L’air est froid dehors et la ville semble plongée dans un silence étrange. Je suis assis seul dans mon salon, écrivant ces lignes après qu’un rêve troublant m’a soudainement réveillé. Quelque chose dans ce rêve refuse de me laisser retourner dormir.
Il est deux heures du matin.
La ville dort. Un silence profond recouvre les rues, ce silence particulier qui n’appartient qu’aux heures les plus avancées de la nuit. L’air est froid derrière les vitres, et la maison est plongée dans l’ombre, à l’exception d’une petite lampe qui éclaire faiblement mon salon.
Je suis assis là, seul. Et mon téléphone diffuse mon playlist favori, un mélange de Soulful Blues Gospel et de R&B Gospel. Un rêve étrange m’a réveillé brusquement. J’ai essayé de me rendormir, mais quelque chose refuse de me laisser retrouver le sommeil. Il y a des nuits où l’esprit ne veut pas s’apaiser, où une pensée insiste, doucement mais obstinément.
Alors je reste assis dans ce silence. Peu à peu, une impression étrange s’impose à moi : il me semble que le Seigneur lui-même m’a réveillé cette nuit. Au milieu de cette veille inattendue, une question remonte lentement à la surface de mon cœur. Une question simple. Mais une question lourde. La question de la souffrance.
Dans cette nuit silencieuse, je me surprends à réfléchir sur mon appel, ma vie spirituelle, mon ministère. Une question dérangeante me traverse l’esprit : si la souffrance fait réellement partie du chemin de ceux qui servent Dieu, jusqu’où le Seigneur ira-t-il pour « torturer » les Siens ? Quelques larmes. Puis un profond soupir.
Car si je suis honnête, ces derniers temps, je me suis demandé si je n’avais pas déjà reçu ma part. Je me sens fatigué. Émotionnellement vidé. Spirituellement épuisé. Financièrement à sec. Et ma santé elle-même semble traverser l’un de ses moments les plus fragiles.
Quand j’ai mentionné le silence de ma maison, j’ai oublié de préciser qu’elle n’est pas complètement silencieuse. Depuis le salon, j’entends un son familier : la respiration régulière de ma femme dans la chambre. Par moments, elle se retourne dans le lit, et le matelas grince légèrement dans l’obscurité.
Elle dort. Mais son corps, lui, se prépare à une bataille. Car elle est enceinte de notre petite Kamutima Bliss Liora, et la naissance peut venir à tout moment. Dans quelques jours peut-être. Peut-être même cette nuit. Je pense alors à ces heures qui précèdent toute naissance. Aux douleurs qui montent peu à peu, aux contractions qui deviennent de plus en plus fortes, cette souffrance que les femmes connaissent si intimement et que nous, les hommes, ne pouvons qu’imaginer.
Et je me surprends à sourire légèrement dans l’obscurité. Car il faut bien l’avouer : j’appartiens à cette moitié privilégiée de l’humanité qui peut méditer sur les douleurs de l’enfantement… sans jamais avoir à porter un enfant neuf mois dans son propre corps. Mais cette pensée m’entraîne vers une autre réflexion.
Dans l’ordre mystérieux que Dieu a inscrit dans la création, la naissance est presque toujours précédée par la douleur. La vie nouvelle vient au monde dans les cris et les larmes. Quelque chose doit être pressé, poussé, brisé jusqu’à sa limite pour qu’une nouvelle vie apparaisse.
Je repense alors à mes propres souffrances. Et je me dis : peut-être que certaines souffrances ne sont pas des signes de mort.
Il y a de cela vingt ans, au début de mon ministère, le Seigneur m’a dit quelque chose qui m’a à la fois surpris et profondément marqué. Il m’a dit que je souffrirais beaucoup. Et tandis que je suis assis ici, dans le silence de cette nuit, il me semble entendre ces paroles revenir doucement dans mon cœur, car au milieu de mon rêve, une voix m’a dit : « Je vais encore appuyer un peu plus fort… mais je suis avec toi. Et je t’utiliserai puissamment. »
J’étais sur le point de désespérer complètement lorsqu’une vieille anecdote de l’Histoire de l’Église me revint immédiatement. Elle raconte que John Wesley posait souvent une seule question aux hommes qui aspiraient au ministère : « Avez-vous souffert ? »
La question paraît presque étrange. Mais si nous pouvions la poser aux grandes figures des Écritures, leurs réponses seraient étonnamment semblables.
Et lorsque nous quittons les pages de l’Écriture pour entrer dans l’Histoire de l’Église, le même modèle apparaît encore et encore.
Et si l’on remonte encore plus loin dans les premiers siècles de l’Église, le même récit se répète.
Avouons-le ! Nous passons une grande partie de notre vie à essayer d’éviter la souffrance. C’est presque instinctif. Nous organisons nos vies autour de la sécurité, du confort et de la stabilité. Même dans le ministère, la tentation demeure.
Autour de moi, je vois partout des hommes et des femmes qui disent servir Dieu tout en cultivant, presque sans s’en rendre compte, une culture de préservation de soi. Si je suis honnête, cette tentation habite aussi mon propre cœur. Nous cherchons tous la sécurité, nous construisons le confort, nous protégeons la stabilité. Même lorsque nous servons Dieu, ce réflexe ne disparaît pas. Il change simplement de forme
Mais il arrive que le Seigneur m’arrête. Dans ces moments-là, Il me rappelle une vérité que nous oublions souvent : la souffrance n’est pas seulement une interruption malheureuse du ministère. Très souvent, elle en est l’un des instruments les plus puissants. Plus je contemple les Écritures et l’Histoire de l’Église, plus une réalité devient difficile à ignorer. La souffrance semble être l’une des écoles les plus profondes du ministère.
Peu importe d’où elle vient. Parfois elle est la conséquence de nos propres fautes. Parfois elle naît du péché des autres. Parfois elle est l’attaque directe et ouverte de l’ennemi. Et parfois elle surgit du mystère profond de la souveraineté divine. Mais dans la main de Dieu, elle devient un outil.
Nous pouvons fréquenter les meilleures écoles. Nous pouvons lire les livres les plus profonds. Nous pouvons nous asseoir aux pieds d’enseignants brillants pour apprendre le ministère. Mais il existe une école que nul ne peut éviter s’il veut vraiment servir Dieu. L’école de la souffrance.
J’écris ces lignes pour garder la mémoire de ce moment. Mais aussi pour encourager, et peut-être avertir, ceux qui suivent et servent Christ. Tenez bon encore un peu.
Car il arrive que plus la souffrance est profonde, plus grande soit la mesure de grâce et de puissance que Dieu prépare à déployer à travers la vie de ses serviteurs.

NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.
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