacré sa vie à l'écriture et à la lecture. Bibliothécaire de profession, il a catalogué des dizaines de milliers d'ouvrages. En 1921, il a reçu le prix Nobel de littérature.

À l'âge de vingt-deux ans, Anatole France découvre l'histoire de Thaïs dans les *Apophtegmes des Pères du désert* et en est fasciné. À trente-sept ans, une liaison amoureuse avec Léontine Arman de Caillavet l'incite à relire l'histoire de Thaïs et de Paphnuce et à en proposer une nouvelle version. À sa manière, il réinterprète ce récit de repentance pour en faire l'histoire d'un moine épris d'une courtisane.

Thaïs fut publié en 1890. Le récit est raconté du point de vue de Paphnuce, le nom donné par France à Paphnutius. Il raconte sa volonté de sauver l’âme de Thaïs, mais finit par perdre lui-même sa foi dans le processus.

Chez Anatole France, Paphnuce devient progressivement prisonnier de sa propre obsession. Thaïs, elle, devient presque l’héroïne du récit. Le roman fut un grand succès et fut traduit en dix-huit langues. Dans la version de France, le moine s’appelle Paphnuce. Il se fait passer pour un client afin de rencontrer Thaïs et la convaincre de devenir chrétienne et religieuse. Mais lorsqu’il retourne dans son monastère du désert, Paphnuce devient obsédé par elle.

La question n’est alors plus seulement celle du salut d’une prostituée. Thaïs n’est plus seulement la pécheresse qui découvre Dieu. Elle devient la femme qui révèle peut-être au moine les contradictions de son propre cœur.

En 1922, l’ensemble de l’œuvre littéraire d’Anatole France fut ajouté à la liste des livres interdits par l’Église catholique, où elle resta jusqu’à la suppression de cette liste en 1966.

Quatre ans après la publication de Thaïs par Anatole France, Jules Massenet a mis le roman en musique. Louis Gallet (1835–1898) écrivit le livret en prose, inspiré du roman de France. Cependant, l’opéra n’a pas le regard cynique sur la religion qui caractérise le roman.

Massenet change le nom du moine en Athanaël, qui est présenté comme un homme pieux mais imparfait. Il reste profondément religieux, mais il est aussi profondément imparfait. Thaïs, elle, connaît une véritable transformation spirituelle. L’opéra met en parallèle la foi grandissante de Thaïs, son amour pour le Christ, et l’obsession croissante du moine.

Cette transformation apparaît notamment dans ce qui est devenu la célèbre « Méditation de Thaïs », le moment le plus connu de l’opéra. L’opéra met alors en parallèle deux trajectoires : Thaïs renonce progressivement au monde et se tourne vers Dieu. Athanaël, lui, découvre progressivement que sa propre ferveur religieuse est mêlée à une obsession qu’il ne reconnaissait pas.

La femme que le moine voulait sauver devient ainsi celle qui révèle son propre cœur.

Enfin au début du 20eme siècle, Thaïs débarque dans le monde du cinéma. Il n'est pas surprenant que le cinéma ait rapidement emboîté le pas aux écrivains et aux compositeurs pour porter l'histoire de Thaïs à l'écran. Un film intitulé Thaïs a même vu le jour en 1918, fruit d'une collaboration entre la France, l'Italie et les États-Unis. S'agissant de films muets, il est difficile de cerner précisément l'intrigue. Toutefois, le film sur Thaïs le plus célèbre de l'ère du muet fut produit par Samuel Goldwyn et mettait en vedette la soprano Mary Garden. C’est de là que nous avons tiré le deuxième prénom de ma fille, Thaïs Garden. Ma femme et mes enfants savent que je suis amoureux de la version Violon et Piano de la méditation de Thaïs, bien sûr, une interprétation contemporaine

Cette adaptation de l'histoire de sainte Thaïs raconte aussi l’histoire d’un moine qui sauve une courtisane ; celle-ci tombe ensuite amoureuse de lui.

APPRENDRE DE THAÏS

En quelques lignes, j’aimerais partager avec vous mes réflexions personnelles sur l’histoire de Thaïs.

Tout d’abord, j’aimerais dire quelques mots sur la repentance. Notre époque a rendu la repentance superficielle. Nous sommes prompts à déclarer que des personnes sont sauvées alors qu’en réalité leur repentance ne vient pas du fond du cœur. La repentance devrait être accompagnée de certains signes qui indiquent que la personne s’est détournée du péché et que son âme est en train d’être purifiée. Malheureusement, les Pères et les Mères du désert ont transformé cette conception de la repentance en un système qui a eu des conséquences négatives pour le christianisme, transformant la vraie repentance évangélique en un salut par les œuvres. C’est ce qui a contribué à la popularité des réformes de Luther insistant sur la justification par la foi.

Deuxièmement, cette histoire nous montre que Dieu peut sauver les plus grands pécheurs parmi nous. L’Histoire de Thaïs est celle d’une pécheresse du IVᵉ siècle après Jésus-Christ qui, à l’instar de Marie-Madeleine auprès de Jésus, appartient à cette catégorie de femmes, qui après avoir plongé dans une vie de péchés et de souillures se repentent, puis sont pardonnées, restaurées et réhabilitées par la grâce au moyen de la foi. Ces femmes, après avoir connu une vie marquée par le péché, sont devenues des modèles de vertu spirituelle. Elles symbolisent le pardon de Dieu et la rédemption accessible à tous.

Troisièmement, il est intéressant de remarquer que le désert n’était pas seulement un lieu pour les saints, mais aussi une occasion pour les pécheurs de trouver le chemin de la sainteté.

Enfin, l’histoire de Thaïs montre que parfois, ceux qui cherchent à sauver les autres sont eux-mêmes ceux qui ont besoin le plus d’être sauvés.

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NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

  • Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
  • Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
  • UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
  • IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
  • Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

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