logo

Le concert de Lopez et les racines d’un réveil oublié

feat-image

La mort subite de David Ndaruhutse à 42 ans a laissé un vide énorme. Beaucoup, à leur manière, ont essayé de faire vivre ce qu’ils avaient reçu de lui. Pas sous la forme d’un grand mouvement organisé, mais plutôt comme plein de petites flammes, disséminées un peu partout.

09 Juillet 2026

Dimanche soir, tandis que j’assistais au concert du pasteur Lopez, une question me revenait sans cesse. Est-ce qu’on était là juste pour écouter du gospel ? Ou est-ce qu’on était en train de voir une histoire bien plus ancienne se dérouler, sous nos yeux, sans qu’on s’en rende vraiment compte ?

Plus la soirée avançait, plus j’observais la ferveur du public, les chants, les appels à revenir à Christ, les prières qui partaient dans tous les sens… Je me disais que tout ça n’était pas dû qu’au charisme de Lopez. Il y avait autre chose derrière, quelque chose qui dépasse la simple personnalité de l’artiste.

En fait, cet événement racontait une histoire en filigrane. J’ai envie d’en parler ici, pas pour prendre le parti de qui que ce soit, ni pour juger. J’espère juste arriver à partager cette mémoire, sans distribuer les bons ou les mauvais points.

L’an dernier, j’ai eu la chance de participer à un atelier sur la mémoire historique organisé par BMA. On y a tous fait le même constat : le besoin d’archivage historique des églises protestantes. Au fait, il y a des événements qui ont profondément marqué des communautés entières, et qui risquent de disparaître simplement parce qu’on ne prend pas le temps de les raconter. On est partis, ce jour-là, avec cette idée toute simple : chacun peut, à sa manière, empêcher que cette mémoire ne s’efface. Depuis, j’essaie d’y contribuer, par exemple dans mon livre « Trop jeune pour mourir », où je reviens sur l’histoire de figures importantes comme David Ndaruhutse, Chris Kanguka, ou le mouvement du East Africa Revival. Je montre aussi comment tout ça s’inscrit dans une histoire beaucoup plus vaste – de Keswick à la Parole de Foi en passant par le réveil charismatique.

En sortant du concert, une nouvelle question s’est imposée à moi : ce qu’on venait de vivre mériterait-il lui aussi d’être raconté ?

Parce que les concerts de Lopez, ce n’est pas juste de la musique. Bien sûr, il y a les chants, les refrains repris par la foule, cette énergie. Mais derrière, il y a tout un langage, une manière de prier, d’annoncer l’Évangile, une façon d’attendre Dieu. Et ça, ça ressemble à une histoire commencée bien avant Lopez lui-même.

Pour comprendre le concert du dimanche soir, il faut reculer de plusieurs années, et retourner dans les quartiers Sud de Bujumbura. Là où tout a vraiment commencé. Bien avant les grands rassemblements, avant même que ces foules n’existent. On arrive alors sur la trace d’un homme dont le nom commence à s’effacer dans la mémoire des évangéliques burundais : Thérence Nijimbere.

Un évangéliste dont peu se souviennent: Thérence NIJIMBERE

Vous l’avez sûrement remarqué : il arrive que Dieu rappelle à lui des gens qui ont marqué leur époque, mais très tôt. L’histoire de l’Église en est pleine – Robert Murray M’Cheyne, David Brainerd, tous deux morts avant trente ans…

Je pense aussi à William Borden, le riche héritier américain qui renonça à sa fortune pour devenir missionnaire, mais qui mourut en Égypte à l'âge de vingt-cinq ans avant même d'atteindre son champ de mission. Dans le même esprit, je pense à Jim Elliot, tué à seulement vingt-huit ans alors qu'il tentait d'évangéliser les Waorani, en Équateur. Henry Martyn, missionnaire et traducteur de la Bible en Inde et en Perse, n'avait que trente et un ans lorsqu'il mourut.

Que dire encore des nombreux martyrs des premiers siècles de l'Église ? Je pense notamment à Perpétue, la jeune chrétienne de Carthage, exécutée à seulement vingt-deux ans pour sa foi. Ou encore à William Tyndale, brûlé vif pour avoir traduit la Bible en anglais : il n'avait que quarante-deux ans.

