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Une question à laquelle tout serviteur de Dieu doit répondre

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L’air est froid dehors et la ville semble plongée dans un silence étrange. Je suis assis seul dans mon salon, écrivant ces lignes après qu’un rêve troublant m’a soudainement réveillé. Quelque chose dans ce rêve refuse de me laisser retourner dormir.

14 Mars 2026

Il est deux heures du matin.

La ville dort. Un silence profond recouvre les rues, ce silence particulier qui n’appartient qu’aux heures les plus avancées de la nuit. L’air est froid derrière les vitres, et la maison est plongée dans l’ombre, à l’exception d’une petite lampe qui éclaire faiblement mon salon.

Je suis assis là, seul. Et mon téléphone diffuse mon playlist favori, un mélange de Soulful Blues Gospel et de R&B Gospel. Un rêve étrange m’a réveillé brusquement. J’ai essayé de me rendormir, mais quelque chose refuse de me laisser retrouver le sommeil. Il y a des nuits où l’esprit ne veut pas s’apaiser, où une pensée insiste, doucement mais obstinément.

Alors je reste assis dans ce silence. Peu à peu, une impression étrange s’impose à moi : il me semble que le Seigneur lui-même m’a réveillé cette nuit. Au milieu de cette veille inattendue, une question remonte lentement à la surface de mon cœur. Une question simple. Mais une question lourde. La question de la souffrance.

Dans cette nuit silencieuse, je me surprends à réfléchir sur mon appel, ma vie spirituelle, mon ministère. Une question dérangeante me traverse l’esprit : si la souffrance fait réellement partie du chemin de ceux qui servent Dieu, jusqu’où le Seigneur ira-t-il pour « torturer » les Siens ? Quelques larmes. Puis un profond soupir.

Car si je suis honnête, ces derniers temps, je me suis demandé si je n’avais pas déjà reçu ma part. Je me sens fatigué. Émotionnellement vidé. Spirituellement épuisé. Financièrement à sec. Et ma santé elle-même semble traverser l’un de ses moments les plus fragiles.

Quand j’ai mentionné le silence de ma maison, j’ai oublié de préciser qu’elle n’est pas complètement silencieuse. Depuis le salon, j’entends un son familier : la respiration régulière de ma femme dans la chambre. Par moments, elle se retourne dans le lit, et le matelas grince légèrement dans l’obscurité.

Elle dort. Mais son corps, lui, se prépare à une bataille. Car elle est enceinte de notre petite Kamutima Bliss Liora, et la naissance peut venir à tout moment. Dans quelques jours peut-être. Peut-être même cette nuit. Je pense alors à ces heures qui précèdent toute naissance. Aux douleurs qui montent peu à peu, aux contractions qui deviennent de plus en plus fortes, cette souffrance que les femmes connaissent si intimement et que nous, les hommes, ne pouvons qu’imaginer.

Et je me surprends à sourire légèrement dans l’obscurité. Car il faut bien l’avouer : j’appartiens à cette moitié privilégiée de l’humanité qui peut méditer sur les douleurs de l’enfantement… sans jamais avoir à porter un enfant neuf mois dans son propre corps. Mais cette pensée m’entraîne vers une autre réflexion.

Dans l’ordre mystérieux que Dieu a inscrit dans la création, la naissance est presque toujours précédée par la douleur. La vie nouvelle vient au monde dans les cris et les larmes. Quelque chose doit être pressé, poussé, brisé jusqu’à sa limite pour qu’une nouvelle vie apparaisse.

Je repense alors à mes propres souffrances. Et je me dis : peut-être que certaines souffrances ne sont pas des signes de mort.

Il y a de cela vingt ans, au début de mon ministère, le Seigneur m’a dit quelque chose qui m’a à la fois surpris et profondément marqué. Il m’a dit que je souffrirais beaucoup. Et tandis que je suis assis ici, dans le silence de cette nuit, il me semble entendre ces paroles revenir doucement dans mon cœur, car au milieu de mon rêve, une voix m’a dit : « Je vais encore appuyer un peu plus fort… mais je suis avec toi. Et je t’utiliserai puissamment. »

Une nuée de témoins dans la Bible et l’Histoire

J’étais sur le point de désespérer complètement lorsqu’une vieille anecdote de l’Histoire de l’Église me revint immédiatement. Elle raconte que John Wesley posait souvent une seule question aux hommes qui aspiraient au ministère : « Avez-vous souffert ? »

La question paraît presque étrange. Mais si nous pouvions la poser aux grandes figures des Écritures, leurs réponses seraient étonnamment semblables.

  • Abraham répondrait sans doute avec simplicité : Oui. Sa vie de foi commença par une séparation douloureuse. Il quitta son pays, sa culture et sa famille pour suivre une voix que peu de gens pouvaient comprendre. La foi l’entraîna sur un chemin de détachements, de solitude et de longues attentes pour des promesses qui semblaient impossibles.
  • Jacob, lui, ne dirait peut-être pas grand-chose. Il montrerait simplement sa boiterie. Et dans ce geste silencieux se trouverait toute son histoire. Tromperies, fuites, déceptions, luttes… jusqu’à cette nuit mystérieuse où il lutta avec Dieu lui-même. Il en sortit blessé pour toujours, mais profondément transformé.
  • David inclinerait la tête lui aussi. Favorisé par Dieu. Oint roi d’Israël. Et pourtant sa vie fut traversée de douleurs. Certaines vinrent de ses propres fautes : son adultère avec Bath-Shéba, l’orgueil qui le poussa à recenser Israël. Mais beaucoup vinrent d’une persécution implacable. Un roi jaloux le poursuivit comme une proie. Des amis le trahirent. Et le coup le plus douloureux vint de son propre fils, qui se révolta contre lui.
  • Moïse prendrait peut-être un moment avant de répondre. Car conduire un peuple est un fardeau lourd. Il fut choisi pour libérer Israël, mais sa vie fut marquée par les murmures, les oppositions et les rébellions. Même son frère et sa sœur contestèrent son autorité. Le poids du peuple fut parfois si lourd qu’il l’écrasa presque. Et pourtant, Dieu lui réservait quelque chose de plus grand. Des siècles plus tard, Moïse se tint sur une autre montagne, aux côtés du Christ, contemplant la gloire de Celui qu’il avait servi toute sa vie. Mais si vous lui posiez la question, il dirait probablement : Oui… j’ai souffert.
  • Et que dirait Jésus ? Sa réponse avait déjà été annoncée des siècles avant sa naissance. Le prophète l’avait décrit comme « un homme de douleur, habitué à la souffrance ». La souffrance n’a jamais été un accident dans sa vie. Elle faisait partie de sa mission.
  • L’apôtre Paul pourrait répondre en ouvrant sa seconde lettre aux Corinthiens. Il y dresserait cette étrange liste qui ressemble presque à un curriculum vitae du ministère : prisons, coups, lapidations, naufrages, faim, nuits sans sommeil, dangers venant des ennemis comme des faux frères. Dans son ministère, la souffrance n’était pas l’exception. Elle était le modèle.
  • Et lorsque nous quittons les pages de l’Écriture pour entrer dans l’Histoire de l’Église, le même modèle apparaît encore et encore.