Et à chaque fois, la même question revient : qui va prendre la suite ?

Chez nous, au Burundi, la mort subite de David Ndaruhutse à 44 ans a laissé un vide énorme. Beaucoup, à leur manière, ont essayé de faire vivre ce qu’ils avaient reçu de lui. Pas sous la forme d’un grand mouvement organisé, mais plutôt comme plein de petites flammes, disséminées un peu partout. C’est l’une de ces flammes que je veux raconter ici. Mais pour être précis, il faut revenir à ce discret évangéliste, Thérence Nijimbere. Je me souviens encore de sa voix, dans l’ancien marché central de Bujumbura, quand il utilisait la radio du marché pour annoncer l’Évangile.

Pour lui, évangéliser n’était pas juste une activité parmi d’autres. C’était ce qui animait toute sa vie.

Sa passion, à bien des égards, rappelait celle de Ndaruhutse : transmettre l’Evangile de Christ en plein cœur des réalités les plus difficiles. Le terrain où Thérence travaillait n’était pas facile, les cicatrices de la guerre civile s’y voyaient encore, et il allait dans ces quartiers du Sud, Musaga, Kanyosha, Kinanira, vers ceux que beaucoup fuyaient : les jeunes drogués, les prostituées, les marginaux de toutes sortes, qu’ils soient exclus des Églises ou de la société.

Avec sa femme Micheline, non seulement ils annonçaient l’Évangile, mais ils accompagnaient aussi les personnes vers une stabilité, une reconstruction. Ce n’était pas juste une question de conversion, ils marchaient avec ceux qui croyaient, jusqu’à leur donner des outils concrets pour recommencer.

Beaucoup de ceux qu’ils ont touchés sont devenus par la suite des figures clés dans la vie chrétienne burundaise. Je pense à Jurgen (qui dirige aujourd’hui YWAM, Jeunesse en Mission au Burundi), ou à Viateur, qui s’occupe de la réhabilitation des dépendants à travers Strong Bridge.

Thérence savait que l’évangéliste ne peut pas tout faire seul. Amener quelqu’un à Christ, c’est une étape ; mais l’aider à grandir dans la foi, c’en est une autre. À ses côtés, on trouvait Pierre Bizomenyimana, un ancien compagnon de Ndaruhutse. Ensemble, ils ont encadré spirituellement cette communauté connue sous le nom de l’ICA (Independent Church of Africa).

Mais, une fois encore, l’histoire s’est brutalement arrêtée, Thérence est mort dans la force de l'âge alors que tout semblait accélérer. C’est toute une communauté qui a perdu son guide spirituel, leur repère. Et pourtant, ça n’a pas été la fin.

La relève d’Emery Kanyamugisha

Après lui, un groupe de jeunes a gardé la flamme vivante. Ils n’avaient ni organisation ni structure : juste la conviction que ce qu’ils avaient reçu devait continuer. Ils priaient ensemble, lisaient la Bible, se demandaient comment avancer, mais il leur manquait un guide. C’est alors qu’Emery Kamugisha est devenu leur point de repère. Parmi eux, il y avait Claude, Evrard, Kevin et d’autres dont les parcours ont divergé plus tard.

L’arrivée d’Emery a changé beaucoup de choses. Il a donné un cadre et une expression aux jeunes qui finirent par être de plus en plus connus sous le nom de MCER ( Ministère de la Compagnie d’Elie pour la Réconciliation). Emery leur a transmis l’audace de pratiquer les dons spirituels – prophétie, prière pour les malades, délivrance – et ça, avec le temps, c’est devenu une vraie marque de fabrique de tous les mouvements issus de cette expérience.

À force de grandir, le groupe n’a plus été seulement celui de quelques jeunes ; il est devenu un espace d’enseignement, de ministère, et certains membres ont pris des responsabilités, d’autres se s’exerçaient en dons spirituels, chacun à sa manière.

Et puis, une fois de plus, coup d’arrêt. Emery est mort dans un accident. De nouveau, la génération perdait un porteur de la flamme.

Mais ce que ces histoires montrent, c’est que même si les hommes disparaissent, ce qu’ils ont semé, ça continue de bourgeonner. Mais, là où une source existe au début, plusieurs ruisseaux en sont sortis.

Une source et quatre ruisseaux

Après Emery, le groupe ne s’est pas dissous, il a juste adopté une nouvelle forme. Les personnalités, les dons, les appels spirituels ont envoyé chacun sur une route différente.

Kevin s’est affirmé dans l’évangélisation publique : dynamique, à l’aise en public, très attractif chez les jeunes, passionné. Avant même la mort d’Emery, il avait déjà lancé les bases de ce qui deviendra « City of the Living God » (CLG).

Evrard, lui, a choisi un autre style. Issu du même environnement, il s’est d’abord associé avec Kevin, mais s’est tourné peu à peu vers la prophétie et la culture urbaine, s’associant à Victorious Team. Là, musique et spiritualité se mélangent, donnant des textes ancrés dans le quotidien et une touche théologique propre à son Église, Aletheia Truth Revealed. Je parle ailleurs de leur tendance « hyper grâce ». Sans forcément cautionner leur théologie, il faut reconnaître que ça touche un autre public, une grande partie de la jeunesse urbaine.

Et puis il y a Claude. Moins en vue, il incarne pourtant la continuité la plus ancienne du courant premier. C’est Lopez, lui-même, qui l’a présenté au concert comme une influence spirituelle majeure. Claude a progressivement développé un sens théologique plus structuré, tout en conservant une ferveur issue du mouvement de réveil. Artiste raffiné, ses compositions se distinguent souvent par un accent mis sur la centralité du Christ, la profondeur doctrinale et une certaine sobriété liturgique.

Mais presque dix ans d’absence du pays ont creusé un fossé avec le public burundais qu’il essaie aujourd’hui de combler. Au concert, ça sautait aux yeux : son style ne colle pas tout à fait à ce que le public de Bujumbura attend, plus tourné vers l’émotion ou l’expression festive.

Et puis, il y a Lopez. Son arrivée, au départ, a été discrète. Il ne s’imposait pas franchement comme une figure centrale, ni par son style ni par son réseau. Et pourtant, c’est lui qui, des années après, est devenu l’un des visages les plus reconnus du mouvement. C’est sur le tard, dans une période de crise autour de 2015, alors que beaucoup de leaders étaient partis ou silencieux, que Lopez a trouvé sa place. Son style : simplicité, accessibilité, émotion directe, énorme dimension spirituelle.

C’est pour ça qu’on ne peut pas réduire le concert de Lopez à un simple événement musical. Bien sûr, il y avait la foule, les chants, les prières. Mais ce qui rendait ce moment particulier, c’était cette mémoire souterraine qui remontait à la surface, presque sans un mot. Comme si plusieurs générations dialoguaient dans la même salle sans toujours se reconnaître. Rien de tout ça n’était écrit à l’affiche.

Un vrai réveil ? Ni avocat, ni procureur.

La grande question qui revient souvent, les habitués de mes articles me la posent : assistait-on, hier, à un vrai réveil spirituel ?

Franchement, ce n’est pas à moi de donner une réponse tranchée. Mon but ici était limité : garder cette histoire vivante, alors qu’elle risque de disparaître si personne ne la raconte. J’ai demandé à un ami que je respecte tant pour son sens critique que son ouverture à l’action divine de partager ses impressions. Un artiste lui-même, un ministre dans son église et un historien par formation, Jean Paul a généreusement accepté de nous faire part de ses observations.