  • Martin Luther traversa des combats spirituels d’une violence terrible, plongeant parfois dans des abîmes de doute et de dépression.
  • John Calvin vécut presque constamment malade, son corps marqué par les migraines, les calculs rénaux, la goutte et une fatigue chronique. Et lorsque sa femme bien-aimée mourut, il resta seul avec une douleur silencieuse.
  • Le missionnaire David Brainerd prêcha parmi les Amérindiens alors que la tuberculose consumait lentement son corps. Il mourut à seulement vingt-neuf ans.
  • Adoniram Judson enterra plusieurs épouses sur le champ missionnaire et passa des années en prison à cause de l’Évangile.
  • Jim Elliot donna sa vie en cherchant à apporter l’Évangile à une tribu encore sans témoignage de l’Evangile en Equateur.T. Studd abandonna richesse et confort pour annoncer Christ en Chine, en Inde et en Afrique, souvent au prix de sa santé.
  • Même les auteurs de cantiques ne furent pas épargnés.William Cowper, qui écrivit le célèbre cantique God Moves in a Mysterious Way, lutta toute sa vie contre une profonde dépression. Son ami John Newton veillait souvent sur lui comme un frère pendant ses heures les plus sombres alors qu’il tentait plusieurs fois de se suicider.
  • Watchman Nee, en Chine, passa de nombreuses années en prison pour avoir fidèlement proclamé l’Évangile et encouragé l’Église souterraine. Enfermé, isolé, privé de liberté, il continua pourtant à enseigner et à écrire, transmettant une sagesse spirituelle qui influence encore aujourd’hui.
  • Richard Wurmbrand, pasteur roumain, fut emprisonné et torturé pendant 14 ans sous le régime communiste pour sa foi. Malgré les privations, les humiliations et les mauvais traitements, il tint ferme et plus tard écrivit Tortured for Christ, un témoignage devenu lumière pour des millions de croyants.
  • Dietrich Bonhoeffer, théologien allemand, paya de sa vie sa fidélité à Christ et son opposition au régime nazi. Emprisonné pour avoir aidé des juifs et participé à la résistance, il fut exécuté peu avant la fin de la guerre, laissant derrière lui des lettres et réflexions théologiques d’une profondeur inouïe, qui témoignent d’un cœur immuable malgré la souffrance extrême.
  • Amy Carmichael, missionnaire en Inde, consacra sa vie à protéger et servir les enfants esclaves. Pendant plusieurs années, elle fut paralysée au lit, malade, mais continua à écrire, prêcher et poursuivre son œuvre missionnaire avec une foi inébranlable.
  • Corrie Ten Boom, persécutée pour avoir caché des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, connut la prison et l’isolement dans les camps de concentration. Après la guerre, malgré ses blessures physiques et émotionnelles, elle consacra sa vie à pardonner, témoigner et écrire, inspirant des générations entière
  • Et si l’on remonte encore plus loin dans les premiers siècles de l’Église, le même récit se répète.

  • Ignatius of Antioch fut conduit à Rome pour y être exécuté.
  • Polycarp of Smyrna fut brûlé vif.
  • Athanase d’Alexandrie passa de longues années en exil pour avoir défendu la divinité du Christ.
  • A l’Ecole de la souffrance

    Avouons-le ! Nous passons une grande partie de notre vie à essayer d’éviter la souffrance. C’est presque instinctif. Nous organisons nos vies autour de la sécurité, du confort et de la stabilité. Même dans le ministère, la tentation demeure.

    Autour de moi, je vois partout des hommes et des femmes qui disent servir Dieu tout en cultivant, presque sans s’en rendre compte, une culture de préservation de soi. Si je suis honnête, cette tentation habite aussi mon propre cœur. Nous cherchons tous la sécurité, nous construisons le confort, nous protégeons la stabilité. Même lorsque nous servons Dieu, ce réflexe ne disparaît pas. Il change simplement de forme

    Mais il arrive que le Seigneur m’arrête. Dans ces moments-là, Il me rappelle une vérité que nous oublions souvent : la souffrance n’est pas seulement une interruption malheureuse du ministère. Très souvent, elle en est l’un des instruments les plus puissants. Plus je contemple les Écritures et l’Histoire de l’Église, plus une réalité devient difficile à ignorer. La souffrance semble être l’une des écoles les plus profondes du ministère.

    Peu importe d’où elle vient. Parfois elle est la conséquence de nos propres fautes. Parfois elle naît du péché des autres. Parfois elle est l’attaque directe et ouverte de l’ennemi. Et parfois elle surgit du mystère profond de la souveraineté divine. Mais dans la main de Dieu, elle devient un outil.

    Nous pouvons fréquenter les meilleures écoles. Nous pouvons lire les livres les plus profonds. Nous pouvons nous asseoir aux pieds d’enseignants brillants pour apprendre le ministère. Mais il existe une école que nul ne peut éviter s’il veut vraiment servir Dieu. L’école de la souffrance.

    J’écris ces lignes pour garder la mémoire de ce moment. Mais aussi pour encourager, et peut-être avertir, ceux qui suivent et servent Christ. Tenez bon encore un peu.

    Car il arrive que plus la souffrance est profonde, plus grande soit la mesure de grâce et de puissance que Dieu prépare à déployer à travers la vie de ses serviteurs.

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    NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont deux enfants : NIKIZA Thaïs Garden et REMESHA Nik-Deuel Trésor. NIKIZA Jean-Apôtre est aussi connu pour être un lecteur assidu des livres. Les grandes influences qui ont façonné sa vie et le ministère sont: Martyn Lloyd Jones, John Piper et A.W Tozer. Ses passe-temps sont : la musique, le basketball, les films et un bon sommeil.

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