« Tout réveil spirituel repose sur un cœur ardent comme celui de Lopez, mais aussi sur de solides fondements bibliques, tant dans les hymnes que dans les sermons. Sans cela, aussi exaltant que puisse paraître le mouvement, il n'aura guère d'impact significatif sur la société et ne perdurera pas. Je suis au service des églises locales depuis plus de vingt ans et, durant cette période, j'ai été personnellement exposé à divers mouvements, notamment les milieux évangéliques, les mouvements de prospérité et de foi, et la communauté réformée, à laquelle j'appartiens actuellement.
Rester debout pendant plus de quatre heures au concert de Lopez, jusqu'à la dernière chanson, malgré certaines malgré certaines réticences ou légèretés théologiques que je perçois encore dans certains de ses chants, m'a permis de raviver la passion que j'avais au début de ma conversion. C’est précisément ce désir ardent de servir Dieu, tout en recherchant la fidélité biblique et la suprématie de Jésus dans mes choix musicaux chaque dimanche, que cette expérience fondatrice m’a inculqué. Dans le phénomène Lopez et dans les enseignements du pasteur Kevin, j’ai trouvé exactement cela : une urgence pour l’Évangile, une soif d’un renouveau spirituel et une passion ardente de présenter Jésus-Christ au plus grand nombre.
Cependant, en écoutant attentivement la musique de Lopez, peut-être devrions-nous ne pas nous empresser de chanter ses chansons, comme dans la foule venue au concert, sans chercher à saisir les expériences spirituelles qui ont donné naissance à sa musique. Le succès de Lopez, d’après ce que je peux en juger, semble largement enraciné dans sa vie de prière, les réponses de Dieu à ses requêtes (dont témoignent nombre de ses chansons) et le soutien d’un réseau de croyants qu’il a constitué au fil des ans. Chaque chanson semble porter la marque d’un moment : une prière, un cri vers Dieu, une transformation intérieure, une expression de sa fidélité, une action de grâce pour une prière exaucée. Et cet aspect confère à sa musique une dimension profondément personnelle.
La difficulté réside dans le fait qu'on ne peut véritablement s'approprier ces chansons que si l'on aspire à une relation similaire avec Dieu. C'est là le véritable danger. Nous osons rarement nous poser les questions difficiles concernant notre propre spiritualité. Lors de son concert d'hier, Lopez nous a demandé de ne pas le regarder lui, mais le Dieu que nous sommes venus adorer. Or, il est difficile d'exaucer une telle requête, tant ses chansons racontent avec force son cheminement spirituel ! Car au fond, chacun de nous souhaite vivre ce qu'il chante. Par exemple lorsque nous chantons « Ntibesha » (une vidéo visionnée plus de deux millions de fois), que désirons-nous ? Que demandons-nous à Dieu lorsque nous chantons « Ur’Imana y’akandi karyo » (qui compte actuellement plus de onze millions de vues) et « Imana yacu si umuntu » ? Ces chiffres reflètent non seulement l'impact de sa musique, mais peut-être, plus révélateur encore, le désir profond de ses auditeurs.
Mais j’aimerais ici faire appel à votre prudence théologique. Il est si facile de mal interpréter ces chants et d'en faire des instruments au service de nos propres désirs égoïstes, plutôt que de la gloire de Dieu. Lorsque nous chantons « Naho utokwishura » (même si Tu ne réponds pas), sommes-nous vraiment certains que Dieu mérite notre dévotion, même lorsqu'il choisit, dans Sa souveraineté, de ne pas répondre à certaines de nos prières ? Si, dans Sa sagesse, Dieu choisit de ne jamais exaucer nos demandes, restera-t-Il notre trésor, notre joie suprême, notre passion, notre agaciro ? Certaines chansons de Lope qui essaient de nous ramener à cet équilibre n’ont malheureusement pas été reçues avec beaucoup d’enthousiasme comme celles mentionnées plus haut.
Ce sont là des questions pertinentes qui méritent réflexion. Ne pas méditer sur ces paroles constitue, à mon avis, l'une des plus grandes défaillances spirituelles de nombreuses églises de nos jours. Nos édifices sont pleins à craquer chaque dimanche, des milliers de personnes assistant aux cultes semaine après semaine, sans que ces vérités bibliques essentielles ne soient véritablement interpellées. La société semble stagner, malgré nos efforts pour bâtir des églises en vue d'une transformation réelle et durable.
Un réveil spirituel ne se mesure pas seulement au nombre de participants aux grands rassemblements, mais aussi à la transformation profonde qu'il engendre chez les individus et au sein de la société. L'une de mes principales difficultés, lorsque j'ai découvert la tradition réformée, a été de ne pas centrer mes exhortations et mes choix de chants sur mon expérience spirituelle personnelle. Progressivement, j'ai commencé à choisir des hymnes qui me rappellent constamment la sainteté de Dieu, son aversion pour le péché, notre nature pécheresse persistante (malgré les débats qui persistent à ce sujet dans mon entourage), la signification du sacrifice du Christ sur la croix, sa résurrection et notre espérance fondée uniquement sur ses mérites et non sur les nôtres. Il est bien trop facile de chanter l'intervention de Dieu dans la vie des autres et d'envier leurs expériences, en négligeant la communion avec Dieu qui a rendu ces interventions possibles.
Avec l'accent mis aujourd'hui sur les chants imprégnés de l'Évangile, je constate que beaucoup, dans l'Église, apprécient moins ce genre de musique. De tels chants ne s'accordent guère avec notre penchant pour le péché, car ils nous incitent sans cesse à un repentir quotidien auquel notre nature est allergique. Pourtant, je suis convaincu que l'esprit qui nous anime maintenant nous guidera vers la repentance.
Le cœur qui anime aujourd’hui le « phénomène Lopez » ressemble beaucoup à celui qui animait les premiers temps du réveil spirituel – l’amour décrit dans « SUBIRA », une phrase qui a accompagné ma prière silencieuse tout au long du concert. Je prie pour que Dieu continue de développer le ministère de Lopez plus bibliquement et que sa popularité artistique puisse servir d’outil pour manifester la sainteté de Dieu, Son infinie grandeur et sa sainte prééminence qui le distingue de la création, la gravité de notre péché, notre besoin continue de repentance, la beauté de la croix, le triomphe de la résurrection du Christ, l’esperance et la persévérance que son sacrifice nous offre.
Peut-être qu’un jour, dans son répertoire musical qui façonne cette génération, il y aura un hymne entièrement dédié à la croix. »

L’ambivalence entre gratitude et discernement

L’histoire de l’Église montre que les réveils, c’est complexe. Ils mélangent une grande soif de Dieu et toutes nos limites, parfois nos erreurs doctrinales, nos imperfections. Ils portent de beaux fruits, mais pas que. Ils sèment des tensions, provoquent des excès. Le mouvement que j’essaie de retracer ici a lui aussi ses zones grises.

Au fil des ans, les héritiers de ce réveil ont forgé des sensibilités et pratiques parfois bien différentes. Faut-il discuter certaines positions ? Sans doute. Revoir certains enseignements à la lumière de l’Écriture ? Bien sûr. Moi-même, je l’ai fait ailleurs, sans m’en cacher.

Par exemple ici je parle de l’appellation Kainos, un nom pour l’évènement annuel de Victorious Team comme étant un adjectif riche de sens mais controversé au sein même du monde théologique mais qu’il est utilisé dans certains cercles comme ceux de VT et Aletheia Truth Revealed comme un cheval de Troie pour une dangereuse théologie antinomienne.

Ailleurs comme ici je dénonce la tendance anthropocentrique de certaines compositions de Lopez. Peut-être qu’un jour je reviendrai sur la nature ésotérique de certains enseignements de Kevin.

Mais ces désaccords importants ne devraient pas nous faire perdre de vue la réalité. Dimanche soir, j’ai vu des hommes et des femmes prier avec cœur. J’ai vu des jeunes demander à Dieu de raviver leur passion pour Christ. J’ai vu des gens répondre à un appel à la conversion. J’ai entendu des chants et des paroles qui invitaient à la confiance en Jésus-Christ.

Tout cela, pris séparément, ne définit pas un réveil. Mais ça vaut qu’on le regarde avec attention, bienveillance et discernement.

Un des grands moments de la soirée : la prédication de Kevin sur la femme adultère. Les théologiens savent que ce passage pose des questions de critique textuelle. Les plus anciens manuscrits grecs ne le contiennent pas, et cette discussion mérite d'être connue. Kevin est même allé jusqu'à imaginer ce que Jésus écrivait sur le sol, en évoquant « le Dieu de la seconde chance ». Cette interprétation dépasse le texte lui-même.

Mais ce qui m’a marqué, ce n’est pas tant cette extrapolation que la passion qu’il mettait à supplier les gens d’accepter le pardon en Jésus-Christ. À un moment, toute son émotion débordait, les larmes coulaient. C’est peut-être ça, le nœud de tout ce mouvement. Il y a la nécessité du discernement – soumettre nos pratiques à l’Écriture – et, en face, la reconnaissance devant ce désir sincère de Dieu qui se manifeste.

L’histoire du christianisme est remplie de ces possibles équilibres fragiles. Au XVIIIème siècle, Whitefield et Wesley, figures majeures du Grand Réveil, l’un arminien et l’autre calviniste, ne tombaient d’accord sur quasiment aucune question sensible, mais tous les deux ont transformé leur époque et amené des foules vers Christ.

On peut rester attaché à ses convictions théologiques sans prendre ses désaccords personnels. On a besoin, aujourd’hui, de retrouver cet équilibre, du discernement, de l’humilité, de la charité. La fidélité à la vérité n’exclut pas la capacité à voir que Dieu passe parfois par des instruments imparfaits.

Je boucle ici, pas pour canoniser ce mouvement, ni pour le condamner. Juste pour qu’il ne soit pas oublié. Les réveils passent en grande partie par la mémoire. Un jour, si nos petits-enfants veulent comprendre pourquoi, le 5 juillet 2026, des milliers de jeunes burundais ont chanté le nom du Christ avec autant de ferveur dans le terrain de Scheppers, il leur faudra remonter bien avant Lopez, jusqu’à ces hommes et ces femmes de l’ombre…Raconter leur histoire, ce n’est pas juste faire de la mémoire : c’est une manière de rendre justice à ce qu’ils ont semé

author-prof

NIKIZA Jean-Apôtre est né de nouveau en 1997 et appelé au ministère en 2005. Il est pasteur, enseignant, conférencier et écrivain. Il est fondateur du blog Sa Bannière depuis 2018, du mouvement biblique Green Pastures depuis 2015 et co-fondateur de Little Flock Ministries. Il est passionné par la spiritualité chrétienne et le renouveau de l’Eglise. Marié à Arielle Trésor NIKIZA, ensemble ils sont pionniers du mouvement des Hédonistes chrétiens au Burundi. Ils ont trois enfants : NIKIZA Thaïs Garden, REMESHA Nik-Deuel Trésor et KAMUTIMA Bliss Liora.

NIKIZA Jean- Apôtre est auteur des livres comme:

  • Trop jeune pour mourir : Esquisse de l’Histoire de l’Eglise du Burundi
  • Du fond de l’abîme: Méditations sur la prière de Jonas
  • UBWATSI BUTOTAHAYE BWO MW’ISEZERANO RYA KERA Vol&2, un commentaire biblique en Kirundi sur l’Ancien Testament.
  • IKATEKISIMU Y’ABA PURITANI : Ukwizera kw’abera ba kera, une traduction en Kirundi du Catéchisme Puritain.
  • Vous pouvez le contacter directement sur nikiza@littleflockministries.org ou (+257) 76 78 05 29

    Si vous souhaitez être informé(e) de chaque nouvel article publié, abonnez-vous par e-mail pour recevoir les notifications.

    CHOIX DE L'ÉDITEUR
    pick-feat-image

    L’adoration dans nos cultes

    Si un mouvement ne chante pas, il meurt.

    pick-feat-image

    Le plus beau rêve ou le pire cauchemar ?

    C’était en 2015, je venais de me réveiller en sursaut à trois heures du matin après un horrible rêve ! Je rêvais qu’un de mes êtres les plus chers était en procès et que la sentence était tombée … Il allait être exécuté.

    pick-feat-image

    Qui était David Ndaruhutse ?

    Qui était David NDARUHUTSE? Quelles étaient ses origines ? Quelles ont été ses accomplissements durant sa courte durée dans le ministère ?  Que sont devenus sa famille et son ministère ? Son Fils Peter NDARUHUTSE nous raconte.

    pick-feat-image

    La gloire de Dieu est mon trésor

    Les saintes écritures nous exposent du début à la fin un Dieu, qui, dans Sa parfaite intelligence et selon le conseil de Sa parfaite volonté, bénit toute la création à partir de Sa gloire. Il a fait de sorte que toute joie réelle et durable passe par Sa gloire.

    pick-feat-image

    Quand lire la Bible devient une dure corvée

    Soyons honnêtes, il nous est tous déjà arrivés de trouver la Bible ennuyeuse, au moins certaines de ses parties. Il nous est déjà arrivés de nous demander à quoi certains passages riment vraiment et pourquoi ont-ils été insérés dans un livre saint dont la lecture est sensée nous apporter tant d’excitation et de passion !

    Sa BannièreLever une armée d'adorateurs joyeux d'un Dieu Heureux et Glorieux
    © 2026, Tous droits réservés!